Pokémon Go a 65 millions de joueurs actifs par mois. C’est ce qu’a annoncé John Hanke, le DG de l’entreprise Niantic qui a développé le jeu mobile à succès, mardi 4 avril.

L’appli mobile a été lancée en début juillet 2016 aux Etats-Unis, Australie et Nouvelle-Zélande, avant d’être déployée progressivement dans les autres pays. Elle était officiellement disponible en France le 24 juillet 2016.

Pokémon Go est une appli qui mêle réalité augmentée et exploration: les joueurs sont amenés à déambuler dans les rues pour capturer des Pokémon qui apparaissent de manière aléatoire à certains moments et certains endroits.

Dès son lancement, le succès du jeu mobile a été immédiat, et s’est prolongé sur tout l’été 2016. Pokémon Go a rapidement été érigé en "phénomène de société". De part sa propension à pousser les joueurs à se déplacer, il a été à l’origine d’impressionnants mouvements de foule, que des observateurs extérieurs circonspects immortalisaient à leur tour.

Huit mois après cet engouement, trois personnes sur quatre ont arrêté de jouer à Pokémon Go. Et pourtant, le jeu rassemble encore une communauté de 65 millions de fidèles mensuels. A titre de comparaison, le jeu Minecraft — sur desktop et payant — compte 55 millions de joueurs actifs par mois. 

A quelques mois de fêter le premier anniversaire de l’appli, Business Insider France s’est intéressé aux internautes français qui s'amusent encore régulièrement sur Pokémon Go.

Pourquoi ils jouent encore

Marie, étudiante de 21 ans en master d’anglais, "joue moins qu'au début de l’appli", où était "devenue accro". Elle nous confie:

"Je passais mes journées dehors à chasser les Pokemon avec des amis (…) On passait parfois quatre heures à chasser avec nos batteries externes, à poser des ‘leurres’ à des endroits stratégiques où on rencontrait une cinquantaine d'autres ‘dresseurs’, avec qui on buvait des bières en attendant que les Pokémon [apparaissent]. Mais j'étais en vacances et il faisait beau, là je n'ai pas trop le temps."

Pourtant la jeune femme dit continuer à se connecter au moins une fois par jour à l’application, ne serait-ce que pour obtenir des "bonus" que Niantic a peu à peu mis en place.

Capucine, 39 ans, directrice-adjointe d'un centre de loisirs, parle quant à elle d'un "rituel" quotidien qui rythme ses trajets pour aller au travail ou les promenades du week-end.

Entre nostalgie et fan-attitude 

Tous les joueurs que nous avons interrogés ont conscience que le niveau de popularité de l’appli a drastiquement chuté après l’été ; la fin des vacances, du beau temps, des terrasses et des trajets à pieds… Mais ils continuent à jouer. Certains pour arriver au but ultime: la capture de tous les Pokémon. "Tant que je ne les aurai pas tous, je ne m'arrêterai pas", affirme Nessim, 25 ans. L’objectif est d’autant plus ambitieux que Niantic a rajouté 80 nouveaux Pokémon dits de "2e génération" le 17 février dernier. 

D’autres "dresseurs" nous parlent plus de nostalgie. "Ce qui me pousse avant tout à jouer, c'est un amour d'enfance pour cette licence. Une sorte de madeleine de Proust de mon CP/CE1", résume Hadrien, étudiant en master de géosciences à Paris.

Même chose pour Claire, mère au foyer de 25 ans qui se souvient :

"A la base, Pokémon est le dessin animé préféré de ma folle jeunesse. Je jouais dans la rue à être Ondine, Sacha… [des personnages de la franchise Pokémon] Avec des amis, on jouait déjà à les attraper 'dans le vent' ! [Pokémon Go] donne un peu de réel."

Quant à Fabiola, esthéticienne et coach beauté de 25 ans, elle s’est même fait tatouer un Pokémon : "Je suis passionnée", résume-t-elle, "Depuis petite, je joue à Pokémon, je regarde Pokémon et je collectionne Pokémon."

"Le jeu en solo n’a aucun sens"

Il est possible de jouer à Pokémon Go tout seul : il suffit de se balader assez longtemps, de récupérer assez de petits animaux imaginaires et monter en niveaux. Mais l’expérience collective permet non seulement d’évoluer plus rapidement, mais aussi de capturer plus de Pokémon différents, s’entraider, et prendre possessions d’arènes — des endroits où tous les dresseurs des trois grandes équipes Pokémon s’affrontent.

"Avant j'allais un peu au hasard dans les rues de Paris car mon Pokédex n'était pas du tout complet on pouvait le remplir assez facilement", explique Clément, 21 ans étudiant en histoire en master.

"Maintenant qu'il ne me manque que quelques Pokémon bien précis, j'utilise énormément le groupe Facebook et les différents radars pour savoir où aller chasser."

Il existe des dizaines de groupes Facebook francophones, où les dresseurs s’échangent des plans pour évoluer plus vite, trouver un Pokémon rare ou encore organiser des rencontres. Tyler, trentenaire qui travaille dans le marketing digital, nous explique coordonner des sorties, notamment autour des arènes, qu’il faut investir avec un maximum de joueurs et de Pokémon puissants pour en garder le contrôle. Il décrit :

"Dans la soirée, on ‘monte’ une dizaine d’arènes, on est au minimum dix pour en remplir une, parfois plus d’une quinzaine. On en profite pour faire un petit pot: tout le monde apporte un truc à manger ou à boire…"

Pour lui, "le jeu en solo n’a aucun sens, au bout d’un mois, le tour est fait."

Stop ou encore?

Pokémon Go a la campagne, une appli désertique. Business Insider/Marie Turcan

Beaucoup espèrent qu’après l’ajout des nouveaux Pokémon, Niantic ne s’arrêtera pas là. Ils attendent deux mises à jours: l’échange de petites bestioles et les combats un-contre-un entre dresseurs. Charlotte, joueuse de 25 ans, souligne également que les zones rurales sont encore délaissées par rapport aux grandes villes: on y trouve beaucoup moins de Pokémon, de points de repère et d’arènes.

Chris, 26 ans, espère quant à lui que Niantic organisera plus souvent des événements — comme pour Halloween où l’interface affichait des couleurs orange et noires et offrait plus de récompenses aux joueurs. En dehors de ces événements spéciaux, certains comme Magali, 45 ans, jouent moins, car les Pokémon qui apparaissent au quotidien sont trop ordinaires pour des joueurs expérimentés. 

Ils sont d’ailleurs nombreux à se demander ce que l’éditeur de jeux vidéo leur prépare pour Pâques. "On se doute bien que les 'œufs' seront au cœur du sujet, mais quoi exactement ? Patience…", s’amuse David, joueur de 44 ans qui travaille dans la maintenance technique.

Le regard des autres

La grande majorité se voit encore jouer à moyen-long terme, comme Alex, informaticien de 31 ans qui a même créé sa chaîne YouTube. Il y fait notamment des directs tous les mercredis, souvent au parc de la Villette, un endroit à Paris connu pour regorger de Pokémon.

Il faut dire que les chaînes qui traitent de Pokémon Go les plus populaires génèrent encore chaque semaine des centaines de millions de vues, comme celle du youtubeur britannique Alastair Aiken qui montre le plus souvent ses escapades avec sa petite-amie et son chien, à la recherche de nouvelles bestioles à capturer.

Pour autant, les critiques qui étaient émises à l'encontre de l'appli à ses débuts sont toujours d'actualité. Plusieurs dresseurs nous racontent que le regard des "non-joueurs" est pesant, "même plus qu'aux débuts", souligne Marie:

"Tout le monde jouait pendant l'été, donc je n'étais jamais la seule à le faire et je n'avais pas l'air si bête que ça. Mais on s'est déjà moqué de moi car je jouais, et même certains de mes amis qui jouaient au début ne comprennent pas que je continue à jouer maintenant car ce n'est plus 'hype'."

Du haut de ses 43 ans, David a aussi l'impression de subir les "moqueries" et "l'incompréhension" des plus jeunes : 

"Etonnamment, les plus grands se cachent pour jouer, j'en croise qui jouent discrètement dans leur voiture, comme s'ils avaient honte, comme s'ils n'assumaient pas. Personnellement, ce n'est pas grave, moi ça me permet de m'évader, de ne plus penser au quotidien."

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