Des employés devant la porte d'entrée du siège Lactalis à Laval, le 12 janvier 2018. REUTERS/Stephane Mahe

Le groupe Lactalis, confronté à une crise sanitaire sans précédent après la contamination aux salmonelles de laits infantiles produits dans son site de Craon (Mayenne), n'exclut pas que des bébés aient consommé du lait contaminé depuis 2005.

Dans un entretien publié ce 1er février 2018 dans Les Echos, le PDG du groupe, Emmanuel Besnier, révèle que la bactérie à l'origine de la contamination — la souche Salmonella Agona — était présente dans le site de production, dit Tour numéro 1, depuis 2005.

Cette première contamination avait rendu 146 bébés malades en France selon le recensement des autorités sanitaires précisent Emmanuel Besnier ainsi que le groupe dans un communiqué.

"La bactérie responsable des problèmes est la même que celle de 2005
(...) On ne peut donc pas exclure que des bébés aient consommé du lait contaminé sur cette période", dit le PDG.

A l'époque, le site appartenait à Celia, société rachetée en 2006 par Lactalis.

Sur la période inter-épidémique, entre 2006 et 2017, "il y a bien eu 25 cas confirmés", a dit à Reuters Simon Le Hello, codirecteur du Centre national de référence des Salmonella de l'Institut Pasteur, confirmant une information de franceinfo. "Il s’agit de cas très sporadiques sur une longue période", a-t-il précisé.

Au total, 204 bébés ont été contaminés depuis treize ans puisque deux occurrences étaient pour l'heure identifiées : 141 contaminations en 2005 et 38 contaminations à fin 2017, qui font l'objet de plaintes en justice.

L'Association des familles victimes du lait contaminé aux salmonelles (AFVLCS) dit jeudi sa "sidération" et son "effroi" face aux révélations de Lactalis.

"Les produits fabriqués par cette usine depuis cette date pourraient avoir contaminé de très nombreux enfants sur plus d'une dizaine d'années", dit-elle dans un communiqué. "Il s'agit ici de plusieurs centaines de millions de boîtes concernées et de plusieurs centaines de milliers de tonnes de produits envoyés dans plus de 80 pays. C'est un scandale sanitaire d'une ampleur inédite", ajoute-t-elle.

Selon Lactalis, la bactérie, confinée, ne s'est alors pas développée "du fait des barrières sanitaires et procédures mises en place". Elle a été libérée par des travaux successifs, à partir de début 2017, "lors du démontage de cloisons et de la réfection des sols" de la tour, précise Lactalis.

"Elle a contaminé des équipements amovibles qui servent à produire des petites séries de lait infantile. Cela s'est fait par du matériel de nettoyage", précise le PDG du groupe, Emmanuel Besnier, dans un entretien aux Echos.

Emmanuel Besnier annonce la fermeture de la Tour numéro un et un programme de mobilité pour les 327 salariés concernés dans les sept sites Lactalis qui se situent dans un rayon de 50 kilomètres autour de Craon.

Mise en cause implicite d'un laboratoire

Emmanuel Besnier, qui chiffre à plusieurs centaines de millions d'euros le préjudice pour le groupe, estime qu'"une partie importante" des 12 millions de produits concernés par les rappels depuis le début de la crise, le 1er décembre dernier, a été consommée.

Interrogé sur les enseignements de cette crise sanitaire, le patron s'interroge sur la responsabilité du laboratoire privé chargé des analyses dont les 16.000 réalisées n'ont rien révélé. "Nous avons des doutes sur la sensibilité des tests". "Nous aurions évité la crise", souligne le groupe dans son communiqué, dans une mise en cause implicite du laboratoire. Désormais, "les tests seront sécurisés par un deuxième laboratoire".

Deux alertes aux salmonelles dans l'environnement sont toutefois survenues en août puis novembre 2017. "Quand cela arrive, on nettoie jusqu'à ce que tout soit conforme".

La production sera désormais concentrée dans la Tour numéro deux, "toute récente", et devrait reprendre au premier semestre 2018.

L'Association des familles victimes du lait contaminé aux salmonelles s'interroge en outre sur la viabilité de la Tour numéro deux, dont l'environnement, précise-t-elle, aurait été contaminé par des salmonelles, et évoque "une manoeuvre pour s'affranchir des responsabilités qui lui incombe" lorsqu'Emmanuel Besnier s'interroge sur la fiabilité des analyses du laboratoire.

Vous avez apprécié cet article ? Likez Business Insider France sur Facebook !

Lire aussi : Bill Gates finance la recherche génétique pour créer la vache parfaite

VIDEO: Voici 3 astuces simples pour combattre le trac avant de parler en public selon une coach en prise de parole