10 exemples qui montrent comment la Corée du Nord utilise la technologie pour isoler ses citoyens du reste du monde

Le leader nord-coréen Kim Jong-un. Reuters

Comment maintenir un pays hermétiquement fermé à l'information dans un monde où Internet existe ? C'est le défi fondamental de la Corée du Nord, royaume ermite où les citoyens sont maintenus dans l'ignorance au sens propre comme au sens figuré. Internet, les smartphones, les ordinateurs portables, la télévision, le cinéma et la radio existent, mais pas de la manière dont la plupart des gens les connaissent. Les postes de radio et de télévision sont configurés afin que les Nord-Coréens ne puissent écouter autre chose que les émissions nationales, et Internet reste peu répandu dans la population.

Mais il est de plus en plus difficile pour le leader suprême de la Corée du Nord, Kim Jong-un, de contrôler le flux de cartes microSD et de cartes SIM illicites qui circule à la frontière depuis la Chine, contenant des contenus étrangers illégaux ou permettant aux gens d'accéder à Internet sans entrave. Un récent rapport du Comité des droits de l'homme en Corée du Nord (HRNK), rédigé par le journaliste et expert du pays Martyn Williams, jette un nouvel éclairage sur la manière dont Kim Jong-un et son régime utilisent la technologie pour continuer à maintenir la population dans l'ignorance — avec des techniques allant du brouillage des signaux radio à la modification d'Android pour espionner les gens. En voici 10 exemples :

1. La Corée du Nord contrôle étroitement Internet.

Sur cette photo du 16 juin 2017, des étudiants nord-coréens utilisent des terminaux d'ordinateur au complexe de science et technologie de Pyongyang, en Corée du Nord. AP

La Corée du Nord n'est pas totalement coupée d'Internet, comme en témoignent les nombreux cas de piratages émanant de hackers de l'État, opérant à l'intérieur du pays. Mais son accès est étroitement contrôlé au niveau du réseau et n'a pas vraiment été ouvert à la population en général. C'est en train de changer, avec un nombre croissant de citoyens achetant des smartphones. "Toute l'infrastructure est gérée par l'État et les services de sécurité sont fortement intégrés dans le fonctionnement du réseau de télécommunications", relève le rapport. Tout est surveillé par une agence d'État appelée Bureau 27, ou Bureau de surveillance des transmissions.

2. La Corée du Nord importe des téléphones Android chinois bon marché, puis en modifie le logiciel pour espionner les gens.

Une femme nord-coréenne parle sur son téléphone portable dans une patinoire à Pyongyang, en Corée du Nord, le mardi 18 décembre 2018. AP

La Corée du Nord n'est pas totalement coupée des innovations quotidiennes comme les données mobiles ou les smartphones. Les citoyens peuvent acheter des smartphones fabriqués en Chine, mais qui sont distribués sous une marque nord-coréenne. Les téléphones ressemblent beaucoup aux téléphones Android bon marché que l'on peut acheter dans n'importe quel magasin — mais ceux-ci sont équipés de logiciels espions et de logiciels développés par l'État. Les citoyens peuvent aussi acheter leurs propres appareils non verrouillés passés en contrebande via la frontière chinoise, mais ils risquent d'être espionnés à travers le réseau mobile nord-coréen.

C'est la même chose pour les PC, la Corée du Nord produisant un système d'exploitation basé sur Linux appelé "Red Star" qui peut surveiller l'activité de ses utilisateurs.

3. Le logiciel espion peut surveiller les sites que les gens consultent.

La page d'accueil du complexe Sci-Tech est vue sur un écran d'ordinateur à Pyongyang, la capitale de la Corée du Nord, le 16 juin 2017. AP

D'après Martyn Williams, les téléphones nord-coréens fonctionnent sur Android, le logiciel mobile open source. Les ingénieurs ont modifié le logiciel pour y inclure un programme en arrière-plan appelé "Red Flag", qui espionne tout ce que fait un utilisateur et prend des captures d'écran à intervalles aléatoires pour garder des traces de son activité. Ces captures d'écran sont enregistrées dans une base de données appelée "Trace Viewer".

Bien que la Corée du Nord n'ait probablement pas les ressources pour vérifier les captures d'écran de tout le monde, le journaliste a noté que ce mécanisme était bien élaboré pour amener les gens à s'autocensurer par peur.

4. Si vous ouvrez un fichier étranger sur un appareil nord-coréen, le régime le saura.

Un homme utilise son smartphone devant les portraits des dirigeants nord-coréens défunts Kim Il Song, à gauche et Kim Jong-il à Pyongyang, le 5 mai 2015. AP

Selon le rapport, les ingénieurs nord-coréens ont créé un logiciel qui marque et surveille tout fichier multimédia ouvert sur un appareil, qu'il s'agisse d'un ordinateur ou d'un téléphone portable. Toute personne regardant un film étranger sur son appareil aurait ce fichier étiqueté et suivi. L'étiquette peut suivre chaque appareil sur lequel le fichier est visionné — donc si une personne en particulier partage beaucoup de contenus étrangers avec ses concitoyens, le régime le découvrira probablement.

5. L'État exploite un réseau de téléphonie mobile "divisé", où les Nord-Coréens ne peuvent téléphoner à personne en dehors du pays

Une femme tient un téléphone Huawei à Pyongyang, le 26 avril 2010. Photo by Eric Lafforgue/Art In All Of Us/Corbis via Getty Images

La Corée du Nord dispose d'un système de télécommunications dont la version actuelle est issue d'une co-entreprise avec une société égyptienne appelée Orascom. Selon le rapport de Martyn Williams, le réseau est divisé en deux moitiés, ce qui signifie que les touristes nord-coréens et les citoyens étrangers peuvent passer des appels et envoyer des SMS à l'intérieur du pays mais aucun des deux ne peut communiquer avec l'autre. Décrivant ce système comme un "pare-feu", le journaliste écrit que celui-ci est défini au niveau du compte. Il ajoute que les citoyens nationaux ont des numéros de téléphone dont le préfixe est 191-260, tandis que les téléphones étrangers ont des numéros qui commencent par 191-250. Les cartes SIM pour touristes étant en train de se répandre dans le pays — la Corée du Nord a donc commencé à les désactiver pour qu'il n'y ait aucun risque que les citoyens appellent à l'étranger ou accèdent à l'Internet mondial.

6. Regarder des vidéos pornographiques peut valoir la peine de mort.

Alain Pitton/NurPhoto via Getty Images

Martyn Williams a parlé à un certain nombre de transfuges nord-coréens qui ont fui la Corée du Nord pour la Chine, le Japon ou la Corée du Sud. Ils ont rapporté que le régime pouvait mettre à mort des gens pour avoir regardé du contenu étranger, en particulier des vidéos pornographiques ou tout élément critiquant la dynastie Kim. "Regarder de la pornographie est fortement prohibé. J'ai entendu dire que vous pouviez être exécuté pour avoir regardé de la pornographie", a déclaré un évadé. Un rapport d'Amnesty International a également révélé qu'un homme qui avait regardé de la pornographie avec sa femme et une autre femme avait été exécuté, et que toute la ville avait été convoquée pour assister à sa mort.

Mais la pornographie introduite en contrebande sur des disques reste très onéreuse, coûtant jusqu'à 500$ (450€).

Flickr / Privatenobby

Il n'est pas surprenant que peu d'évadés soient prêts à parler de leurs habitudes en matière de pornographie. Mais citant une source au fait de la contrebande illégale entre la Corée du Nord et la Chine, Martyn Williams indique que des cartes SD contenant des vidéos pornographiques peuvent rapporter jusqu'à 500 $. Ce prix reflète à la fois la forte demande et le risque très élevé de faire passer ce genre de contenu en contrebande.

7. Toutes les radios vendues en Corée du Nord sont fixées sur les fréquences gouvernementales.

Park Kyung-hwa, une transfuge nord-coréenne travaillant pour une station de radio à ondes courtes basée à Séoul et visant un public en Corée du Nord, montre comment elle enregistre son émission dans une église de Séoul, en Corée du Sud, le 25 août 2016. AP Photo/Jungho Choi

Les Nord-Coréens qui achètent une radio par les canaux officiels trouveront l'appareil verrouillé uniquement sur les fréquences approuvées par le gouvernement. Écouter la radio ou regarder la télévision étrangère est illégal et le gouvernement effectue régulièrement des raids pour s'assurer que les gens ne consomment rien de subversif. (Beaucoup de Nord-Coréens ont une deuxième radio ou télévision qui peut recevoir des émissions étrangères et qu'ils gardent cachées, montrant leur appareil "officiel" à tous les inspecteurs).

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Selon Martyn Williams, la Corée du Nord brouille les signaux radio étrangers. Ceci, écrit-il, implique "la transmission de bruits forts" sur les mêmes fréquences pour neutraliser l'émission visée. La Corée du Nord se concentre en particulier sur le brouillage de deux stations gérées par le service de renseignement sud-coréen, appelées Voice of the People (Voix du peuple) et Echo of Hope (Écho de l'espoir).

8. Le régime distrait les gens avec des jeux mobiles locaux.

"King of Scoring 2019", un jeu mobile nord-coréen. Arirang Meari

Dans un pays isolé où le divertissement est rare et de faible qualité, la nourriture difficile à trouver, et le travail répétitif et insatisfaisant, il n'est pas étonnant que les films étrangers et la télévision internationale aient un certain attrait pour les citoyens nord-coréens. Selon le rapport de Martyn Williams, le régime a mis au point sa propre méthode de distraction : proposer des jeux pour smartphones produits localement. Le document affirme qu'il y a jusqu'à 125 jeux disponibles sur les appareils mobiles nord-coréens, comme "Volleyball 2016" et un autre titre appelé "Future Cities". En septembre, la BBC a rapporté qu'un jeu mobile axé sur Cristiano Ronaldo devenait populaire.

L'idée est la suivante : si les citoyens passent leur temps libre à jouer à des jeux produits localement (et à les payer), ils ne dépenseront pas leur argent pour des divertissement illégaux passés en contrebande.

9. Les réseaux WiFi ouverts sont proscrits

Cette photo du 23 décembre 2017 montre un panneau du nouveau service WiFi offert dans le hall des départs de l'aéroport international de Pyongyang. Bien qu'il soit l'un des pays les moins favorables à Internet dans le monde, le principal fournisseur d'accès Internet de Corée du Nord a récemment mis en place un réseau WiFi d'aéroport qui est disponible pour les voyageurs qui ont passé la douane. L'accès au WiFi et à Internet en général reste hors de portée de la plupart des Nord-Coréens. AP photo/Eric Talmadge

La Corée du Nord a déployé des moyens d'envergure pour s'assurer que ses citoyens ne puissent pas accéder par hasard à l'Internet étranger (ou à tout autre Internet). Pendant un certain temps, selon le rapport de Martyn Williams, les ambassades étrangères dans la capitale Pyongyang ont exploité des réseaux WiFi ouverts. Des citoyens entreprenants équipés de smartphones s'attardaient à proximité pour naviguer sur Internet sans se faire prendre — jusqu'à ce que l'État s'en rende compte et interdise les réseaux ouverts. Le pays a finalement introduit son propre réseau public Mirae ("futur" en coréen). Il nécessite une application pour être utilisé et, selon les médias d'État, offre seulement l'accès à l'intranet nord-coréen et non à l'Internet mondial.

10. Passer à un système de streaming contrôlé par l'État.

Des téléviseurs fabriqués par une société nord-coréenne sont présentés lors d'une exposition internationale à Pyongyang le 23 septembre 2019. Kyodo News via Getty Images

La Corée du Nord n'a pas Netflix mais, à l'instar du reste du monde, elle est en train de passer au streaming. Selon le rapport, il existe deux services IPTV locaux, mais le plus populaire s'appelle Manbang. Tout comme les téléphones, le décodeur est fabriqué à bas prix en Chine, importé, puis transformé en un appareil de marque nationale.

Les personnes qui possèdent un appareil Manbang peuvent diffuser une énorme quantité de signaux de l'État, mais ne peuvent pas se brancher sur des services étrangers. Pour l'instant, les gens peuvent aussi écouter les émissions traditionnelles en direct (y compris les émissions étrangères, s'ils ont un téléviseur caché). Mais la Corée du Nord pourrait interdire complètement les émissions traditionnelles et ne diffuser que des contenus par IPTV, d'après la conclusion de Martyn Williams. Cela rendrait encore plus difficile l'accès des Nord-Coréens aux émissions étrangères.

Version originale : Shona Ghosh/Business Insider US

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