Deliveroo et ses coursiers ont de plus en plus de mal à s’entendre — voici pourquoi

Deliveroo traverse des mois difficiles. 

Créée par deux associés britanniques, Will Shu et Greg Orlowski, en 2013, cette appli de mise en relation de livreurs, restaurants et clients a connu un franc succès depuis ses débuts.

Mais, comme pour Uber dès 2015, des critiques ont commencé à émerger concernant la relation entre la plateforme et les livreurs. Là où Deliveroo parle de "livreurs partenaires", certains considèrent qu'il y a un lien plus fort qui lie les deux parties, notamment car les coursiers sont obligés de respecter certains créneaux de travail et de porter un uniforme.

En découlent des débats plus larges sur la précarité et le droit du travail, fortement d'actualité alors que le nouveau gouvernement d'Emmanuel Macron vient d'entamer une série de réformes.

Voici l'histoire de Deliveroo en France, pour mieux comprendre pourquoi la plateforme se retrouve aujourd'hui dans la tourmente. 

Deux ans après son lancement au Royaume-Uni, Deliveroo est arrivé en France en avril 2015, à peu près au même moment que son alter ego allemand Foodora. 

Deliveroo travaille avec des "livreurs partenaires", qui sont déclarés en auto-entrepreneurs. L'entreprise met en avant le jeune âge des livreurs, comme on peut le voir dans cette campagne de recrutement.

76% des livreurs auraient ainsi "moins de 26 ans" et "plus d’un livreur sur 2 (56%) moins de 23 ans",  d'après une étude d'Harris Interactive citée par Deliveroo dans un communiqué de presse. 

Lorsque des clients commandent de la nourriture, les coursiers (normalement à vélo) vont récupérer la commande chez le restaurateur et le livrer à domicile.

Deliveroo insiste sur le fait que le statut de livreur n'est pas censé être un métier à plein temps, notamment pour répondre aux critiques qui affirment que les coursiers ne gagnent pas assez bien leur vie.

Un livreur a ainsi confié au Parisien que lorsqu'il travaillait à plein temps, il gagnait entre "1100 euros et 1300 euros brut en moyenne, 1400 euros les très bons mois." On est loin des "4000 euros" avancés par l'un des cofondateurs de Deliveroo en avril 2016.

Deliveroo insiste sur le fait que "80% des livreurs ont une activité principale en parallèle de leur activité de livreur". 

La plateforme a séduit les clients: Deliveroo a passé le cap symbolique du million de commandes, le 31 mars 2016. 

Quelques mois plus tard, Take Eat Easy, le concurrent belge de Deliveroo qui avait également passé la barre du million de commandes, est forcé de se déclarer en faillite le juillet 2016.

Take Eat Easy.

Malgré le succès de la plateforme, les revenus engrangés et levées de fonds n'ont pas été suffisants pour sauver cette startup concurrente. 

En août 2016, des livreurs londoniens se mettent en grève après que Deliveroo a décidé de changer leur mode de rémunération: d'un salaire horaire de 7£ par heure, ils passent à 3,75£ par commande.

Un coursier Deliveroo à Londres. REUTERS/Toby Melville

La question du lien supposé de subordination entre coursiers et plateforme commence à être soulevée. Certains parlent de "salariat déguisé".

20 Londoniens ont même demandé une requalification de leur contrat de travail. Ils s'appuient notamment sur les créneaux obligatoires — contrairement à ce que met en place UberEats par exemple, où les coursiers sont libres de se connecter quand il le souhaitent — et l'obligation de porter des uniformes. 

Certains livreurs français commencent à s'organiser autour du CLAP (Collectif des livreurs autonomes) pour dénoncer leurs conditions de travail. Ils manifestent les 22 avril et 1er mai 2017. 

Ils sont rarement plus d'une cinquantaine à manifester, mais se font entendre médiatiquement

Un an plus tard, Deliveroo souhaite réitérer l'opération anglaise et aligner tous les livreurs français sur le tarif à la course, et non plus à l'heure.

600 coursiers sur 7500 (soit 8%), embauchés avant 2016, bénéficiaient encore du régie horaire. Contacté par Business Insider France, Deliveroo explique que 450 livreurs ont déjà accepté cette modification, tandis qu'une quinzaine a refusé et a quitté la plateforme. A la date du 28 août, les autres n'avaient pas encore répondu — ils avaient jusqu'à fin août pour prendre leur décision.

"Je vais perdre environ 250 euros par mois [avec ce changement de tarification]", a confié Edouard, livreur depuis un an qui profitait jusqu'ici du tarif par heure, au Parisien. Il a néanmoins décidé de rester. "Au moins, Deliveroo me donne du travail. Mais à quel prix?"

Les livreurs descendent à nouveau dans la rue pour manifester contre cet alignement. 

Une manifestation de livreurs Deliveroo YouTube/Huffington Post

"La très grande majorité des livreurs n'est pas dans la rue", souligne-t-on au sein de la plateforme. Du côté du CLAP, on explique se battre à plus grande échelle, pour un système plus protecteur et contre la précarité de ces nouveaux métiers. "Ce n'est pas parce qu'on est minoritaires qu'on a tort", ajoute un membre du collectif.

La plateforme a également mis en place, le 28 août, une nouvelle fonctionnalité de réservation de créneaux de livraison appelée "mon agenda", censée être plus performante. Mais elle a été immédiatement critiquée par certains livreurs, car elle modifie le système de créneaux plus "égalitaire" qu'ils connaissaient.

Jusqu'ici, tous les livreurs devaient se connecter à 8h du matin sur la plateforme pour réserver des "créneaux de travail". C'était alors les plus rapides — où ceux qui disposaient d'une meilleure connexion — qui décrochaient les créneaux les plus intéressants, soit au niveau des heures de repas. 

Dorénavant, "Mon Agenda" favorise les livreurs qui ont la "meilleure qualité de service", nous explique-t-on en interne. Elle est basée sur une "présence assidue", un "taux d'annulation bas" et un pourcentage de participation élevé aux pics horaires les plus demandés. Ces coursiers auront le droit de se connecter plus tôt que les autres pour décrocher les meilleurs créneaux.

Du côté du CLAP, l'ex-livreur Jérôme Pimot aujourd'hui porte-parole du collectif émet des doutes sur les critères de sélection de l'algorithme de Deliveroo. Non seulement il n'est plus "égalitaire", mais l'ex-coursier soupçonne l'algorithme de prendre également en compte que la vitesse des livreurs — ce que Deliveroo nous a démenti. 

Alors, quid des autres coursiers, qui ne seront pas favorisés par l'algorithme? "Ça les encourage à être plus assidus", assène-t-on au sein de la filiale française.

Bien qu'en minorité, les militants du CLAP ont continué à manifester et ont finalement obtenu un rendez-vous avec le directeur de Deliveroo France.

Le rendez-vous aura lieu vendredi 1er septembre. 

Si vous disposez d'information ou souhaitez témoigner concernant la situation des coursiers à vélo indépendants, écrivez-nous à mturcan@prismamedia.com  

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Lire aussi : Deliveroo: 'Dans la ville de demain, les services s'adapteront aux besoins des habitants et non l'inverse'

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  1. Je suis coursier pour cette plateforme, et Deliveroo ment comme il respire.

    La fonction mon agenda est basé sur un système de statistique. Appelé insidieusement "Shifistique".

    C'est purement un nouveau système de notation des livreurs qui met la part belle à la rentabilité et à la pression.
    On est dorénavant classé et noté sur ces statistiques en fonction de notre présence.

    -Plus le droit d'être malade.
    -Plus le droit de chuter à vélo/scooter.
    -Plus le droit de prendre un vendredi soir, un samedi soir ou un dimanche soir en famille ou n'importe quel impondérable de dernière minute.
    -Plus le droit d'avoir un dysfonctionnement majeur sur son vélo/scooter.

    Tout ceci AU RISQUE de voir nos statistiques chuté ! Car tous les points énumérés influencent le "shifistique". Si par malheur on est à moins de 80% sur cette notation. On perds donc ses créneaux et on nous place au dernier rang pour l’accès au planning afin de se réinscrire tous les Lundi 11h (Esclave du mois ! ) 15h (Pédale plus ! Attention) et 17h (pédale ou dégage)

  2. Et le comble, c'est qu'ils nous incitent à ROULER PLUS VITE et cerise sur le gâteau !!!! LA NUIT ET DURANT LES JOURS DE PLUIE !

    Voici ce que tous les coursiers de la plateforme ont reçu par TEXTO mercredi 30 Aout au soir à PARIS.

    DELIVEROO mer. 30 août 2017, 18h00

    DELIVEROO- Une condition tarifaire exceptionnelle sera activée de 20h à 22h ce mercredi 30/08/2017.
    Pour 7 commandes acceptées pendant ce créneau et livrées tu recevras 5€ pour 10 commandes 12€ et pour 12 commandes 20€...
    Je vous laisse imaginer la pression et l'adrénaline qu'on a eu ce soir là où il a plut. MAIS CE N'EST PAS TOUT ! Ils ont insidieusement augmenter le rayon de livraison, on est passé à 6km en moyenne par course ce soir là ( et je suis gentil).
    J'ai croisé une collègue au bord des larmes qui était au téléphone avec le service ce soir là.
    Merci Deliveroo ! Bel esprit Start-up !

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