L'Italie est l'un des trois pays à rester en procédure de déséquilibre excessif. REUTERS/Remo Casilli

La Commission européenne a publié ce mercredi 7 mars son analyse annuelle de la situation économique et sociale des États membres.

"La surveillance économique de nos pays est une compétence confiée par les Etats durant la crise, pour détecter les bulles et déséquilibres potentiels et éviter qu'ils ne provoquent ou favorisent une crise nationale ou collective", a rappelé le commissaire européen Pierre Moscovici dans une allocution introductive.

Le rapport, qui a vocation de "prévention et non de punition", souligne que "les perspectives économiques favorables s'accompagnent d'une amélioration de la situation sur le marché du travail et sur le plan social."  Mais il constate aussi que "la relance ne profite pas à tous de la même manière au sein de la société et des faiblesses structurelles freinent la croissance et la convergence dans certains États membres."

La Commission européenne relève ainsi que 11 des 12 pays retenus en novembre dernier pour faire l'objet d'un bilan approfondi continuent d'afficher des déséquilibres économiques — parmi eux, des économies importantes de l'UE comme l'Allemagne, la France et l'Italie —. La Slovénie, elle, ne présente plus de déséquilibre économique.

Par "déséquilibre économique", la Commission européenne entend les tendances — par exemple des prix immobiliers très élevés ou un surendettement — qui peuvent avoir des conséquences macroéconomiques susceptibles d'affecter de manière négative "le bon fonctionnement de l'économie d'un Etat-membre ou de l'union monétaire, ou de toute l'Union".

Voici les 11 pays en situation de déséquilibre économique selon le paquet d'hiver 2018 du Semestre européen (par ordre alphabétique inversé): 

11. Suède — La Commission européenne s'inquiète de la vulnérabilité des banques, de l'endettement élevé des ménages et d'une pénurie d'offre sur le marché immobilier "qui ralentit la mobilité des travailleurs et peut contribuer à des inégalités entre générations". Il reste aussi des progrès à faire dans l'accès égalitaire au marché du travail pour les personnes moins qualifiées.

10. Portugal — A l'instar de la France et de la Bulgarie, le Portugal sort de la procédure de déséquilibre excessif. Le chômage est en dessous de la moyenne européenne, le déficit public proche de 1%, la dette publique comme privée se réduit. Les risques liés au secteur  financier ont diminué, "même si la réduction des prêts non-performants doit rester une priorité", souligne Pierre Moscovici.

Manifestation contre la privatisation de la Poste à Lisbonne, 23 février 2018. REUTERS/Rafael Marchante

9. Pays-Bas — L'endettement immobilier des ménages est important, le marché de la location privée est sous-développé, les prélèvements obligatoires restent élevés, rappelle la Commission. Elle s'inquiète aussi de voir les résultats du pays diminuer dans l'étude Pisa (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) et redoute une baisse de l'investissement public en R&D. 

Sur le canal Prinsengracht à Amsterdam, 3 mars 2018. REUTERS/Michael Kooren

8. Italie — L'Italie est, avec Chypre et la Croatie, un des trois pays qui restent en déséquilibre excessif. La Commission européenne salue les récents efforts de réformes entrepris par le gouvernement sortant, notamment dans le secteur bancaire, mais note que leur rythme a ralenti. La dette publique reste élevée, la productivité progresse peu. 

Rome. REUTERS/Remo Casilli

7. Irlande — L'économie irlandaise continue de progresser à un rythme solide, mais la dette, à 72,8 % du PIB, reste élevée. Les prix de l'immobilier progressent rapidement à travers le pays et "une grande partie de la population en âge de travailler reste exclue du marché du travail." La Commission rappelle aussi que les règles fiscales du pays continuent d'être utilisées à des fins d'évasion fiscales.

6. France — A l'instar du Portugal et de la Bulgarie, la France sort du processus de déséquilibre excessif. "Incontestablement, les choses s'améliorent, le déficit budgétaire et le chômage français baissent. L'augmentation de la dette et la perte de compétitivité sont désormais stoppées. Il est évident que beaucoup reste aussi à faire pour renforcer l'économie française. Les efforts entrepris doivent être poursuivis pour transformer ce qui est une bonne nouvelle en solution de long terme, en veillant à la cohésion sociale et à la lutte contre les inégalités", dit Pierre Moscovici.

Effigie d'Emmanuel Macron pour le carnaval de Nice, 31 janvier 2018. REUTERS/Eric Gaillard/

5. Espagne — L'Espagne a de bons résultats en matière de réduction des émissions de gaz à effets de serre, note le rapport. Mais les niveaux de dette publique et privée restent élevés, le chômage — certes en repli — l'est également et "surtout chez les jeunes". Le recours généralisé à des contrats intérimaires "affecte de manière négative la croissance de la productivité et les inégalités de revenus (...) La part de la population guettée par la pauvreté reste élevée."

Espagne — Des fans du Real Madrid avant un match. Reuters / Paul Hanna

4. Croatie — Comme Chypre et l'Italie, la Croatie est en situation de déséquilibre économique excessif. La dette publique est élevée et la compétitivité et l'investissement sont empêchés par un contexte d'affaires défavorable. Le service public pourrait être plus efficace, les systèmes de santé et éducatifs ont des carences structurelles. 

Bakarac, Croatie, 27 février 2018. REUTERS/Antonio Bronic

3. Chypre — Comme la Croatie et l'Italie, Chypre est en situation de déséquilibre économique excessif. L'endettement privé y est l'un des plus élevés de l'UE. Les banques améliorent leurs fondamentaux mais restent fragiles. L'inefficacité du système judiciaire ralentit la résolution de conflits commerciaux. Le système éducatif ne forme pas assez aux compétences attendues par le marché du travail. Et comme en Irlande, les règles fiscales chypriotes restent utilisées pour l'évasion fiscale.

2. Bulgarie — A l'instar de la France et du Portugal, la Bulgarie sort d'une situation de déséquilibre excessif  l'année dernière. "La Bulgarie a été classée dans la catégorie des déséquilibres excessifs en 2015 en raison des faiblesses dans le secteur financier, ainsi qu'avec une dette des sociétés très élevée", a rappelé Pierre Moscovici. "Sur tous ces fronts, des défis demeurent. Mais des vrais progrès, des progrès substantiels, ont été accomplis. Et ce sont ces progrès que nous reconnaissons aujourd'hui."

1. Allemagne — La première économie de l'Union européenne, affiche un "excédent commercial actuel [qui] a une portée au-delà de ses frontières et reflète un niveau modéré d'investissement". Alors qu'une petite partie de l'Allemagne seulement a la fibre, le pays est en retard sur le déploiement du très haut débit et "la fracture numérique entre zones urbaines et rurales reste un défi à part entière." Les salaires augmentent peu malgré un marché du travail en forme. 

La porte de Brandebourg à Berlin. REUTERS/Fabrizio Bensch

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