Uber

Les manifestations #DeleteUber. Spencer Platt/Getty Images

Uber avait mal commencé 2017. Mais l'année empire de jour en jour pour la société de transport à la demande, valorisée à 69 milliards de dollars. 

En janvier, Uber a perdu plus de 200.000 clients en un seul weekend à la suite du mouvement #DeleteUber, qui a conduit des clients fâchés par les liens entre Uber et le Président Donald Trump à supprimer leurs comptes.

Mais ce n'était que le prélude de la série d'événements qui a récemment ébranlé la startup californienne. De mi-février à mi-mars, l'entreprise a été secouée par un déluge de mauvaises nouvelles, à raison d'une crise par jour ou presque.

Si les écoles de commerce ont besoin d'une nouvelle étude de cas d'une entreprise engloutie dans un désastre de relations publiques, le mois que vient de passer Uber est l'un des meilleurs exemples qui puissent exister. Et on ne sait toujours pas comment Uber va redresser le navire.

Voici tout ce qu'Uber a enduré au cours du mois dernier:

Dimanche 19 février: Le coup d'envoi

Travis Kalanick

Le DG et cofondateur d'Uber Travis Kalanick. Chris Ratcliffe/Bloomberg via Getty Images

Susan Fowler publie une note de blog intitulée "Une année très très étrange chez Uber". Cette ex-ingénieure de l'entreprise affirme qu'elle a été victime de harcèlement sexuel et de discrimination quand elle travaillait à Uber. Elle raconte qu'un supérieur lui a fait des avances et lui a demandé d'avoir des relations sexuelles avec elle. 

Ses plaintes auprès des ressources humaines ont été rejetées car le supérieur en question était un cadre très performant. Elle affirme qu'Uber a continué d'ignorer ses plaintes et son supérieur a menacé de la licencier pour avoir parlé au service des ressources humaines.

Le DG d'Uber Travis Kalanick promet d'enquêter sur les faits rapportés par Fowler et recrute l'ex-procureur général des Etats-Unis Eric Holder pour mener l'enquête. Kalanick répond dans les heures qui ont suivi la publication du post pour dire que les faits rapportés étaient "odieux et étaient contraires aux valeurs d'Uber".

Mercredi 22 février: Cocaïne et attouchements

cocaïne

Photo d'illustration. La personne ci-dessus n'est pas un employé d'Uber. Flickr.com/Marco Leone [Deepboy]

Le New York Times publie un article choc selon lequel les plaintes de Fowler n'étaient pas isolées. Des employés prenaient de la cocaïne pendant un séjour de cohésion de l'entreprise et un manager a dû être remercié après avoir tripoté plusieurs femmes, rapporte l'article. Des anciens salariés assurent qu'ils en avaient informé les dirigeants d'Uber, dont Travis Kalanick et le directeur général technique Thuan Pham.

Jeudi 23 février: Investisseurs trahis et vol de technologie

Associated Press

Des investisseurs d'Uber, Freada et Mitch Kapor, dénoncent le manque de changement dans l'entreprise. Dans une lettre ouverte adressée aux investisseurs et au conseil d'administration d'Uber, les Kapor indiquent qu'Uber a ignoré le travail en coulisses que certains de ses investisseurs ont essayé de faire pendant des années pour changer la culture de l'entreprise. "Nous disons ce que nous pensons maintenant, car nous sommes déçus et frustrés; nous avons le sentiment d'être dans une impasse en essayant d'influencer l'entreprise discrètement de l'intérieur", écrivent les Kapor.

Google, un autre investisseur d'Uber, attaque Uber en justice pour vol de propriété intellectuelle. Dans une plainte explosive, la filiale de Google spécialisée dans les voitures autonomes, connue sous le nom de Waymo, accuse Uber d'avoir utilisé des technologies dérobées pour avancer le développement de ses propres voitures autonomes. Selon la plainte enregistrée auprès d'une cour fédérale à San Francisco, une équipe d'anciens ingénieurs de Google a volé le design de l'entreprise pour les capteurs laser "lidar" qui permettent à une voiture autonome de cartographier son environnement.

Vendredi 24 février: Perte du bénéfice du doute

YouTube/Business Insider

Uber dément les accusations de vol formulées par Waymo. "Nous avons examiné les plaintes de Waymo et nous estimons qu'il s'agit d'une tentative sans fondement, visant à ralentir un concurrent et nous sommes pressés de nous défendre avec fermeté devant la cour", dit un porte-parole.

Le même jour, Uber doit aussi rassurer sur le fait qu'il ne cherche pas à retrouver des informations "intimes" sur l'ex-ingénieure, qui a déclaré avoir être victime d'harcèlement sexuel à Uber. Fowler a tweeté que quelqu'un était en train de faire des recherches sur sa vie pour lancer une campagne de diffamation à son encontre. Elle dit avoir prévenu ses amis de se méfier de quiconque cherchant à obtenir des informations personnelles la concernant. Uber dément être impliqué dans tout cela.

Mais la confiance envers l'entreprise est sapée quand, le même jour, un article révèle que le compte-rendu d'Uber concernant un autre incident controversé n'avait pas été complètement honnête. Uber avait dit que si l'une de ses voitures autonomes était passée au rouge dans une rue à San Francisco en décembre, c'était à cause d'une "erreur humaine". 

Mais le New York Times a révélé que le système de la voiture autonome n'avait pas réussi à reconnaître six feux d'intersection et est passée au rouge alors qu'une personne s'engageait sur le passage piéton. La seule "erreur humaine" a été que le conducteur n'a pas réussi à remarquer l'erreur de la voiture et ne l'a pas corrigée à temps.

Au bout d'une semaine de crise, les experts sont d'accord: Uber doit faire un geste fort et cela pourrait être de licencier Kalanick.

Travis Kalanick. Reuters

"Si je faisais partie du conseil d'administration, je trouverais un moyen de me débarrasser de lui", dit Michael Barnett, un professeur en affaires et management à l'Université Rutgers.

Mais une semaine encore plus difficile attend Uber. 

27 février: Un haut cadre d'Uber est soupçonné de harcèlement sexuel

Uber

Travis Kalanick et Amit Singhal. Uber

Le directeur technique d'Uber démissionne après des accusations de harcèlement sexuel à son ancien poste chez Google. L'ingénieur, Amit Singhal, quitte Uber après la publication d'un article de Kara Swisher de Recode. Quand le patron d'Uber Travis Kalanick découvre l'article, il demande à Singhal de démissionner, selon une personne proche du dossier. Cette même source précise que Singhal avait fait l'objet des vérifications d'antécédents standards avant d'être recruté par Uber et les accusations de harcèlement sexuel à Google n'étaient pas apparues. Singhal nie fermement ces accusations.

28 février: Kalanick perd son sang-froid

Une caméra embarquée a filmé le patron d'Uber dans une dispute animée avec un chauffeur au sujet des prix des courses. Une vidéo publiée par Bloomberg montre Travis Kalanick en train de perdre son sang-froid dans une dispute avec un chauffeur Uber le soir du Super Bowl. Le chauffeur l'accuse d'avoir baissé le prix des courses.

Kalanick s'est ensuite amplement excusé, disant qu'il chercherait de l'aide pour devenir un meilleur dirigeant. "Mon travail en tant que dirigeant est de diriger... et cela commence par un comportement qui nous permet à tous d'être fiers", a-t-il écrit dans sa lettre d'excuses. "Ce n'est pas ce que j'ai fait, et cela ne peut pas se justifier. C'est la première fois que je suis prêt à admettre que j'ai besoin d'aide pour mieux diriger et j'ai bien l'intention de le faire."

1er mars: l'ennemi juré Lyft en profite

Lyft

Kelly Sullivan/Getty Images

Lyft est en train de lever 500 millions de dollars pour combattre Uber. Selon le Wall Street Journal, le rival d'Uber, Lyft, cherche à lever 500 millions de dollars supplémentaires pour financer son développement.

2 mars: Uber recrute un autre cabinet d'avocats

L'ex-ingénieure Susan Fowler a dit que l'entreprise l'a rendue responsable du fait que certains utilisateurs ont effacé leurs comptes et qu'elle continue d'enquêter sur sa vie personnelle. Résultat, elle décide de prendre un avocat. Uber admet avoir recruté un second cabinet d'avocats, Perkins Coie, pour examiner ses accusations (mais l'entreprise dit qu'elle n'enquêtait pas sur la vie personnelle de Fowler).

Uber change d'avis sur ses voitures autonomes. Après un clash en décembre avec les autorités locales de Californie, Uber fait volte-face et décide de demander un permis pour que ses voitures autonomes puissent rouler en Californie. Cela fait bonne presse après la série de scandales des dernières semaines.

3 mars: 'Greyballs' et une autre démission

Uber

Ed Baker, l'ex-VP du produit et du développement chez Uber. Uber

Le New York Times révèle qu'Uber a secrètement trompé les autorités pendant des années grâce à un outil appelé "Greyball". Uber a utilisé cet outil pour échapper aux autorités, en particulier quand les régulateurs de la ville tentaient de bloquer le service de courses à la demande, selon le New York Times. L'outil récupérait des données de l'appli d'Uber pour identifier et échapper aux policiers dans des villes comme Boston, Paris et Las Vegas. L'article du New York Times rapporte que le programme a été utilisé sur les marchés où Uber a été interdit ou a rencontré une résistance législative.

Uber perd un autre vice-président: Ed Baker, responsable du produit et du développement a soudainement démissionné après plus de trois ans au sein de l'entreprise. Dans un email consulté par Recode, Baker dit qu'il voulait rejoindre le secteur public, mais le timing de son départ est mystérieux, selon Recode. Le site affirme qu'il existait des allégations de comportement "douteux" au sujet de Baker.

Pendant ce temps, celui qui dirige et est membre du conseil d'administration qui a supervisé le service des ressources humaines est étrangement absent. Selon Business Insider US, l'absence de Ryan Graves a amené certains en interne comme en externe à se demander s'il pourrait endosser la chute — avec ou sans raison. Graves a aussi des liens avec l'affaire Greyball, puisqu'il était au courant de l'existence d'un tel programme.

7 mars: Uber recrute officiellement un directeur des opérations

Le DG d'Uber, Travis Kalanick, au Indian Institute of Technology (IIT) à Mumbai, Inde, le 19 janvier 2016. REUTERS/Danish Siddiqui/

Travis Kalanick est d'accord pour obtenir de l'aide pour le prochain chapitre d'Uber. Après avoir admis qu'il a besoin d'aider pour mieux manager après la diffusion de la vidéo dans laquelle on le voit se disputer avec un chauffeur Uber, Kalanick officialise le fait que l'entreprise cherche un directeur des opérations — "un pair qui peut travailler en partenariat avec moi pour écrire le prochain chapitre de notre aventure." Beaucoup de gens veulent un profil comme Sheryl Sandberg pour contrebalancer Kalanick, si ce n'est Sandberg elle-même. 

8 mars: Uber change d'avis au sujet de Greyball alors que l'exode des cadres continue

Carl Court/Getty Images

Uber fait marche arrière concernant l'affaire Greyball. Alors qu'Uber avait tout d'abord admis avec joie avoir eu recours à un programme controversé pour cibler des membres du gouvernement, Uber change d'avis et dit qu'il ne le ferait plus. 

L'exode des cadres se poursuit également, avec le chef de l'IA qui quitte l'entreprise après quatre mois de services. Gary Marcus a décidé de s'écarter pour devenir "un conseiller" d'Uber, seulement quatre mois après le rachat par Uber de sa startup spécialisée dans l'IA, Geometric Intelligence. 

17 mars: des données qui ont fuité montrent que les voitures autonomes d'Uber ne peuvent pas se conduire toutes seules

AP Photo/Eric Risberg

Des données divulguées ont montré que le projet de voiture autonome d'Uber est encore loin de pouvoir devenir réalité. Une statistique particulièrement alarmante montre que début mars, les voitures ont roulé seulement 1,3 km en moyenne avant qu'un conducteur humain ne prenne le contrôle du volant, à la place de la technologie de conduite autonome. A titre de comparaison, les voitures autonomes de Google ont plusieurs longueurs d'avance. L'année dernière, les voitures de Waymo n'ont eu besoin d'une intervention humaine que tous les 8000 km, selon des données publiées en février

19 mars: le président d'Uber démissionne

L'ex-président d'Uber, Jeff Jones. AP

Uber prend un nouveau coup quand son président démissionne après seulement six mois d'exercice. Dans un communiqué, Jeff Jones dit qu'il part car "les croyances et l'approche en tant que dirigeant qui ont guidé sa carrière sont contraires avec ce qu'il a vu et vécu à Uber."

"Après avoir annoncé notre intention de recruter un chef des opérations, Jeff Jones a fait face à la dure décision qu'il ne voyait pas d'avenir pour lui à Uber. C'est malheureux car cela a été annoncé via la presse, mais je pensais qu'il était important de vous envoyer tous un email avant d'en parler en public", écrit Kalanick à ses employés.

Peu de temps après le départ de Jones, un autre VP est aussi sur le départ. Brian McClendon, qui a dirigé les équipes de cartographie d'Uber, prévoit de quitter l'entreprise pour le Kansas où il veut faire de la politique. 

21 mars: Uber va faire les choses autrement

YouTube

Après ce mois désastreux, Uber est prêt à faire des changements. Lors de la première conférence de presse depuis la récente série de crises qui a secoué l'entreprise, Uber détaille des mesures prises pour redresser la barre. Parmi elles:

  • publier un rapport sur la diversité,
  • ouvrir une ligne de signalement anonyme pour que les employés puissent exprimer leurs plaintes,
  • organiser plus de 120 "sessions d'écoute" avec les employés, 
  • mettre à jour 1500 descriptions de poste pour éliminer tout "préjugé inconscient".

Travis Kalanick n'était pas présent lors de ce call, car il était occupé à faire passer des entretiens aux prétendants au poste de directeur des opérations. Mais le conseil d'administration de l'entreprise a indiqué qu'il soutenait Kalanick dans son poste de DG. Uber a par ailleurs déclaré qu'il n'allait pas remplacer immédiatement toutes les personnes qui ont récemment démissionné avant d'avoir recruté son nouveau directeur des opérations, qui participera aux nouveaux recrutements.

25 mars: Travis Kalanick et le karaoké à escortes de Séoul

Travis Kalanick

Gabi Holzwarth et Travis Kalanick. Getty Images

Un article choc de The Information raconte la visite d'une équipe d'Uber en 2014 dans un bar karaoké d'escortes à Séoul. Selon l'article, "quatre managers hommes d'Uber ont sélectionné des femmes du groupe, les ont appelées et se sont posés avec elles."

Après la soirée, une employée d'Uber a dit aux ressources humaines que le voyage l'a mise mal à l'aise.

25 mars: Uber suspend son projet de voiture autonome en Arizona après l'implication d'un véhicule autonome dans un accident.

Une photo postée sur le fil Twitter de Fresco News montre une voiture autonome Volvo SUV retournée sur le côté. Fresco News/Mark Beach

Une voiture Uber en mode conduite autonome est impliquée dans un accident. Même si personne n'est grièvement blessé et qu'un porte-parole de la police dit qu'Uber n'était pas responsable, Uber confirme à Business Insider qu'il met en pause son programme pilote dans l'Arizona.

Version originale: Biz Carson/Business Insider

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