Basée à Villeurbanne, dans la banlieue de Lyon, Navya a levé 30 millions d’euros en 2016 pour ses navettes électriques 100% autonomes. Facebppk/Navya

  • La startup française de navettes et taxis autonomes Navya vient de lancer son processus d'introduction en bourse sur Euronext Paris.
  • Elle cherche à lever entre 50 et 60 millions d'euros alors qu'elle est à court d'argent pour poursuivre d'onéreux travaux de R&D et assurer la production.
  • Navya envisage de multiplier par 16 son chiffre d'affaires pour atteindre 500 millions d'euros. 
  • Un sacré défi alors qu'elle affronte des géants de la tech comme Uber, Apple et Google — qui ne construisent pas leurs propres véhicules.

Navya, société française qui conçoit, construit et met en service des navettes et taxis électriques autonomes, vient de déclencher son processus d'introduction en bourse pour lever entre 51,3 et 66,1 millions d'euros, selon les modalités.

La fourchette indicative de prix est fixée entre 9 euros et 12 euros par action et le premier jour de cotation sur Euronext Paris devrait être le 20 juillet 2018. Les actionnaires historiques de Navya — FPCI Robolution Capital 1 (43%, majoritaire au capital), géré par 360 Capital Partners, Keolis, Valeo, et Gravitation — se sont engagés à participer à hauteur d'un montant total de 8,6 millions d'euros.

D'après des documents déposés à l'Autorité des marchés financiers (AMF), l'entreprise a pour objectif d'atteindre un chiffre d'affaires supérieure à 30 millions d'euros en 2018 alors qu'elle ne commercialise pour l'instant qu'un seul véhicule autonome — la navette "Autonom Shuttle" — et que son robot-taxi "Autonom Cab" devrait passer ses premiers tests au second semestre.

"Les fonds que nous souhaitons lever nous permettront de conserver notre leadership technologique, de développer notre organisation et d’investir dans des marchés connexes stratégiques. Nous préparerons ainsi une adoption plus large de nos solutions tout en poursuivant notre expansion internationale pour devenir un leader mondial du véhicule autonome", indique Christophe Sapet, président du directoire de Navya, dans un communiqué.

Navya emploie actuellement 200 personnes en France et aux Etats-Unis et affiche une perte de 3 millions d'euros au 31 mars 2018, compte tenu des dépenses en recherche et développement.

Les besoins financiers de Navya sont importants. Outre le recrutement, elle envisage d'augmenter sa capacité de production de 160 à 1000 véhicules à terme, avec l'ouverture possible d'un site production en Asie dès 2019.

Besoin de 31 millions d'euros par an

Or, on apprend dans les documents officiels validés par l'AMF que Navya est particulièrement pressée par le temps et qu'elle ne pourra pas honorer ses obligations sans lever des fonds.

Ainsi, il est indiqué que:

  • Le groupe ne dispose pas d'un fonds de roulement net suffisant pour faire face à ses obligations actuelles et à ses besoins de trésorerie au cours des 12 prochains mois.
  • La trésorerie disponible au 31 mai 2018 — soit environ 6 millions d'euros — permettra de poursuivre ses activités jusqu’à fin août 2018.
  • Le montant nécessaire à la poursuite des activités est estimé à 31 millions d'euros pour un an.

Christophe Sapet, président du directoire de Navya. Navya

En renflouant ses finances, Navya veut se donner les moyens d'émerger dans un marché très concurrentiel. En effet, face à elle, se hissent Google — qui déjà lancé un robot-taxi en Arizona — et Uber, ainsi que des constructeurs traditionnels et d'autres startups. 

D'ici 2021, elle envisage de détenir une part de marché supérieure à 40%, avec ses deux véhicules, la navette autonome (30 km/h) et un robot-taxi (50 Km/h), capable de relier un aéroport au centre-ville. Avec une ambition forte: multiplier par 16 son actuel chiffre d'affaires pour atteindre 480 millions d'euros.

Mais Navya n'a pas choisi la voie la plus facile pour y parvenir. Son modèle de concepteur, fabricant et fournisseur de services alourdit nécessairement ses charges dans une compétition accrue. A l'inverse, les géants de la tech ont décidé de travailler uniquement sur la technologie, signant des partenariats avec des constructeurs, et allégeant de fait leurs coûts.

Autre différence, Navya ne s'intéresse pas au véhicule particulier mais au transport collectif partagé, de niveau 5 — c'est-à-dire sans chauffeur, complètement autonome et capable de s'adapter à l'environnement.

Ses clients? Municipalités, entreprises, parcs d’attraction et aéroports

Lors d'une table ronde sur le thème de la mobilité il y a quelques semaines à l'Assemblée nationale, Nicolas de Crémiers, directeur marketing de Navya, a confié que l'entreprise ne "fera pas de longue distance".

"Le véhicule autonome n'est pas là pour ça selon nous. Il complète le plan de transport. Il répond à une problématique d'embouteillage et de pollution. Si on veut changer les mentalités, on pense qu'il faut d'abord passer par la notion de véhicule partagée".

Les clients originels de Navya incluent des municipalités, des sociétés, des sites industriels, des parcs d’attraction, des universités ainsi que des aéroports, avec 70 véhicules vendus et une centaine produite.

Avec son taxi-robot — Autonom Cab — Navya dit qu'elle a identifié des sociétés de transport à la demande, des groupes de location de voitures ainsi que des exploitants de flottes comme clients potentiels.

Navya va également dépendre de l'évolution de la réglementation dans les pays, pour lui permettre de réaliser des tests en conditions réelles, avant de proposer son service. A ce sujet, l'entreprise est attentive aux expérimentations de niveau 4 qui seront possibles en France l'an prochain. L'Etat serait d'ailleurs davantage favorable aux navettes autonomes collectives, pour des raisons de sécurité.

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