Un livreur Foodora à Berlin, le 2 juin 2017. REUTERS/Fabrizio Bensch

L'intérêt des investisseurs pour les startups de l'alimentaire ne semble pas se tarir.

Entre 2014 et 2016, 3,8 milliards de dollars ont été dépensés dans des startups de la foodtech, selon l'accélérateur ShakeUp Factory.

Delivery Hero, la maison-mère du service de livraison Foodora, vient de lever presque 1 milliard d'euros en Bourse.

En France, l'année dernière, 200 millions d'euros ont été investis dans le secteur. L'Hexagone compterait 300 startups, "du champ à l'assiette", avance Kevin Camphuis, cofondateur de ShakeUp Factory.

Mais il n'y a pas de place pour tout le monde. L'exemple de Take Eat Easy l'a prouvé. Le concurrent belge de Deliveroo a a été placé en redressement judiciaire il y a un an.

"Nous sommes dans une bulle qui ne va pas tarder à exploser", pense même Bernard Boutboul, dirigeant de Gira Conseil, interrogé par Business Insider France. "Trois-quarts des startups aujourd'hui ne vont pas tenir la distance." Le cabinet spécialisé dans la restauration travaille notamment pour des grands comptes comme Monoprix, Banette ou Nestlé Waters.

Startups et fonds de capital-risque le reconnaissent: la rentabilité est le problème majeur de la foodtech.

Les charges fixes sont parfois conséquentes (loyer, salaires, commissions aux livreurs), l'approvisionnement et la gestion du stock sont compliqués en raison de la sécurité alimentaire et le développement technologique peut être coûteux.

En face, la concurrence s'est accrue. Dans un marché atomisé, une startup se trouve souvent engagée dans une course au volume épuisante et incertaine. En conséquence, une levée de fonds permet au concept de ne pas disparaître trop vite.

Capture écran application française Lunchr, lancée récemment à Montpellier et Paris.

En France, 75% des startups de l'alimentaire ont moins de deux ans.

Ces jeunes pousses sont présentes sur les différentes segments du marché aux côté des premiers grands acteurs:

  • la réservation et recommandation (Bim, Sneat, Yelp, La Fourchette, Michelin, Barnaby)
  • la commande/livraison depuis des restaurants (AlloResto, Stuart, UberEats, Deliveroo, Foodora) ou à emporter (Lunchr...)
  • la livraison de plats préparés (Frichti, PopChef, FoodCheri...), de kits prêts à cuisiner (LesCommis, Cook Angels, QuiToque...), d'aliments (La Ruche qui dit Oui, Poiscaille, Jiminis...);
  • le BtoB (Tiller, Alkemics, Wynd).

"C'est un secteur qui est très attractif du fait de son potentiel. Tous ces modèles ont vocation à perdurer et à se développer dans le temps, et dans toutes les géographies. Après tout, Domino's Pizza continue de se développer après 40 ans", juge Kevin Camphuis.

L'expert ne mésestime pourtant pas l'actuelle période de turbulences sujette à la concentration. 

"De très nombreux acteurs se sont lancés très vite et ont levé beaucoup d'argent, en ce sens, sans rentabilité: nous passons donc d'ores et déjà par une phase de consolidation qui est nécessaire."

Les poids lourds ​existent déjà en Europe dans la livraison de repas: Deliveroo, Foodora, Just Eat​ et TakeAway sont parvenus à créer en moins de quatre ans des réseaux mondiaux ​avec des centaines de millions de livraisons hebdomadaires.

Deliveroo

"Amazon est le premier véritable acteur global de la food"

Emerger dans cet univers est un défi pour tout(e) entrepreneur(e). L'espace est occupé et la rupture technologique limitée. 

Concernant le seul exemple de la conception de plats, il faut énormément investir en recherche et développement pour travailler sur des nouveaux goûts. Ce rôle est souvent dévolu à l'industrie agroalimentaire.

Mais certaines startups s'y essaient. C'est le cas de la française Algama qui lance une mayonnaise sans oeufs à base de microalgues. Aux Etats-Unis, Finless Foods et New Wave Foods travaillent aussi sur des nouveaux aliments.

"Dans la food, ce n'est pas la rupture qui en soi est compliquée à faire, mais plutôt de la faire adopter et d'assurer la sécurité alimentaire tout au long de la chaîne", analyse Kevin Camphuis.

La logistique et les ressources humaines deviennent donc des éléments prépondérants.

Bernard Boutboul pense "qu'il y a trop d'applications spécialisées. On en a beaucoup trop dont on ne se sert pas. Je crois davantage à la disparition de la plupart d'entre elles au profit d'une ou deux qui regrouperont toute la chaîne de l'alimentation."

Il reste donc un puzzle à assembler pour faire naître ce type d'applications.

Cet acteur existerait déjà: Amazon.

L'entreprise de Jeff Bezos maîtrise peu ou prou toutes les étapes de la chaîne de valeur de l'alimentaire:

  • La logistique, c'est son coeur de métier. Il travaille déjà à la livraison par drones et robots;
  • La connaissance clients puisqu'il dispose de toutes leurs données de consommation, au-plus près de leurs envies;
  • Le paiement instantané en un click; 
  • La politique commerciale avec des offres promotionnelles;
  • L'approvisionnement alimentaire. Le distributeur Amazon s'efforce de moins en moins de dépendre de tiers. Il vient de racheter la chaine américaine d'épicerios bios Whole Foods pour 13,7 milliards de dollars. Il pourra créer ses propres gammes alimentaires.
  • L'automatisation d'un magasin avec Amazon Go, Sans oublier les services Pantry, Prime, Dash, Fresh. Quant à son enceinte intelligente, Echo, elle enregistre votre liste de courses.

"Amazon est en train de créer un avantage compétitif majeur pour les décennies à venir autour d'une connaissance des clients qu'aucun acteur n'a jamais sur créer. C'est ainsi, selon moi, le premier véritable acteur global de la food, concurrent à la fois des distributeurs, des producteurs et des livreurs, et avec une avance stratégique qu'aucun acteur ne peut lui contester — même lorsque Nestlé, par exemple, investit dans la box d'ingrédients Freshy", souligne Kevin Camphuis.

Vous avez apprécié cet article ? Likez Business Insider France sur Facebook !

Lire aussi : VIDEO: Voici à quoi va ressembler le supermarché du futur d'Amazon, sans caisse ni file d'attente