Les géants du numérique affichent des valorisations impressionnantes. Depuis des mois, les observateurs spéculent sur lequel des Gafam, entre Google, Apple, Facebook, Amazon ou Microsoft, atteindra le premier une capitalisation boursière de 1000 milliards de dollars. 

Mais ces entreprises technologiques valent-elles des montants aussi élevés que le laissent présumer leur valeur en Bourse? Selon l'économiste Thierry Philipponnat, directeur du think tank Institut Friedland, membre du collège de l'Autorité des marchés financiers (AMF) et fondateur de l'association Finance Watch, la réponse est non. Tout au moins si l'on se réfère à la méthode traditionnelle de valorisation financière et à l'activité réelle de ces sociétés.

"Avec des résultats d'environ 3 milliards de dollars, Amazon pourrait valoir dans un modèle économique traditionnel entre 40 et 90 milliards de dollars selon ses perspectives de croissance. Mais Amazon vaut plus de 800 milliards de dollars, soit environ 270 fois ses résultats: l'ordre de grandeur n’est simplement pas le même", explique Thierry Philipponnat dans une interview accordée à Mediapart.

L'économiste français considère que le raisonnement des investisseurs est différent pour les grands groupes technologiques par rapport aux autres entreprises.

"Là où l'investisseur évalue de façon classique une entreprise en regardant sa situation et en anticipant les bénéfices futurs probables qu'il ramène à une valeur présente, il regarde les géants du numérique américains ou chinois en partant du principe qu'une valorisation très élevée va asseoir la position de ces entreprises, ce qui leur permettra d'établir leur leadership et justifiera a posteriori les valorisations", estime-il. 

Une puissance financière permettant des rachats en actions

De fait, les valorisations boursières très élevées des Gafam leur confèrent une puissance financière exceptionnelle, qui leur permet de s'imposer et de construire des monopoles, en absorbant d'éventuels concurrents ou en les évinçant dans la course à l'acquisition de startup.

"Lorsque Facebook rachète Instagram en 2012, une entreprise qui a alors deux ans et 13 employés, il paie 1 milliard de dollars. Mais il ne paie pas en cash, il paie en actions. Quand il rachète WhatsApp en 2014, il paie 19 milliards de dollars, dont 15 milliards en actions et 4 milliards en cash. Plus récemment, Microsoft rachète, en actions également, GitHub, une plateforme pour logiciels libres, pour 7,5 milliards d’euros", souligne Thierry Philipponnat.

C'est donc la perspective monopolistique qui justifie des cours de Bourse si élevés pour l'économiste. Ce pari sur l'avenir est cependant risqué. "Il faut que les résultats financiers soient un jour à la hauteur pour justifier ces valorisations", pointe-il.

De fait, si la bulle technologique éclatait, la crise pourrait être de grande ampleur et affecter particulièrement les entreprises qui génèrent peu ou pas de profits, comme Amazon, Netflix ou Spotify.

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