Des photographes capturent la fusée Soyuz MS-07 au décollage de Baïkonur, Kazakhstan le 17 décembre 17, 2017. REUTERS/Shamil Zhumatov

  • Le cours du bitcoin a été multiplié par 15 pendant l'année 2017.
  • Cette envolée spectaculaire a poussé des banquiers et des prix Nobel d'économie à alerter sur le risque d'une "bulle".
  • Désormais contraints de s'y intéresser, les régulateurs pourraient se mêler à la conversation et changer la donne en 2018.

La résistible ascension du bitcoin a été sans aucun doute une des grandes aventures économiques de l'année 2017.

Son cours, face au dollar, s'est envolé dans des proportions inattendues. Les plus grands décideurs de la planète se sont mêlés à la conversation. Le régulateur, enfin, commence à se pencher sur la question, présageant d'une nouvelle année capitale pour le bitcoin en 2018.

Un cours en furie

L'année 2017 a commencé par un premier temps fort pour le bitcoin. Au premier jour d'échange de 2017, le cours du bitcoin a franchi le cap des 1000 dollars — un seuil qu'on n'avait alors pas vu depuis 2013 — tiré par une forte demande chinoise. Il subira une violente correction peu après, mais le ton d'une année pas banale est donné.

En mai 2017, après quelques soubresauts, le bitcoin vaut deux fois plus cher qu'en janvier et la crypto-monnaie passe la barre des 2000, 2100 puis 2200 dollars en quelques heures. Cinq mois plus tard, le bitcoin double encore en valeur et franchit le cap des 5000 dollars après une semaine de folle croissance, après que Goldman Sachs annonce son projet d'investir dans le secteur.

Dès lors, tout s'accélère. 

Six semaines après avoir atteint le cap des 5000 dollars, le bitcoin s'échange à 10.000 dollars. Une semaine plus tard, il a encore gagné 50% alors que les premières places de marché américaines annoncent des contrats à terme en bitcoin.

La frénésie fait tanguer le marché et des plateformes d'échange subissent pannes et actes de piratage qui font tressaillir le cours du bitcoin. Le cours du bitcoin effleure le pic des 20.000 dollars mi-décembre avant de replonger brutalement.

Mardi 26 décembre, pour la dernière semaine de l'année, le bitcoin repartait au-delà des 15.000 dollars, en hausse de 10% par rapport à la semaine précédente.

Une volatilité de l'extrême à laquelle les investisseurs commencent à se faire.

Le monde de la banque et de la finance commence à y prêter attention

Le patron de la banque JPMorgan Jamie Dimon s'est fait remarquer en lâchant, en septembre 2017, que le bitcoin était une "arnaque" et que les personnes qui investissaient dans la crypto-monnaie étaient "stupides".

Il devenait ainsi la figure de proue du camp des sceptiques — nombreux, par ailleurs, à avoir confiance dans la blockchain, le protocole qui sous-tend les échanges de bitcoin.

Dans son sillage, d'autres éminents banquiers ont professé leurs doutes sur cette envolée du bitcoin. Pour le patron de Credit Suisse, Tidjane Thiam, il s'agit d'une bulle et d'un moyen de blanchir de l'argent. Pour Jean-Claude Trichet, ex-patron de la Banque centrale européenne, c'est surtout un instrument de spéculation.

Deux prix Nobel — Jospeh Stiglitz et Jean Tirole — sortent à leur tour du bois pour dire que le bitcoin est une folie

source: AMP

Le président d'UBS, Axel Weber, à l'occasion d'une conférence à Zurich, a rappelé la nature intrinsèque du bitcoin: 

"La principale fonction d'une monnaie est d'être un moyen de paiement, elle doit être acceptée globalement, elle doit stocker de la valeur et être une devise de transaction. Bitcoin est seulement une devise de transaction."

La directrice du FMI Christine Lagarde a également émis un avis sur le bitcoin — et surpris les observateurs. A l’occasion d’un discours prononcé pour les 20 ans de l'indépendance de la Banque d’Angleterre en octobre, elle a déclaré qu'il "ne serait pas sage de négliger les monnaies virtuelles."

En France, l'entreprise de gestion d'actifs Tobam annonce en novembre le lancement du premier fonds commun de placement en bitcoin d'Europe approuvé par l'Autorité des marchés financiers et contrôlé par PwC. Objectif: "faciliter l'accès pour les investisseurs qualifiés voulant s'exposer au bitcoin".

Dans l'œil du régulateur

A leur tour, le monde politique en général et les régulateurs en particulier donnent de plus en plus d'avis sur le bitcoin, voire tranchent.

Yanis Varoufakis, ex-ministre grec des finances, vient de déclarer à Wired qu'il estime que "le bitcoin est la bulle parfaite". 

La Commission européenne envisage d'anticiper un éclatement de cette bulle. Le commissaire européen à la Stabilité financière, aux Services financiers et à l’Union du marché des capitaux a écrit aux agences de régulation en Europe pour leur demander de suivre attentivement les marchés des crypto-monnaies.

En France, l'Autorité des marchés financiers s'est contenté pour l'heure d'adresser une "mise en garde" aux épargnants. En effet, le gendarme français de la Bourse rappelle:

"Parce qu’en principe ils ne sont pas considérés en l’état actuel du droit comme des instruments financiers, le bitcoin et les autres 'crypto' actifs n’entrent généralement pas dans le périmètre de supervision directe de l’AMF. Ils ne peuvent pas non plus être qualifiés de monnaies ni être considérés comme des moyens de paiement au sens juridique du terme. Par conséquent, ils ne sont donc pas non plus assujettis au cadre réglementaire relatif aux moyens de paiement." 

Le gendarme de la Bourse de Tel Aviv, lui, vient d'annoncer son projet d'exclure ou suspendre la cotation des sociétés "dont la principale activité porte sur les devises numériques". 

La question circule aussi au conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE), mais ne semble pas prioritaire. Ewald Nowotny, gouverneur de la Banque d'Autriche, a ainsi relativisé: "Ce marché n'est pas si important que ça, pas assez pour créer une instabilité financière."

Aux Etats-Unis, l'autorité de régulation des marchés dérivés a, elle, déjà autorisé deux opérateurs concurrents, CME Group et CBOE Global Markets, à lancer des contrats à terme sur le bitcoin, en faisant les deux premiers marchés traditionnels à coter des contrats liés à la monnaie virtuelle. 

Valeur de différentes crypto-monnaies sur une plateforme d'échange à Seoul, en Corée du Sud. REUTERS/Kim Hong-Ji

A surveiller en 2018

Il y a deux sujets qui peuvent désormais intéresser les observateurs — et ils sont intrinsèquement liés.

La première question est: quel est le cours que le bitcoin atteindra en 2018? Le cap des 20.000 à 25.000 dollars semble atteignable, après une correction vers 17.000 qui vient de montrer ses premiers signes la semaine de Noël. Mais certains observateurs ont déjà les seuils de 50.000 et 100.000 dollars en ligne de mire. Voire.

La question suivante est: dans quelle mesure une intervention du régulateur pourrait influencer cela? En septembre 2017, Pékin a ainsi fait plonger le cours du bitcoin en annonçant l'interdiction des ICO (Initial coin offerings). Mais les investisseurs pourraient aussi commencer à intégrer dans le cours la possibilité de plus d'interventionnisme, atténuant les effets de nouvelles annonces.

Avertissement: l'auteur de ces lignes a acquis pour 20 dollars de bitcoin en 2014 et possède toujours cet investissement à date. 

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