Une illustration de Mars. Les scientifiques de la NASA ont recueilli davantage d'indices sur une potentielle vie sur Mars. NASA/JPL-Caltech; Dave Mosher/Business Insider

  • Le rover Curiosity Mars de la NASA analyse depuis des années les niveaux de méthane de la planète rouge et a découvert qu'ils vont et viennent selon un cycle saisonnier.
  • Le robot a également foré des roches anciennes appelées "mudstones" qui contiennent des matières organiques et chimiques semblables à celles qu'on peut trouver sur Terre.
  • Ces indices peuvent suggérer que la planète a peut-être déjà abrité la vie, ou que c'est encore le cas — mais il est encore trop tôt pour en tirer des conclusions. 

Le robot-laboratoire scientifique ambulant de 2,7 mètres de la NASA, ledit rover Curiosity, vient peut-être de se rapprocher de la découverte d'une vie extraterrestre sur Mars.

De nouvelles données recueillies et transmises depuis le rover ont donné à deux équipes de scientifiques de la NASA de nouveaux indices sur le fait dont Mars aurait pu abriter des éléments clés pour la vie microbienne à base de carbone.

Les équipes, qui analysent le méthane et les roches anciennes sur Mars, ont publié leurs conclusions dans deux documents distincts jeudi. La revue Science a mis les études en ligne jeudi 7 juin après-midi, et le compte Twitter du Curiosity Rover a aussi rapidement publié des informations à leur sujet.

"La concentration de méthane augmente chaque été et d'anciens composés de carbone sont emprisonnés dans la roche. Je n'ai pas trouvé de vie sur Mars, mais ces découvertes indiquent que... nous sommes sur la bonne voie ", a tweeté le Rover.

La concentration de méthane sur Mars diffère selon les saisons.

Un coucher de soleil bleu sur Mars photographié par le robot Curiosity sur Mars de la NASA. NASA/JPL-Caltech/MSSS/Texas A&M Univ.

La première étude, menée par le scientifique planétaire de la NASA Chris Webster , représente une sorte de test intuitif de la planète rouge.

Les scientifiques ont utilisé le robot Curiosity pour enregistrer les niveaux de méthane dans l'atmosphère autour de lui, sur une période de quatre ans et demi, soit plus de deux années martiennes. 

Les données recueillies montrent que les concentrations de méthane évoluaient d'une saison à une autre: les niveaux de méthane dans l'hémisphère nord de Mars partaient d'un minimum d'environ 0,24 particules par milliard au printemps, puis ont presque triplé pour atteindre un maximum de 0,65 particules par milliard à la fin de l'été.

Le parcours du rover Curiosity du 6 août 2012 au 12 décembre 2017. NASA/JPL-Caltech via Science

Les températures sur Mars varient entre 19 degrés Celsius, à leur plus haut, et -153 degrés à leur plus bas (près des pôles), ainsi les chercheurs pensent que les changements de saisons sont à l'origine des variations des niveaux de méthane. Dans le rapport, ils suggèrent que le méthane pourrait être enfermé sous terre dans des cristaux d'eau appelés "clathrates". Ce méthane pourrait s'infiltrer lentement hors des clathrates, monter par des failles, des fractures et des brèches dans les roches — puis se réchauffer une fois qu'il atteint la surface de Mars.

Le méthane est important dans la recherche de la vie extraterrestre parce qu'il peut suggérer la présence de vie — 95% du méthane sur Terre est produit par des processus biologiques.

"Il est produit par les termites, les rizières, les vaches ou les moutons", a déclaré Webster lors de l'annonce en direct des découvertes de la NASA.

Certains microbes libèrent du méthane sous forme de déchet gazeux ou de sous-produit, ainsi il pourrait servir de preuve indirecte de la vie. Cependant, les processus géologiques peuvent aussi produire du méthane. 

M. Webster a expliqué que la découverte du méthane est également palpitante parce que le composé ne dure pas plus de 300 ans.

"Si nous voyons du méthane dans l'atmosphère martienne, cela signifie qu'il se passe quelque chose aujourd'hui, qu'il est libéré ou qu'il est en train d'être créé", a t-il dit.

Webster et son équipe de 43 personnes soulignent également dans leur étude que le méthane peut avoir contribué à créer des climats passés sur Mars qui auraient facilité la formation de l'eau, puisqu'il s'agit d'un gaz à effet de serre. Cela a peut-être joué dans la formation de lacs dont on connait l'existence sur Mars dans le passé — qui peuvent créer des zones de reproduction pour les microbes. 

Le rover Curiosity de la NASA sur Mars. NASA/JPL-Caltech/MSSS

Une autre équipe de scientifiques, dirigée par Jen Eigenbrode de la NASA, a utilisé le rover Curiosity pour forer cinq centimètres dans le sol du cratère Gale sur Mars. 

Les mudstones à l'intérieur de ce cratère sont anciennes — plus de 3 milliards d'années. Ashwin Vasavada, un scientifique du projet Jet Propulsion Laboratory de la NASA, a expliqué dans l'annonce ce jeudi que le rover Curiosity avait aidé les scientifiques à apprendre que "les lacs existaient depuis longtemps — depuis des centaines de milliers, voire des millions d'années" dans le cratère.

Cela en fait un endroit plein de promesses pour la découverte de signes de vie conservés.

Curiosité a extrait quelques roches, les a mises dans une machine d'analyse d'échantillons de la taille d'un micro-ondes, sur le pont (SAM), et les a réchauffées pour analyser tous les gaz qui en sont sortis.

Le robot a trouvé plusieurs molécules organiques et chimiques similaires à celles que l'on peut trouver sur Terre, comme le malodorant sulfure de diméthyle qui provient de la cuisson des choux, et également le nauséabond méthanethiol, qui est l'un des principaux composés de la mauvaise haleine. 

Ils pensent que ces minuscules bombes puantes pourraient être des fragments de molécules organiques plus grosses, ce qui suggère que, peut-être — juste peut-être — il y aurait eu de la vie sur Mars, voire même qu'il y en a encore.

"La matière organique peut directement ou indirectement alimenter à la fois l'énergie et les métabolismes du carbone et ainsi peut soutenir le cycle du carbone au niveau de la communauté microbienne", ont écrit les auteurs dans leur article.

D'autres scientifiques ne sont pas sûrs que ces résultats impliquent une certitude sur la vie sur la planète rouge.

Seth Shostak, astronome principal à l'institut Search for Extraterrestrial Intelligence (SETI), pense que nous trouverons de la vie dans l'espace au cours des deux prochaines décennies, mais il met en garde contre le fait que trouver des preuves indirectes de vie sur Mars ne signifie pas que les Martiens existent.

"Les preuves chimiques, on y a déjà été confronté. Même le programme Viking s'est laissé berner par certaines réactions chimiques dans la saleté ", a déclaré Shostak à Business Insider, faisant référence à la mission de la NASA sur Mars dans les années 1970.

Mais il a ajouté qu'il est toujours une récompense pour les scientifiques d'en apprendre davantage sur Mars.

"Cela nous pousse, peut-être, un peu plus loin sur la voie royale vers la découverte de vie présente ou passé sur Mars", a t-il dit. "En savoir plus ne fait pas de mal, jamais."

Version originale: Hilary Brueck/Business Insider

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