Démonstration de la tondeuse à intelligence artificielle de Honda, Ai-miimo, à Tokyo. Les investisseurs français s'attendent à un développement des usages de l'IA. REUTERS/Kim Kyung-Hoon

Le Consumer Electronic Show (CES) de Las Vegas, un des rendez-vous tech incontournable, vient de se terminer et il a entrainé dans son sillage un lot de startups à suivre, dans le monde entier. Cette année, l'événement a ainsi fait la part belle aux voitures autonomes.

En réduisant le spectre, que faut-il attendre du secteur de la tech en 2018 en France?

Pour répondre à cette question, qui de mieux que des experts en startups, ces investisseurs en capital-risque (VC) qui regardent l'industrie, guident les jeunes entreprises, écoutent leurs pitchs et investissent dans celles-ci?

En acceptant de nous répondre, ces cinq investisseurs — spécialisés dans l'amorçage et l'early stage — donnent un aperçu des sujets à suivre dans la tech si vous souhaitez être à la page.

Cyril Bertrand, senior partner chez XAnge — 'La technologie lourde va être de retour'

Cyril Betrand, senior partner chez XAnge. XAnge

"Je m'attends à ce que la technologie lourde fasse son retour. Dans les années 90, on fondait l'investissement VC quasi-uniquement dessus. Et puis, on s'en est partiellement détourné pour faire du B to C avec des technologiques plus accessibles. Ce retour, on le sent frémir avec la 'deep tech'. L'année 2018 pourrait permettre à ce mouvement de s’affirmer encore plus.

Je m'attends aussi à une sélection naturelle au sein des ICOs, une sélection qui pourrait être les prémices de l'émergence de nouveaux GAFA. C'est un internet 3.0, décentralisé, auquel les actuels GAFA sauront s'adapter ou pas. En effet, ils sont paradoxalement très centralisés dans leur fonctionnement.

Bien sûr, la technologie blockchain est à surveiller de près. La frénésie des ICO ne va pas pouvoir durer éternellement mais les bons sujets vont dépasser la simple tendance des crypto-monnaies."

Marc Fournier, cofondateur, managing partner chez Serena Capital — 'Si Uber disparaît, il pourrait y avoir des conséquences importantes sur l'écosystème tech'

Marc Fournier, managing partner au sein de Serena Capital. Serena

"Je ne pense pas qu'il y aura une rupture technologique extraordinaire, une sorte de 'game changer'. Cependant, 2018 va être la poursuite de la mise en application dans les usages de  l'intelligence artificielle et du big data. Ça va concerner tous les secteurs: le médical, la banque, l'assurance, l'industrie. On va regarder de près les startups qui sont positionnées sur des solutions utilisant ces technologies.

D'ici deux à trois ans, on peut imaginer une consolidation des acteurs de l'IA et de la big data. Dataiku (dans laquelle Serena a investi, ndlr) peut très bien devenir l'un de ces leaders mondiaux. 

Il sera également intéressant d'observer Uber. Etre une société de cette taille, avoir la part de marché qu'elle a aux Etats-Unis, et ne pas être rentable, c'est très très inquiétant. Si elle est amenée à disparaître — ce que je n'exclus pas — il pourrait y avoir des conséquences importantes sur l'écosystème tech. Ça n'a rien à voir avec la bulle de 2000 où les boites tech n'avaient pas toujours de fond. Aujourd'hui, il y a des modèles et des clients. Néanmoins, vu la taille d'Uber, ça pose des questions sur la valorisation des sociétés et ça peut entrainer une remise à plat de certains prix."

Stéphanie Hospital, cofondatrice et directrice et de la société d'investissement OneRagtime — 'On va observer l'utilisation croissante de l'intelligence artificielle et du big data'

Stéphanie Hospital, cofondatrice et directrice générale du fonds OneRagtime.

"Il peut y avoir cette année des sociétés au tapis ou qui vont bénéficier de financements étonnants, c'est-à-dire avec des investisseurs prêts à refaire un tour de table alors que les fondamentaux posent question ou que la société n'a pas encore trouvé le modèle de rentabilité. C'est facile de dépenser l'argent de VC mais c'est plus dur de trouver des clients. C'est pour ça que j'attends un réalisme, un pragmatisme des entrepreneurs. Ce n'est pas parce qu'il y a de l'argent qu'il faut faire n'importe quoi sur la valorisation.

Je le pense d'autant plus facilement que je m'attends à une année favorable pour la tech française, compte tenu de signaux positifs sur le plan macro-économique et du travail de fond qui a fait émerger des talents. On va observer l'utilisation croissante de l'intelligence artificielle et du big data, comme dans l'assurance ou l'éducation. Je pense également que les startups vont avoir des approches plus pertinentes, autour de petites communautés.

Enfin, on s'intéresse de près à la technologie de la blockchain — non pas du côté de la bulle des crypto-monnaies — mais sur les bénéfices qu'elle peut générer dans la sécurisation des transactions par exemple."

Romain Lavault, general partner au sein de Partech Ventures — 'Les crypto-monnaies préfigurent l'émergence de la Token Economy'

Romain Lavault, general partner au sein de Partech Ventures. Partech

"On est sur une excellente dynamique de financement et de profils d'entrepreneurs qui va perdurer. On va bénéficier à fond de l'effet Macron. Les valorisations vont continuer à monter et ce n'est pas encore un problème. C'est néanmoins un sujet de de vigilance: si les levées ont été multipliées par deux en trois-quatre ans, les fusions-acquisitions n'ont pas suivi la même tendance ni en volume ni en montant.

Il y a selon moi trois thématiques à suivre sur lesquelles nous sommes très bien placés en France:

  • La transition de l'objet connecté à l'objet intelligent. Ce dernier devient quasi indépendant à l'instar des voitures autonomes. C'était particulièrement visible au CES. Ça concerne à la fois le B to C mais aussi le B to B (entrepôts, usines, etc.)
  • Les crypto-monnaies qui préfigurent l'émergence de la "Token Economy". C'est en quelque sorte un marché d'échanges de bien digitaux.  C'est à mi-chemin entre l'argent et les miles des compagnies aériennes. Un token peut être dédié à un achat spécifique (place de concert par exemple), à des points de fidélité ou donner carrément accès à des parts dans une société comme dans certaines ICOs. On n'est pas dans la fintech — on invente une nouvelle manière de réaliser des transactions digitales.
  • L'intelligence artificielle qui se construit d'elle-même, avec data et des règles fixes existantes. En octobre, le mouvement a été initié: l'IA Alpha Go Zero a battu l'AlphaGo original en ne partant d'aucune donnée humaine, de rien sauf des règles du jeu. Ce type d'IA ne convient pas à la bourse par exemple mais c'est bien adapté à la chimie ou la physique quantique, dans un cadre strict. On va vers la découverte de  solutions qui ne comportent pas de biais humains — à l'instar de molécules ou de médicaments."

Pierre-Yves Meerschman, cofondateur de daphni — 'Ce serait bien de commencer à voir de belles sorties'

Pierre-Yves Meerschman, cofondateur et investisseur au sein de daphni. Daphni

"Certains se gargarisent des valorisations actuelles lors des premiers tours. Ça s'explique par l'ambition des projets, des entrepreneurs plus aguerris et du fait qu'il y ait un plus d'argent en France. Mais le juge de paix, c'est la sortie.

Sur 2018-2019, ce serait bien de commencer à voir de belles sorties pour que la perception de la croissance des valorisations soit juste et non pas un phénomène de bulle. Je m'attends aussi aux premières consolidations pour des startups qui sont sur des sujets identiques, avec des capacités d'exécution poches et des clients similaires.

Côté technologie, cette année pourrait coïncider avec un certain réveil autour de la blockchain. Mais c'est un sujet à considérer avec précaution, dans le sens où il ne faut pas le restreindre aux crypto-monnaies. Ça va déjà beaucoup plus loin que ça."

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