La chancelière allemande Angela Merkel au Bundestag à Berlin, le 20 novembre 2017. REUTERS/Axel Schmidt

L'Allemagne a plongé lundi 20 novembre 2017 dans une période d'incertitude politique.

La chancelière Angela Merkel, reconduite pour un quatrième mandat en septembre dernier, n'a pas réussi à s'entendre avec les partis des Libéraux (FDP) et des Verts (Grüne) pour former un gouvernement.

Résultat: on ne sait pas qui va prendre les commandes de la première économie d'Europe et on ne sait pas quand ce problème sera résolu.

Pour le ministre néerlandais des Affaires étrangères, Halbe Zijlstra, c'est une "mauvaise nouvelle pour l'Europe".

Emmanuel Macron, qui espérait relancer la construction européenne autour du moteur franco-allemand, a déclaré lundi: "Ce n'est pas dans notre intérêt que ça se crispe, donc ce qui fait que nous on doit avancer".

Lundi, les marchés se montraient encore confiants dans la capacité de la chancelière allemande à trouver un accord. Mais cela pourrait ne pas durer.

Comment en est-on arrivé là? 

Le 24 septembre 2017, le parti conservateur d'Angela Merkel remporte les élections législatives avec un score trop faible pour former un gouvernement seul. Le parti socialiste SPD, qui était jusqu'ici son partenaire au gouvernement et a été sanctionné pour cette raison dans les urnes, choisit de retourner dans l'opposition pour survivre.

Une alliance avec l'extrême droite étant exclue, il ne reste alors à la CDU d'Angela Merkel pas d'autre choix que de former une majorité à trois, avec les Libéraux du FDP et les Verts. Problème: ces deux partis défendent des politiques divergentes sur les migrants, l'Europe et l'environnement. 

Angela Merkel avec le président du parti libéral FDP Christian Lindner à Berlin le 30 octobre 2017. REUTERS/Axel Schmidt

Après un mois de tractations, Angela Merkel ne parvient pas à mettre tout le monde d'accord. Le soir du 19 novembre 2017, le président du parti libéral FDP Christian Lindner dit qu'il quitte les négociations. Angela Merkel, au pouvoir depuis 12 ans, n'a pas de gouvernement.

Quels sont les scénarios possibles?

Le président allemand Frank-Walter Steinmeier lors de son allocution après avoir vu la chancelière Angela Merkel, à Berlin, le 20 novembre 2017. REUTERS/Axel Schmidt

  • Une grande coalition. Les socialistes du SPD excluent toujours ce scénario. Mais il serait peut-être envisageable si Angela Merkel se retirait de la course, observe le magazine Focus. Interrogée sur cette possibilité d'une nouvelle "grande coalition", Angela Merkel a dit qu'elle attendrait l'issue de la réunion programmée mercredi entre la direction du parti social-démocrate et le président Frank-Walter Steinmeier, dont ce dernier est issu.
  • Un gouvernement minoritaire. Si après un vote au Parlement, Angela Merkel obtient une majorité des voix (mais pas absolue) et que le président la nomme chancelière, elle peut former un gouvernement minoritaire. C'est un scénario redouté en Allemagne, car synonyme d'instabilité et même avec les Verts, les conservateurs du CDU-CSU manqueraient de quelques dizaines de voix pour pouvoir gouverner. 
  • De nouvelles élections. Si après un vote au Parlement, Angela Merkel obtient une majorité simple, le président peut dissoudre l'Assemblée et convoquer de nouvelles élections. Lundi vers 14h30, le président allemand, Frank-Walter Steinmeier, a écarté cette hypothèse et souligné que tous les partis politiques avaient la responsabilité d'essayer de constituer un gouvernement. Dans un entretien à la chaîne de télévision ARD lundi soir, Angela Merkel a, elle, déclaré: "Mon point de vue est que de nouvelles élections seraient une meilleure voie".

Qu'est-ce que ça implique ?

  • L'hypothèse d'un nouveau scrutin est redouté par les marchés car il est synonyme d'incertitude durables. "Bien sûr, on peut évoquer les expériences néerlandaise, espagnole ou belge des dernières années pour conclure que le marché est assez indifférent à des gouvernements qui 'gèrent les affaires courantes' pendant de longs mois ou trimestres", a confié Hervé Goulletquer, stratège de LBPAM, à Reuters. Sauf que "l'Allemagne, de par son poids économique et politique en Europe, ne 'joue' pas tout à fait dans la même division."

Emmanuel Macron avec Angela Merkel lors du réunion franco-allemande à l'Elysée le 13 juillet 2017. REUTERS/Stephane Mahe

  • Emmanuel Macron est privé d'un allié précieux. Depuis son élection, le président français n'a cessé de défendre refondation européenne et partenariat avec l'Allemagne. Angela Merkel aurait pu lui apporter un soutien précieux pour réformer la zone euro. Mais au sein d'un gouvernement minoritaire elle n'en aura pas la force, note le magazine Focus. La France peut espérer "un soutien symbolique au mieux".
  • Un nouveau coup dur pour l'Union européenne. Cet affaiblissement du moteur franco-allemand interviendrait alors que l'Union européenne doit surmonter les conséquences du Brexit.

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