Le DG de SoftBank Group Masayoshi Son. REUTERS/Toru Hanai

Le patron de Meru Cabs, une entreprise concurrente d'Uber et Ola en Inde, vient de porter plainte pour abus de position dominante contre Uber et son rival Ola.

Les deux plateformes de VTC sont en effet reliés depuis peu par le même gros investisseur: SoftBank.

L'opérateur télécom japonais mise depuis trois ans sa stratégie sur le financement et l'entrée au capital de nombreuses entreprises, mêmes rivales, sur le marché de la commande de voitures avec chauffeur.  

SoftBank a des parts dans de nombreuses entreprises du numérique, notamment via son fonds d'investissement SoftBank Vision Fund, créé en 2016 avec l'appui de l'Arabie Saoudite. Ils ont levé 93 milliards de dollars en mai dernier, soit le plus gros montant levé de l'histoire du financement dans le monde de la tech. 

Le géant japonais a su profiter de la mauvaise phase d'Uber — qui a passé des mois noyé dans les scandales aussi bien juridiques que moraux, jusqu'à l'éviction de son fondateur.

Après avoir laissé entendre en septembre dernier qu'il était prêt à investir 10 milliards de dollars dans l'entreprise, SoftBank a vu ses efforts récompensés le 4 octobre 2017. Le fonds d'investissement est entré au capital d'Uber et investira bien 10 milliards de dollars, et obtient entre 14% et 17% du capital. Uber lui a offert deux sièges dans son conseil d'administration élargi (17 membres au lieu de 11).

Mais les intentions de SoftBank restent troubles, même en interne chez Uber. Un investisseur a expliqué à Reuters que les cadres de la firme américaine ne comprennent pas si SoftBank souhaite "renforcer les rivalités ou accroitre le partage de compétences" entre les entreprises dans lesquelles elle investit.

Ce que l'on sait:

SoftBank avait pour objectif récent d'obtenir un rôle décisif dans la plateforme américaine lancée par Travis Kalanick.

Mais cela fait aussi des années que l'entreprise investit dans ses rivaux:

Première victoire en Chine

Grâce à ces investissements, Didi a réussi à rester devant Uber sur le marché chinois. Le 1er août 2016, Uber a accepté sa défaite en Chine. Travis Kalanick a cédé les activités d'Uber dans cette région à Didi Chuxing, en l'échange de 17% du capital de l'entreprise. 

SoftBank a ensuite continué ses investissements:

Pour certains, cette stratégie d'investissements massifs est déroutante, et risque de coûter cher à l'entreprise, comme l'a récemment souligné TechCrunch. D'après le site américain, SoftBank Vision Fund voudrait offrir à ses actionnaires un retour sur investissement plus grand que les fonds concurrents. Et ce succès passerait par le marché des applications de chauffeurs, en plein essor. 

"Uber a déjà assez à faire aux Etats-Unis et en Europe"

Un employé chez Ola. REUTERS/Anindito Mukherjee/File photo

La solution de SoftBank est donc d'investir dans toutes les entreprises, mêmes concurrentes, afin d'être omniprésente sur le marché, et forcer des alliances.

Rajeev Misra, le DG de SoftBank Vision Fund, s'est ainsi félicité de l'alliance entre Uber et Didi, précisant qu'Uber devrait selon lui en faire de même en Inde avec Ola, en septembre 2017 dans l'Economic Times de Dehli :

"Il y a de gros égos d'entrepreneurs et ce n'est pas facile [de rassembler deux entreprises], on ne parle pas juste d'économie. Mais vous voyez ce qu'il s'est passé en Chine, entre Uber et Didi, au bout d'un moment, cela avait du sens, économiquement parlant. A lieu de perdre tous les deux des milliards de dollars à se battre, Uber a bien fini par quitter le marché et prendre une part dans Didi. Uber a déjà assez à faire ailleurs, aux Etats-Unis et en Europe..."

SoftBank place ainsi ses pions partout, tout privilégiant la victoire des acteurs locaux. Le géant japonais parvient à la fois à se positionner auprès de tous les grands acteurs du marché mais empêche Uber de poursuivre ses propres rêves de monopole.

SoftBank Vision Fund dispose aussi d'investissements dans Slack, WeWork ou encore Flipkart, société de e-commerce indienne. 

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