Le Premier ministre Edouard Philippe avec la ministre des Transports Elisabeth Borne, après la réunion avec des syndicats, le 7 mai 2018 à Matignon, à Paris. REUTERS/Philippe Wojazer

  • Edouard Philippe a rencontré les syndicats de la SNCF ce lundi 7 mai 2018.
  • Le Premier ministre a dit qu'il ne reviendrait pas sur les grands principes de la réforme.
  • Evoquant une reprise de la dette, il a énoncé une "règle d'or" pour éviter l'endettement excessif de la SNCF — un peu comme l'Europe l'impose sur les déficits publics de ses pays membres.
  • L'Etat entend ainsi imposer à la compagnie ferroviaire une règle que les gouvernements successifs depuis 40 ans n'ont jamais respectée en s'endettant considérablement.

Le gouvernement ne modifiera pas fondamentalement sa réforme de la SNCF mais le texte et les modalités de la reprise de la dette peuvent encore être finalisés, a déclaré ce lundi 7 mai 2018 Edouard Philippe à l'issue d'entretiens avec les syndicats.

Ces derniers, CGT en tête, ont exprimé dans l'immédiat leur volonté de continuer le mouvement de grève intermittente entamé le 3 avril et dont le huitième épisode débute ce mardi.

Le Premier ministre a redit qu'il n'était pas question de revenir sur trois sujets qui pourraient mettre fin à ce mouvement: l'ouverture à la concurrence, la fin des embauches au statut de cheminot à partir de 2020 et la transformation juridique de la compagnie ferroviaire.

En revanche, le gouvernement promet de donner plus de précisions sur la reprise "d'une partie substantielle" de la dette, qui s'élève à 47 milliards d'euros pour le seul réseau.

"L'Etat prendra ses responsabilités progressivement à partir de 2020. Reste à déterminer combien et comment. Mon objectif est que la reprise de la dette permette au groupe public d'être à l'équilibre économique à la fin du quinquennat", a dit Edouard Philippe — donc d'ici quatre ans.

En outre, le Premier ministre a dit qu'il voulait introduire une "règle d'or" interdisant tout endettement excessif à l'avenir afin de rendre la SNCF plus solide financièrement.

Dans le jargon économique, une règle d'or définit les conditions et les exigences pour parvenir à l'équilibre des comptes publics d'un pays ou d'une collectivité, entre dépenses et recettes.

La règle d'or est par exemple l'un des grands principes du Pacte budgétaire européen, signé en 2012. Jusqu'à l'an dernier, la France n'était jamais parvenue à respecter cette règle. Pire, depuis la crise de 2007, c'est la première fois que le déficit public français est passé sous les 3% du PIB, à 2,6%.

Mais le sujet demeure un problème car ces déficits creusent la dette publique. Depuis 40 ans, elle ne cesse de gonfler. Ainsi, l'INSEE fait état d'une hausse de 65,9 milliards d'euros de la dette publique de la France l'an passé, supérieure à celle de 2016 (+51,3 milliards). Elle atteint 2218,4 milliards d'euros, soit l'équivalent de 97,0% du PIB contre 96,6% un an plus tôt.

"Parce que le déficit public reste encore trop important, (...) nous sommes obligés d'emprunter, nous sommes obligés de nous endetter", a ainsi déploré en mars dernier le ministre de l'Economie et des Finances, Bruno Le Maire, sur franceinfo en rappelant que la réduction de la dette restait "un objectif prioritaire".

L'idée d'Edouard Philippe est donc plutôt cocasse: il veut imposer un mécanisme avec lequel les gouvernements successifs ont abusé depuis les années 70 et qui met en danger l'économie française.

Notons qu'une règle d'or existe déjà la SNCF: elle concerne SNCF Réseau. Le décret empêchant SNCF Réseau, gestionnaire du réseau ferré français, d'investir au-delà d'un certain niveau d'endettement a été publié il y a un an. Le texte était attendu depuis plus de deux ans.

"Les conditions, elle seront précisées au fur et à mesure des semaines qui viennent et elles seront précisées avant le début de la séance publique au Sénat."

Cette reprise doit s'inscrire, selon lui, dans un retour de la SNCF à l'équilibre financier à l'horizon 2022 qui suppose aussi des efforts pour réduire son retard de productivité par rapport à ses futurs concurrents potentiels.

Le Premier ministre a par ailleurs évoqué l'idée d'aller "plus loin" sur l'investissement et celle d'un "plan ambitieux" de formation et d'adaptation des salariés de la SNCF, une initiative qu'il laisse à la direction de la compagnie.

Déjà votée en première lecture à l'Assemblée, la réforme contre laquelle ferraillent les syndicats depuis le 3 avril doit arriver au Sénat à partir de la fin mai, le 23 en commission et le 29 en séance publique, avant un vote solennel le 5 mai.

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