Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker avant son discours sur l'Etat de l'Union devant le Parlement européen, le 13 septembre 2017, à Strasbourg. REUTERS/Christian Hartmann

L'Europe est ouverte au libre-échange mais il faut qu'il en soit de même dans les autres régions du monde, a déclaré mercredi Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne.

Il a ainsi indiqué que la Commission s'emploiera également à contrôler rigoureusement les investissements étrangers dans les actifs ou entreprises de l'Union européenne (UE) jugées stratégiques, a-t-il expliqué lors de son discours sur l’état de l’Union prononcé à Strasbourg, devant le Parlement européen.

"Nous ne sommes pas des partisans naïfs du libre-échange. L'Europe doit toujours défendre ses intérêts stratégiques. C'est la raison pour laquelle nous proposons aujourd'hui un nouveau cadre européen sur l'examen des investissements", a-t-il déclaré au Parlement européen auquel il délivrait son discours annuel sur l'Etat de l'Union européenne.

Il propose un "cadre de l’UE sur l’examen des investissements", par des entreprises publiques étrangères, dans des domaines stratégiques tels que ports européens, infrastructures énergétiques ou entreprises du domaine de la Défense.

Selon le Monde, le texte créerait une obligation d’information mutuelle entre les Etats sur les projets de rachats d’entreprise par des capitaux étrangers lorsqu’ils suscitent des inquiétudes en rapport avec "la sécurité ou l’ordre public". La Commission aurait son mot à dire concernant les actifs européens stratégiques ayant bénéficié de fonds européens d’un niveau significatif sans être pour autant dotée d’un droit de veto sur l’opération, précise Le Monde.

"Si une entreprise publique étrangère veut acquérir un port européen stratégique, une partie de notre infrastructure énergétique ou une de nos sociétés dans le domaine des technologies de défense, cela ne peut se faire que dans la transparence à travers un examen approfondi et un débat", a ajouté Jean-Claude Juncker.

Il a expliqué que l'UE entendait concevoir une nouvelle stratégie industrielle afin que les entreprises du bloc soient plus compétitives.

Le siège social de Fosun International, à Shanghai, en Chine. RETUERS/Aly Song

Cette annonce concerne particulièrement les investisseurs Chinois. Ils auraient dépensé 180 milliards d'euros à l'étranger en 2016, dont 35 milliards en Europe, selon une étude menée par l'institut de recherches économiques sur la Chine MERICS, basé à Berlin, et le cabinet d'analyses Rhodium Group.

Rien que ces derniers jours, Fosun, propriétaire du Club Méditerranée, a annoncé le rachat de la margarine française Saint Hubert. Le constructeur automobile chinois Great Wall Motor est intéressé par un rachat de Fiat Chrysler Automobiles (FCA) — propriétaire des marques Jeep et Ram. Enfin, le conglomérat chinois HNA Group a bouclé l'acquisition auprès des fonds souverains singapouriens GIC et Temasek d'une participation de 16,2% dans le spécialiste suisse du duty free Dufry.

Dans un communiqué commun, les ministres de l'Economie français, allemand et italien, ont déclaré que cette proposition constituait "une étape majeure pour assurer une concurrence loyale et équitable en Europe et une meilleure protection lors d’opérations d’acquisitions".

Les trois pays sont récemment passés à l'offensive sur le sujet pour amener l'UE à renforcer sa réglementation, notamment vis-à-vis de la Chine.

Pour le ministre français Bruno Le Maire, "l'Union européenne doit être capable de se dresser pour protéger ses intérêts, en particulier lorsque la concurrence n’est pas loyale et lorsqu'il s’agit d’intérêts nationaux stratégiques."

"C'est pourquoi la proposition de règlement aujourd'hui présentée par le président Juncker est aussi importante et pourquoi nous l'accueillons avec intérêt. C'est un premier pas essentiel pour une compétition plus juste et pour assurer une concurrence loyale au niveau mondial".

Vous avez apprécié cet article ? Likez Business Insider France sur Facebook !

Lire aussi : On vous présente le fonds d'investissement américain qui vient de recruter l'ancien PDG d'AXA et conseiller de François Fillon