La Première Ministre Theresa May saluée par le ministre du Brexit David Davis, 18 mai 2017 à Hallifax, Royaume-Uni.

  • Le ministre britannique en charge du Brexit David Davis a quitté le gouvernement de Theresa May dimanche 8 juillet au soir.
  • Dans une lettre destinée à la Première Ministre May, Davis, qui a fait campagne pour le Brexit, a dit qu'il "semblait de moins en moins probable" qu'elle tienne sa promesse de sortir du Marché unique et de l'Union douanière.
  • "L'orientation politique actuelle pourrait nous laisser au mieux dans une position de faiblesse pour les négociations, et peut-être même que c'est inéluctable", a-t-il dit. 
  • May lui a répondu dans une lettre de deux pages et demie dans laquelle elle dit qu'elle "n'est pas d'accord" avec ses propos mais a remercié Davis pour ses services.
  • Vous pouvez lire ci-dessous les deux lettres.

LONDRES — Le ministre britannique en charge du Brexit David Davis a démissionné dimanche 8 juillet au soir par le biais d'une lettre adressée à la Première Ministre Theresa May.

Dans cette lettre, Davis dit qu'il pense que les plans du Royaume-Uni ont été "dilués" et qu'il serait un "conscrit réticent", s'il restait à son poste, pour faire avancer la dernière proposition de Brexit de May, qui a été adoptée par son gouvernement vendredi.

En réponse, May lui a adressé une lettre de deux pages et demie, remerciant Davis pour ses services, mais qui exposait aussi 12 raisons pour lesquelles elle "n'est pas d'accord" avec ses commentaires. 

Voici les deux lettres en entier:

La lettre démission de David Davis

Chère Première Ministre, 

Comme vous le savez, à de nombreuses occasions l'année dernière, je n'ai pas été d'accord avec la ligne politique du Numéro 10 [Downing Street, la résidence officielle du Premier ministre britannique ndlt], allant de l'acceptation de la séquence des négociations de la Commission à la formulation sur l'Irlande du Nord dans le rapport conjoint de décembre. À chaque fois, j'ai accepté la décision collective parce que cela fait partie de ma tâche de trouver des compromis réalisables et parce que j'ai considéré qu'il était encore possible de respecter le résultat du référendum et notre engagement manifeste de quitter l'Union douanière et le Marché unique.

Je crains que la tendance actuelle en matière de politiques et de tactiques soit telle que cela semble de moins en moins probable. Qu'il s'agisse de la dilution progressive de ce que je pensais être une décision ferme prise à Chequers en février sur le droit de divergence, ou des retards inutiles du début du Livre blanc, ou de la présentation d'une proposition de soutien qui omettait les conditions strictes que j'avais demandées et que je croyais avoir acceptées, l'orientation politique actuelle pourrait nous laisser au mieux dans une position de faiblesse pour négocier, et peut-être même que c'est inéluctable.

La décision que le Cabinet a prise vendredi a cristallisé le problème. À mon avis, la conséquence inévitable des politiques proposées sera de rendre le contrôle supposé du Parlement illusoire plutôt que réel. Comme je l'ai dit au Cabinet, le "livre de règles communes" donne le contrôle de larges pans de notre économie à l'UE et ne nous rend certainement pas le contrôle de nos lois, de façon réelle.

Je ne suis aussi pas convaincu que l'approche que nous avons adoptée pour les négociations ne conduira pas à ce qu'on nous demande encore de faire de nouvelles concessions.

Bien sûr, il s'agit d'un domaine de décision complexe et il est possible que vous ayez raison et que j'aie tort. Cependant, même dans ce cas, il me semble que l'intérêt national exige un ministre qui croit avec enthousiasme à votre approche, et pas seulement un conscrit réticent. Je vous suis reconnaissant de m'avoir donné l'occasion de servir, mais c'est avec grand regret que je présente ma démission du Cabinet avec effet immédiat.

Éternellement vôtre, David.

La réponse de Theresa May

Cher David,

Merci pour votre lettre explicative de votre démission du poste de ministre de la sortie de l'Union européenne.

Je regrette que vous ayez choisi de quitter le gouvernement alors que nous avons déjà fait tellement de progrès pour un Brexit réussi et en douceur, et que nous ne sommes plus qu'à huit mois de la date, fixée par la loi, à laquelle le Royaume-Uni quittera l'Union européenne. 

Vendredi dernier, à Chequers, nous avons convenu, en tant que cabinet, d'une proposition complète et détaillée qui fournit une base précise, responsable et crédible pour faire avancer nos négociations en vue d'une nouvelle relation entre le Royaume-Uni et l'UE après notre sortie en mars. Nous avons déterminé la manière dont nous allons respecter le résultat du référendum et les engagements que nous avons pris dans notre manifeste pour les élections générales de 2017 :

  1. Sortir de l'UE le 29 mars 2019
  2. Mettre un terme à la libre circulation et reprendre le contrôle de nos frontières
  3. Mettre fin à l'envoi annuel d'importantes sommes d'argent  à l'UE 
  4. Un nouveau modèle douanier favorable aux entreprises avec la liberté de conclure des accords commerciaux dans le monde entier
  5. Une zone de libre-échange entre le Royaume-Uni et l'Union européenne avec un règlement commun pour les produits industriels et les produits agricoles qui sera bénéfique pour l'emploi.
  6. La promesse de maintenir des normes élevées en matière de droits des consommateurs, du travail et d'environnement.
  7. Un verrou parlementaire sur toutes les nouvelles lois et tous les nouveaux règlements.
  8. Quitter la Politique agricole commune et la Politique commune de la pêche
  9. Rétablir la suprématie des tribunaux britanniques en mettant fin à la compétence de la Cour de justice européenne au Royaume-Uni.
  10. Pas de frontière stricte entre l'Irlande du Nord et l'Irlande, ni entre l'Irlande du Nord et la Grande-Bretagne.
  11. Poursuite d'une étroite coopération en matière de sécurité pour assurer la sécurité de notre peuple.
  12. Une politique étrangère et de défense indépendante, travaillant en étroite collaboration avec l'Union européenne et d'autres alliés.

Cela est conforme au mandat du référendum et aux engagements que nous avons pris dans notre programme électoral général: quitter le Marché unique et l'Union douanière, mais rechercher un partenariat approfondi et spécial, comprenant un accord global de libre-échange et douanier; la fin des larges contributions annuelles à l'UE; et la poursuite des négociations équitables et ordonnées, en minimisant les perturbations et en donnant autant de certitude que possible que les deux parties trouveront leur intérêt.

Comme nous l'avons dit dans notre manifeste, nous pensons qu'il est nécessaire de convenir des termes de notre futur partenariat en même temps que ceux de notre retrait, en parvenant à un accord sur les deux, dans les deux ans prévus par l'article 50. J'ai toujours été d'accord avec vous sur le fait que ces deux éléments doivent aller de pair, mais si nous voulons obtenir suffisamment de détails sur notre futur partenariat, nous devons agir maintenant. Nous avons fait un considérable pas en avant: c'est maintenant à l'Union européenne de répondre dans le même esprit.

Je ne suis pas d'accord avec la manière dont vous qualifiez la politique dont nous avons convenu au Cabinet vendredi. Le Parlement décidera de soutenir ou non l'accord négocié par le gouvernement, mais cet accord signifiera sans aucun doute le retour des pouvoirs de Bruxelles au Royaume-Uni. L'effet direct du droit communautaire prendra fin lorsque nous quitterons l'Union européenne. Si le Royaume-Uni choisit d'appliquer un règlement commun, chaque règle devra être approuvée par le Parlement. Choisir de ne pas adhérer à certaines règles entraînerait des conséquences pour l'accès au marché, la coopération en matière de sécurité ou la frontière sans friction, mais cette décision reviendra à notre Parlement souverain, qui aura un verrou sur l'intégration, ou non, de ces règles dans l'ordre juridique britannique.

Je regrette que le gouvernement ne puisse plus profiter de votre expertise et de vos conseils alors que nous concluons cet accord et achevons le processus de sortie de l'Union européenne, mais je voudrais vous remercier chaleureusement pour tout ce que vous avez fait au cours des deux dernières années en tant que ministre pour donner forme à notre sortie de l'Union européenne, et au nouveau rôle que le Royaume-Uni va tenir sur la scène internationale en tant que nation indépendante et autonome une fois de plus.

Vous êtes revenu au gouvernement après dix-neuf ans pour diriger un tout nouveau ministère responsable d'une tâche vitale, complexe et sans précédent. Vous avez contribué à faire adopter par le Parlement certaines des lois les plus importantes depuis des générations, notamment European Union Act 2017 (notification de retrait) et la European Union Act 2018 (retrait), qui a reçu la sanction royale la semaine dernière. Ces lois historiques, et ce qu'elles feront, témoignent de votre travail et de notre engagement à honorer le résultat du référendum.

Sincèrement vôtre, Theresa May.

Version originale: Tara Francis Chan/Business Insider

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