Capture d'écran de la vidéo de présentation des Instagram Stories. Montage Business Insider France.

Depuis une semaine, je poste des stories sur Instagram. Ce n'est peut-être pas grand chose pour vous, mais pour moi, c'est une grande nouveauté.

J'ai toujours regardé d'un air interrogateur les aficionados d'Instagram, qui passent des heures à dérouler leur fil d'actualité et vaquent de photo en photo — des vacances de leurs amis aux baskets préférées des blogueurs mode, en passant par les dernières créations de leurs tatoueurs favoris.

La raison? Je n'y ai jamais trouvé l'intérêt ou le plaisir que j'ai à me balader sur d'autres réseaux sociaux comme Twitter ou Facebook.

J'ai en revanche un compte Snapchat depuis deux ans. J'ai peu de contacts, mais ce sont toutes des personnes proches. Pendant une année, j'y ai posté des stories régulièrement, la plupart du temps pour faire rire ma trentaine d'abonnés avec des photos ou vidéo ridicules, que je n'aurais jamais postées publiquement ailleurs.

Les stories sont des sortes de "statuts", lancées en octobre 2013 par Snapchat, où l'on peut poster des photos et vidéos visibles par tous nos contacts et qui restent en ligne pendant 24 heures au maximum.

Quand Instagram a copié cette fonctionnalité en août 2016, je n'ai pas cru une seconde à son succès. Puis j'ai vu mes contacts se l'approprier, extrêmement rapidement.

A l'inverse de Snapchat, où seuls quelques comptes que je suis sont très actifs, j'ai beaucoup plus de contacts Instagram qui s'adonnent à la publication de petites (ou longues) stories de manière régulière.

Alors que les Facebook Stories sont délaissées par la majorité des utilisateurs, les Insta Stories ont connu rapidement un grand succès. Il y a, selon les derniers chiffre annoncés en juin, 250 millions d'utilisateurs actifs quotidiens des stories Instagram, contre 166 millions d'utilisateurs actifs quotidiens de Snapchat.

Evan Spiegel, le DG de Snap Inc. a beau dire qu'il se "fiche" des imitations de Facebook — propriétaire d'Instagram depuis 2014 —, les chiffres ne mentent pas: la croissance de nouveaux abonnés Snapchat est en train de ralentir, tandis que celle des utilisateurs des Instagram stories accélère.

Evolution du d'utilisateurs quotidiens des Instagram Stories depuis leur lancement (Source: Instagram). Business Insider France.

Alors, j'ai commencé à ouvrir de plus en plus Instagram. Pas pour dérouler ma timeline mais en m'arrêtant à l'écran d'accueil et en cliquant sur les petites bulles, une à une. Il m'est arrivée d'en trouver certaines drôles et d'en vanter les mérites à mes amis, qui souvent étaient déjà au courant "depuis des mois".

Les photos et vidéos y sont moins léchées que sur le service de partage de photos historique. Certaines sont ennuyeuses, d'autres sont très drôles. Ce sont des bouts de vie quotidienne comme on peut en capter sur les stories Snapchat.

Instagram a atteint précisément le but recherché en copiant ouvertement son rival: pousser les utilisateurs à poster plus, les faire rester plus longtemps sur l'appli, et attirer ceux qui y postaient rarement des contenus, car ils trouvaient le réseau trop figé. C'est ce public, en quête de moins de sérieux et plus de fugacité, qui m'a convaincue de passer le cap.

"Tout le monde est sur Instagram"

Capture d'écran de "Pretty Little Liars". CW.

Profitant de mes vacances, j'ai donc commencé à poster une, puis deux, puis trois photos à la suite dans ma story Instagram.

Et j'ai attendu fébrilement.

En trois heures, 50 personnes avaient regardé ma story. 

Pour mieux comprendre ma surprise, il faut savoir que mon compte Instagram est privé — il faut m'envoyer une demande accéder à mes photos, et je n'accepte que les personnes que je connais —, et je n'ai que 300 abonnés, ce qui est peu par rapport à la plupart de mes amis.

Sur Snapchat, j'étais habituée à ce que le public qui assiste à mes bêtises puisse se compter sur les doigts des deux mains. "Normal, tout le monde est sur Instagram", m'a asséné mon camarade de voyage.

Du coup, j'ai paniqué en voyant que ma vidéo d'un paysage de montagnes portugaises défilant à vive allure, que je n'aurais jamais posté ailleurs au vu de sa banalité, pouvait toucher tant de monde, dont des contacts qui ne font pas partie de mon cercle de proches.

Mais je ne l'ai pas enlevée pour autant. Au contraire, j'ai continué à nourrir ma story au fil de la journée, tout comme les autres personnes avec qui j'étais partie en vacances. Je n'ai pas publié sur Snapchat de toute la semaine. En revanche, nous étions quatre voyageurs à l'avoir utilisé pour éditer nos photos.

Editer des photos sur Snapchat pour les poster sur Instagram 

Marie Turcan/Business Insider France

Snapchat propose en effet des outils bien plus puissant qu'Instagram pour modifier ses photos: il est possible d'effacer une personne gênante en arrière-plan, ajouter des "bitmojis" (un avatar à l'effigie de l'utilisateur) par centaines sur la photo ou encore découper un élément pour le reproduire à l'infini. Encore ce mercredi 19 juillet, l'appli a sorti une nouvelle "brosse" spéciale qui permet de changer facilement les couleurs d'une image.

Dans mon entourage, plusieurs personnes ont désormais pris le pli et enchaînent ces gestes quasi mécaniquement: ouvrir Snapchat, modifier une photo, l'enregistrer, puis la publier sur Instagram.

Pour arriver à l'exemple ci-dessus, j'ai:

  • ouvert la photo d'enfance d'un ami dans le chat de Snapchat pour pouvoir la modifier
  • l'ai détouré grâce à l'outil "ciseaux" très efficace de l'appli,
  • ouvert ma photo de vacances sur Snapchat,
  • démultiplité son image détourée autant de fois que je le voulais,
  • enregistré la photo sur mon téléphone,
  • postée la photo sur Instagram en ajoutant un léger filtre.

Dans la guerre de l'attention entre Snap et Instagram, ce dernier a toujours eu une longueur d'avance, de par son ancienneté et sa solide base d'utilisateurs — 700 millions d'utilisateurs actifs par mois en avril dernier.

Mais c'est aussi la loi qui régit les réseaux sociaux: les internautes vont là où les autres internautes sont. J'ai donc déserté Snapchat pour aller là où mes contacts étaient: en train de cliquer furieusement et à répétition sur les petites bulles Instagram Stories de leur appli.

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