BlaBlaCar annonce être rentable pour la première fois de son histoire — 3 ans après être devenue une licorne

(De g.à dr.): Frédéric Mazzella, fondateur et président, Francis Nappez, co-fondateur et directeur technique, et Nicolas Brusson, co-fondateur et directeur général de BlaBlaCar. BlaBlaCar

Douze ans après sa création, BlaBlaCar annonce ce mardi 25 septembre qu'elle est rentable pour la première fois de son histoire sur les huit premiers mois de l'année.

C'est une étape importante pour l'entreprise qui ne prélève aucune commission sur une grande partie des passagers.

Créée en 2006, devenue licorne en 2015 à la faveur d'une levée de fonds qui la valorisait à 1,6 milliard de dollars, l'entreprise compte 65 millions de membres, dont 15 millions en France.

"Plus de 50 millions de passagers voyageront sur BlaBlaCar dans le monde en 2018, soit une croissance de 40% de son activité par rapport à 2017. Cette croissance, jointe à une gestion saine de ses ressources, permettent à BlaBlaCar d'annoncer aujourd'hui que l'entreprise est rentable sur 2018 à ce jour", explique l'entreprise dans un communiqué.

D'ordinaire réservée sur ses chiffres, c'est la première fois que l'entreprise de 350 salariés dévoile une partie de ses résultats économiques — même si elle ne s'épanche ni sur son chiffre d'affaires, ni sur le détail de son point d'équilibre.

En fait, cette sortie est un exercice de communication à deux niveaux de la part de BlaBlaCar: pour rassurer ses détracteurs et l'écosystème de la French Tech, qui s'interrogent ouvertement sur la pertinence du modèle économique après plus de dix ans d'existence. 

Depuis deux ans, la startup a prêté le flanc aux critiques, avec de sévères réductions de coûts et des départs en cascade suite à un déploiement à l'international raté sur le plan des revenus. 

Si elle monétise ses services en France, en Espagne, en Italie, en Allemagne et en Pologne,  elle ne prend aucune commission sur les paiements entre passagers et conducteurs dans les 17 autres pays. Elle a ainsi dû fermer des bureaux (Turquie, Inde et Mexique) en 2016 et 2017. La rationalisation des coûts a entraîné une vague de départs, les effectifs passant de 500 à 350 salariés en moins de deux ans.

Ce que Nicolas Brusson appelle une "gestion saine".

"L'activité de BlaBlaCar est 'scalable' (c'est-à-dire qu'elle peut-être déployée à grande échelle facilement, ndlr) mais pas la monétisation. On s'est rendu compte de particularités locales, notamment dans le paiement. En Pologne, on a ainsi lancé l'abonnement. Une première. Il aurait fallu des années pour monétiser dans certains pays. Et d'un autre côté, en interne, notre organisation n'était sans doute pas adaptée à notre base d'hyper-croissance. Ce sont des cycles naturels. Il n'y a pas beaucoup de sociétés françaises qui ont vécu ça", confie le dirigeant à Business Insider France.

Cet été, la décision du fonds suédois Vostok New Ventures — qui détient 9,3% des parts — de déprécier de 7% à 110,5 millions d'euros la valeur de sa part dans BlaBlaCar, a rajouté du scepticisme.

Entré au capital de BlaBlaCar en 2015, à l'occasion de la méga levée de fonds de 200 millions de dollars, Vostok New Ventures a investi environ 109,5 millions d'euros au total dans la société française qu'il valorise 1,2 milliard d'euros, selon ses résultats semestriels.

"Cette décision a été sur-interprétée. Il s'agit juste d'un ajustement de taux de change. Au contraire, ils ont toujours été très optimistes. On s'interroge aujourd'hui avec nos investisseurs sur l'opportunité d'être plus offensifs ou de se concentrer sur la rentabilité sur les deux prochains exercices", répond le directeur général.

Selon les données de Crunchbase, 12 investisseurs ont soutenu financièrement BlaBlaCar depuis ses débuts. 

Si l'annonce de BlaBlaCar ne prépare aucune introduction en bourse ou rachat selon Nicolas Brusson, le directeur général admet "qu'on a toujours pensé que la logique serait un moment une IPO. On prouve aujourd'hui que c'est un business sain alors que l'on monétise seulement 60% de notre activité."

Rassurer la French Tech

Mais ce n'est pas un hasard si l'un des étendards de la French Tech prend la parole ce 25 septembre 2018, à l'occasion du France Digitale Day, où investisseurs et politiques seront présents. Son message s'adresse à cette startup nation qui n'aime pas les mauvaises nouvelles quand bien même elles font partie des cycles de vie d'une entreprise capitaliste.

"Je ne dirais pas qu'on assume ce rôle ou qu'on le prend mais c'est une réalité. On est malgré nous une société emblématique: une licorne française avec un service B to C. On nous a dit que c'était important de dire à l'écosytème que tout allait bien", explique Nicolas Brusson.

Depuis plus d'un an, la startup renoue avec l'audace de ses débuts — nouvel algorithme, covoiturage courte distance avec BlaBlaLines, possibilité d'achat d'un véhicule en location longue durée — et vient de procéder coup sur coup à deux acquisitions pour démontrer le chemin qu'elle trace.

Avec Less, elle avance sur la technologie et en avalant Beepcar en Russie elle s'octroie un relais de croissance à l'international. Malgré les errements, ce segment de marché représente déjà les trois quarts de l'activité selon BlaBlaCar.

"Si on repart à l'international, je ne sais pas si on réussira mieux. Je n'ai pas de boule de cristal. C'est une histoire normale d'entreprise. Mais on transporte 50 millions de passagers avec une croissance de 40%: on l'a fait cet acteur global", affirme Nicolas Brusson.

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  1. Blablamerde

    Ah c'est pour ca que blablacar est si cher en france, parce que les dirigeants ne sont pas capables de monétiser leurs produits dans les autres pays ... Je recommande vivement d'utiliser plutôt les services de covoiturage locale qui ne prennent pas 10% de commission par course.

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