Le hashtag est devenu viral en 2017, mais Tarana Burke a créé le mouvement dès 2006. Business Insider a parlé avec la créatrice de #MeToo des origines du mouvement et de ce qui doit changer pour empêcher les agressions sexuelles. Ci-dessous, une transcription de la vidéo.

Tarana Burke: Mon nom est Tarana Burke, et je suis la fondatrice du mouvement #MeToo.

#MeToo est un mouvement qui a été fondé en 2006 pour soutenir les personnes qui ont subi des violences sexuelles, en particulier les filles de couleur, qui étaient dans le programme qui nous gérions. Le mouvement a grandi depuis pour inclure le soutien aux adultes, femmes, hommes, et autres survivants, ainsi que pour aider les gens à comprendre comment l'action communautaire peut aider à combattre les violences sexuelles.

Je vivais et travaillais en Alabama à l'époque, et nous avons commencé cette organisation nommée Just Be Inc. Son but était d'enseigner aux jeunes femmes avec qui nous travaillions comment développer leur valeur personnelle. Nous différencions cela de l'estime personnelle. Notre théorie était que vous devez vous construire votre valeur personnelle avant d'avoir une estime de vous-même qui soit saine.

Nous rencontrions de nombreuses filles qui dévoilaient des actes de violence sexuelle. Elles nous racontaient leur propres expériences. Et parfois elles ne savaient même pas qu'il s'agissait de violence sexuelle. Elle nous disaient des trucs du genre... Il y avait une fille en 5ème, elle avait 12 ans, son petit ami avait 21 ans. Et je me suis dit, ce n'est pas une relation. C'est un délit.

On a mis en ligne notre page Myspace est, en quelque jours... Personne n'employait le mot "viral" à l'époque mais c'est le terme le plus approprié pour décrire ce qu'il s'est passé. En à peu près une semaine, nous avons eu tellement de réponses de femmes qui nous disaient "merci de faire ça", "c'est génial", "comment peut-on s'impliquer?", "nous avons besoin d'aide". Et nous avons réalisé que cela avait bien plus d'ampleur qu'on ne le pensait.

Les gens me qualifient de leader de ce mouvement, et j'accepte ce titre, mais je suis une travailleuse plus qu'autre chose.

Je pense que cela m'a juste aidée à changer d'échelle et à étendre le travail que j'ai fait et la vision que j'ai. Cela m'a donné une plus grande plateforme pour en parler, et plus de ressources pour mettre en place certaines de ces idées.

#MeToo est avant tout un mouvement de survivants qui soutiennent d'autres survivants. Il s'agit de surmonter les violences grâce à cette communauté et d'agir en communauté. Même si nous ne pouvons pas définir ce que cette guérison signifie pour les gens, nous pouvons mettre les moyens qu'il faut et donner aux gens les ressources dont ils ont besoin pour aller mieux. Et je parle de choses légitimes comme des politiques et des lois qui changent la façon dont on soutient les survivants.

Par exemple, il y a des kits de prise en charge des victimes de viol qui doivent être testés, pour que les victimes puissent trouver une sorte de justice grâce à ce système. Quelles sont les règles mises en place dans l'école du coin pour valider le profil des professeurs? Les gens au travail peuvent s'organiser et examiner les politiques en termes d'harcèlement sexuel.

La proposition de loi #MeToo au Congrès supprime la période de 90 jours avant qu'une personne qui travaille pour le Congrès puisse porter plainte pour harcèlement sexuel. Quand cette proposition passera, cela créera un précédent, je l'espère, pour le reste du pays.

Très souvent les victimes ne demandent pas à ce que les personnes soient virées. Très souvent, elles veulent pouvoir raconter ce qui leur est arrivé. Elles veulent pouvoir le dire à haute voix et qu'on leur rende des comptes.

Nous devons demander aux victimes ce dont elles ont besoin. Nous sommes ceux qui devons définir ce à quoi la justice doit ressembler.

Et donc l'autre partie du travail, c'est l'action communautaire. Nous pensons fermement qu'il est possible de s'organiser dans le but d'en finir avec la violence sexuelle. Des gens font cela tous les jours. Il y a des organisations et des groupes qui font cela, et je pense qu'il faut faire de cette conversation un sujet de justice sociale.

Nous prévoyons de sortir un documentaire et d'autres projets de cette nature. Puis ce moment viral est arrivé et, je me suis dit, si l'expression "me too" devient populaire dans ce contexte, qui entre également dans la violence sexuelle, et si nous ne sommes pas là pour faire que la conversation reste censée et donner du contexte, alors nous allons nous perdre. Et tout ce travail va être perdu.

Et donc j'ai vraiment paniqué au début. Et puis j'ai subi une autre couche de panique, car je me suis dit, il y a des millions de femmes et de personnes qui racontent leur expérience face à la violence sexuelle, et il n'y a pas de structure pour digérer tout cela. Il n'y a personne pour les aider, pour les accompagner quand elles racontent ce qui leur est arrivé. Que faire après avoir écrit #MeToo?

Cela rend humble au début. Cela rend très humble de voir des gens s'investir dans cette idée qui était d'aider notre communauté. Mais aussi... cela donne espoir de voir le monde devenir un endroit où nous pouvons avoir des discussions ouvertes sur la violence sexuelle et comment cela affecte des millions de gens dans le monde entier.

Produit par Chris Snyder et Linette Lopez.

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