Jean-Luc Mélenchon, candidat du Parti de Gauche à la présidentielle 2017, parle à ses supporters depuis une péniche sur le bassin de la Villette à Paris, le 17 avril 2017. REUTERS/Alain Jocard/

Les analystes de Barclays l'avaient envisagé dès fin 2016. Un second tour opposant Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen était "un scénario défavorable mais pas improbable", a écrit François Cabau dans une note adressée à ses clients le 13 décembre 2016.

Quatre mois plus tard, il semble que les analystes de Barclays aient eu raison de travailler sur toutes les hypothèses, même les plus folles.

A trois jours du scrutin, le candidat d'extrême gauche et la candidate d'extrême droite sont dans le peloton de tête des intentions de vote, d'après plusieurs instituts de sondages.

Nerveux, les marchés anticipent non seulement la présence de Marine Le Pen au deuxième tour mais désormais aussi un possible duel avec Jean-Luc Mélenchon.

Pour preuve: la volatilité implicite à une semaine du taux de change euro/dollar — un baromètre de la nervosité des investisseurs — est en passe d'enregistrer sur la semaine sa plus forte hausse depuis le lancement de la monnaie unique en 1999.

Dans une note adressée à ses clients ce jeudi, le responsable de la stratégie de Deutsche Bank George Saravelos a résumé la situation de la manière suivante: 

"L'idée que l'issue du scrutin s'améliore depuis quelques semaines est tout simplement FAUSSE. Les quatre principaux concurrents se tiennent dans un écart de 4 points, dans la marge d'erreur de 6 points des précédentes élections."

Pour lui, le comportement des marchés rappelle de manière inquiétante la période précédent le référendum sur le Brexit et l'élection de Donald Trump, où "les investisseurs ont commencé à surpondérer des changements marginaux des sondages, renforçant la croyance que tout va bien."

Les analystes de Nomura estiment à environ 40% la probabilité de voir Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon arriver en tête dimanche. Soit un ratio supérieur à celui qu'ils assignaient au même stade à l'hypothèse d'une élection de Donald Trump aux Etats-Unis comme à celle d'une victoire du camp du Brexit au Royaume-Uni.

"En temps normal, Mélenchon serait leur bête noire évidente, avec sa proposition de taxer les revenus des plus hauts salaires à 90% et son ouverture à l'idée de sortir la France de l'UE", analyse Reuters.

Mais, "signe de la confusion qui règne sur la politique et les marchés aujourd'hui, c'est la candidate d'extrême droite Marine Le Pen qui est perçue comme un plus grand risque par les investisseurs".

"Le 'plan B' de Mélenchon reviendrait à sortir de l'UE et peut-être de la zone euro. C'est plus ou moins le 'plan A' de Le Pen", résume Florian Hense, économiste Europe de la banque Berenberg interrogé par Reuters.

Pour lui, "Le Pen reste l'option nucléaire". Il estime à 10% la probabilité de voir Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon remporter l'élection.

Les analystes de Morgan Stanley évaluent, eux, à 5% la probabilité d'une victoire de Jean-Luc Mélenchon, contre environ 15% pour Marine Le Pen.

Pour les responsables de stratégies d'investissement de Citi, le premier tour de la présidentielle française constitue un risque "volcanique" pour les marchés et un duel Le Pen-Mélenchon serait un "cauchemar".

Pour Lena Komileva, directrice générale du cabinet de conseil G+ Economics, "une politique de rupture constitue le principal risque pour l'euro". Or, "le fait que cela ne soit plus seulement un risque Le Pen est un important motif d'inquiétude."

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