Depuis quelques semaines une pénurie de fibre optique semble freiner le déploiement de l'ambitieux "Plan France très haut débit" annoncé par le gouvernement Hollande en 2013. La promesse faite alors aux Français était un accès au très haut débit pour tous en 2022.

Dès 2016, plus d'un Français sur deux vivant en métropole en bénéficiait déjà.  

Mais aujourd'hui, le rythme du déploiement est menacé et la filière craint ne pas tenir les délais. Les petits opérateurs arguent d'une pénurie de fibre optique qui les empêchent — logiquement — de tenir leurs engagements. 

Des tensions mais pas de pénurie de fibre optique

Jeudi 14 juin, l'Observatoire du Très Haut débit a présenté son rapport 2018, réalisé sous l'égide de la FiRIP, la fédération des industriels des réseaux d'initiative publique et de la Caisse des dépôts et consignations et en partenariat avec l'AVICCA, l'Association des villes et collectivités pour la communication. 

Il en ressort que de vrais problèmes d'approvisionnement sont constatés. Mais pas de façon uniforme.

Les gros acteurs, type Orange et SFR, qui passent de gros contrats pluri-annuels ne semblent pas en souffrir. En revanche, les plus petits acteurs, qui commandent en moins grande quantité, avec beaucoup moins de visibilité, sont pénalisés par cette situation et subissent des hausses de prix, parfois à deux chiffres. Une situation qui devrait rester problématique jusqu'à fin 2019, d'après l'Observatoire, date à laquelle la montée en charge de la capacité de production en France devrait permettre de répondre aux besoins.

"Il ne s'agit pas de pénurie, mais de tensions en raison de la forte hausse de la demande mondiale", explique Jacques De Heer, PDG d'Acome, le premier fabricant français de câble et vice-président du Sycabel, le syndicat professionnel du secteur. "Notre industrie nécessite de lourds investissements. Depuis plusieurs années nous gérons des taux de croissance de 30% par an. Au vu de la demande, il nous faudrait atteindre 60% de croissance, ce qui n'est pas réaliste."

"C'est vrai qu'il y a des tensions", admet Antoine Darodes, directeur de la Mission Très haut débit. "Mais la vérité c'est que les opérateurs ont pris des engagements intenables. Ils doivent anticiper plus pour respecter leur part du contrat".  

'Le vrai problème: c'est la pénurie de main d'oeuvre'

Ariel Turpin, le délégué général de l'AVICCA est sur la même longueur d'ondes. "Les tensions d'approvisionnement, c'est la bonne excuse, mais derrière le vrai problème c'est la pénurie de main d'oeuvre, c'est une catastrophe.

Les besoins en personnel explosent en effet au rythme de la montée en puissance du déploiement. En 2017, le plan Très haut débit a occupé 12.000 personnes. Cette année, 15.500 personnes sont nécessaires et il en faudra 28.000 en 2022. La filière a créé 37 sites de formations partout en France mais ils sont loin de faire le plein.

"Nous avons une carence de communication sur l'attractivité de nos métiers", avoue Etienne Dugas, président de la FIRIP, qui promet un plan de communication dès la rentrée. "Notre secteur n'est pas sexy, mais on a une grande indépendance dans le travail et chez nous l'ascenseur social fonctionne. Une personne non qualifiée peut devenir cadre en 10 ans."

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