Voici ce que votre smartphone fait à votre cerveau — et ce n'est pas très bon

Samantha Lee/Business Insider

  • Les scientifiques ne sont pas certains que la technologie détruit nos cerveaux, mais ils sont assez sûrs qu'elle crée une dépendance et peut mener à la dépression.
  • Elle ralentit également nos processus de réflexion.
    Et certaines tâches sont mieux réalisées loin du téléphone, selon des études.
  • Ceci est un épisode de la série "Your Brain on Apps" de Business Insider qui étudie comment les applications addictives peuvent influencer le comportement.

Toute la journée, nous sommes noyés sous les interruptions et notifications de nos appareils. Les smartphones bourdonnent pour nous réveiller, les emails affluent dans nos boîtes de réception, les notifications de collègues et d'amis lointains surgissent sur nos écrans, et les "assistants" y vont de leur avis avec leurs voix sans âme.

Ces interruptions nous semblent logiques: nous voulons que la technologie nous aide dans nos vies remplies, en s'assurant qu'on ne rate ni rendez-vous ni messages importants.

Mais nos corps ont un avis différent: ces alertes constantes font passer nos hormones de stress à l'action, déclenchant notre réaction de combat ou de fuite; nos battements de coeur s'accélèrent, notre respiration se tend, nos glandes sudorales s'ouvrent et nos muscles se contractent. Cette réponse est destinée à nous aider à dépasser le danger, et non à répondre à un appel ou à un message d'un collègue.

Nous ne sommes tout simplement pas faits pour vivre ainsi.

Nos applications profitent de nos besoins en termes de sécurité et d'interaction sociale, et les chercheurs commencent à voir à quel point cela est terrible pour nous. Un total de 89% des étudiants américains disent aujourd'hui ressentir des virbations "fantômes" de leur téléphone, en imaginant qu'il convoque leur attention alors qu'il n'a pas réellement vibré.

Et 86% des Américains disent qu'ils vérifient leurs emails et réseaux sociaux "constamment", et que c'est vraiment stressant.

L'endocrinologue Robert Lustig a dit à Business Insider que les notifications de nos téléphones entraînent nos cerveaux à être dans un état presque constant de stress et de peur en créant une voie de mémoire stress-peur. Et un tel état signifie que le cortex préfrontal, la partie de notre cerveau qui traite normalement de certains de nos plus hauts fonctionnements cognitifs, est complètement détraqué et s'arrête, en somme.

"Vous finissez par faire des choses stupides", dit Lustig. "Et ces choses stupides ont tendance à vous créer des ennuis."

Votre cerveau ne peut faire qu'une seule chose à la fois

Les scientifiques savent depuis des années ce que les gens refusent d'admettre: les humains ne peuvent pas réellement accomplir plusieurs tâches. Cela est vrai pour la quasi-totalité d'entre nous: environ 97,5% de la population. Les autres 2,5% ont des capacités bizarres; les scientifiques les appellent "super-taskers", car ils peuvent effectivement réussir plus d'une chose à la fois. Ils peuvent conduire tout en parlant au téléphone, sans compromettre leur capacité à bavarder ou changer de vitesse.

How dopamine and serotonin circulate differently in the brain

Samantha Lee/Business Insider

Mais puisque seulement 1 personne sur 50 est un super-tasker, les autres mortels que nous sommes ne se concentrent vraiment que sur une seule chose à la fois. Cela signifie que chaque fois que nous faisons une pause pour répondre à une nouvelle notification ou recevoir une alerte d'une application différente sur notre téléphone, nous sommes interrompus, et avec cette interruption, nous payons un prix: ce qu'on appelle un "coût du changement" ("switch cost").

Parfois, le passage d'une tâche à une autre ne nous coûte que quelques dixièmes de seconde, mais au cours d'une journée à jongler avec les idées, conversations et transactions sur un téléphone ou un ordinateur, nos coûts de changement peuvent vraiment s'accumuler et nous rendre plus sujets aux erreurs, aussi. Le psychologue David Meyer qui a étudié cet effet estime que l'alternance entre les tâches peut consommer jusqu'à 40% de notre temps cérébral autrement productif.

Chaque fois qu'on change de tâches, on s'envoie aussi une dose de cortisol, l'hormone du stress, dit Lustig. Le changement met en sommeil notre cortex préfrontal réfléchi et raisonné et stimule la dopamine, le neuromédiateur du plaisir.

Autrement dit, le stress que nous accumulons en essayant de faire beaucoup de choses à la fois alors que nous ne le pouvons pas nous rend malade, et nous pousse à désirer encore plus d'interruptions, dopant la dopamine, ce qui entretient le cercle vicieux.

Plus de temps au téléphone = cerveau plus paresseux

Nos cerveaux ne peuvent traiter qu'un certain nombre d'informations à la fois, environ 60 bits par seconde.

Plus nous avons de tâches à accomplir, plus nous devons choisir comment nous voulons utiliser notre précieux pouvoir cérébral. Il est donc compréhensible que nous puissions transférer une partie de notre charge de travail supplémentaire à nos téléphones ou à nos assistants numériques.

Mais il existe des preuves que déléguer des tâches de réflexion à nos appareils pourrait non seulement rendre notre cerveau plus malade, mais aussi plus paresseux.

Des chercheurs ont découvert que les penseurs plus intelligents et plus analytiques sont moins actifs sur leurs moteurs de recherche de smartphones que d'autres personnes. Cela ne signifie pas que l'utilisation de votre téléphone pour la recherche vous "bêtifie", il se peut que ces personnes cherchent moins parce qu'elles en savent plus. Mais il y a un lien entre une pensée moins analytique et plus de balayage de smartphone.

Nous savons également que lire de nouvelles informations sur votre téléphone peut être une manière terrible d'apprendre. Les chercheurs ont montré que les personnes qui recueillent des informations complexes à partir d'un livre, plutôt qu'à l'écran, développent une compréhension plus profonde et s'engagent également dans une réflexion plus conceptuelle.

De nouvelles études sur des douzaines d'utilisateurs de smartphones en Suisse suggèrent également que regarder nos écrans pourrait rendre notre cerveau et nos doigts plus agités.

Selon une étude publiée ce mois-ci, les psychologues et les informaticiens ont découvert une relation inhabituelle et potentiellement troublante: plus les gens tapent, cliquent et publient et font défiler les médias sociaux, plus leurs signaux cérébraux sont "bruyants". Cette découverte a pris les chercheurs par surprise. Habituellement, quand nous faisons quelque chose plus souvent, nous devenons meilleurs, plus rapides et plus efficaces à la tâche.

Mais les chercheurs pensent que quelque chose de différent se passe quand nous nous utilisons les médias sociaux: la combinaison de la socialisation et de l'utilisation de nos smartphones pourrait demander un effort considérable à nos cerveaux.

Le comportement social "pourrait nécessiter plus de ressources en même temps", a observé l'auteur de l'étude Arko Ghosh, de notre cerveau à nos doigts. Et c'est effrayant.

Est-ce que téléphoner en public devrait être tabou?

Malgré ces conclusions troublantes, les scientifiques ne disent pas que profiter de vos applications préférées est automatiquement destructeur. Mais nous savons que certains usages semblent particulièrement mauvais.

Il a été prouvé que consulter Facebook déprimait les jeunes adultes. Les chercheurs qui ont étudié le bien-être émotionnel des étudiants trouvent un lien direct: plus les gens consultent Facebook, plus ils sont malheureux. Mais la consultation incessante et angoissante du téléphone ne s'arrête pas là. Des jeux comme Pokemon GO ou des applications comme Twitter peuvent être addictifs, et poussent votre cerveau à en demander davantage.

Teens Texting

Getty Images/Spencer Platt

Les applications addictives sont conçues pour récompenser votre cerveau, lui offrir un soupçon de plaisir lorsque quelqu'un aime votre photo ou des commentaires sur votre post. Comme le jeu, elles le font sur un calendrier imprévisible. C'est ce qu'on appelle un "programme de rapport variable" et c'est quelque chose qui rend fou le cerveau humain.

Cette technique n'est pas seulement utilisée par les médias sociaux, c'est partout sur Internet. Le prix des billets d'avion qui chutent au clic d'une souris. Les canapés en surnombre qui sont là une minute et partis à la suivante. Les notifications Facebook qui changent en fonction de l'endroit où se trouvent nos amis et de ce dont ils parlent. Nous devons tout avoir, nous devons en avoir plus, et nous devons l'avoir maintenant. Nous grattons des démangeaisons addictives partout sur nos écrans.

Lustig dit que même ces types d'applications ne sont pas intrinsèquement mauvaises. Elles ne deviennent un problème que quand elles obtiennent le droit de nous interrompre, d'exploiter le désir de notre cerveau, le piéger pour en demander toujours plus.

"Je ne suis pas contre la technologie en soi", rétorque-t-il. "Je suis contre une technologie de la récompense, parce qu'elle est conçue spécifiquement pour vous faire continuer à chercher."

Lustig dit qu'il veut changer cela en posant les contours d'une utilisation socialement acceptable des smartphones. Si nous pouvons rendre la dépendance au smartphone tabou (comme fumer à l'intérieur des bâtiments, par exemple), les gens devront au moins condamner leur temps de téléphone à des endroits et à des moments dédiés, ce qui offrira une pause à leur cerveau.

"Mon espoir est que nous arrivions à un point où vous ne pouvez pas sortir votre téléphone portable en public", dit Lustig.

 

Version originale: Hilary Brueck/Business Insider

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  1. Lo

    Plus qu'à supprimer les notifications BI si j'ai bien compris xD

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