Nick Hayek, président de Swatch Group, et Bill Gates. YouTube/WSJ

Les horlogers suisses ont exporté 11,6 millions de montres au premier semestre, pour 8,9 milliards de francs suisses (7,75 milliards d'euros), soit une légère hausse de 0,7% sur un an, selon la Fédération de l'industrie horlogère suisse.

La Fédération se félicite "d'une stabilisation qui n'était pas attendue avant la fin de l'année".

Mais pour Didier Cossin, professeur à l'école de management IMD de Lausanne, les prestigieuses marques de luxe ne peuvent se satisfaire de ces chiffres.

Enrayer la chute conjoncturelle est un début. Mais leurs directions ne sont pas prêtes à faire face aux changements structurels liés à la géopolitique, à l'économie ou à la technologie.

En se basant sur l'étude des organes de direction des groupes horlogers cotés en bourse — Richemont, Swatch Group et le français LVMH —,  Didier Cossin est sans appel: ces structures sont "passéistes et dysfonctionnelles."

"Si je travaillais dans ces entreprises, je serais inquiet, explique-t-il au journal Le Temps. Le groupe Richemont a une approche plus financière, le groupe Swatch plus industrielle, les deux ont leur justification. L’industrie de la montre sort d’un âge d’or. Mais est-ce que ces groupes sont suffisamment ouverts sur les transformations technologiques et sociétales que connaît le monde aujourd’hui pour regarder vers l’avenir sereinement? Je ne suis pas sûr…"

Pour ce professeur — qui conseille notamment le fonds souverain chinois ou le Comité international olympique — le problème vient de la concentration du pouvoir dans quelques mains, souvent familiales. A l'image du conseil d'administration de Swatch qui ne compte que six personnes dont Nick et Nayla Hayek, le président du groupe et sa fille.

"Si, dans l’entreprise, il est logique d’avoir une hiérarchie, un conseil d’administration doit fonctionner différemment. On devrait pouvoir y jouer à armes égales pour s’exprimer librement, faire remonter des réflexions constructives et, surtout, éviter le consensus. Cela permet de construire des tensions, ce qui est sain et permet de trouver des solutions constructives", conclut Didier Cossin.

En manquant de diversité, les entreprises sont plus vulnérables quand arrivent de brutaux changements comme la hausse du francs suisse, la lutte contre la corruption en Chine qui a stigmatisé les propriétaires de montres en or ou l'avènement des montres connectées.

Le fonds de capital-investissement européen CVC Capital Partners, qui a racheté la marque Breitling, bouscule les codes du secteur: il vient de confier les rênes de l'entreprise à Georges Kern, l'ancien numéro 2 de Richemont.

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