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12 conséquences inattendues de l'entrée en vigueur du Brexit

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© TheDigitalArtist/Pixabay

Si les effets du Brexit s'étaleront certainement sur plusieurs années, notamment sur le plan économique, des conséquences directes et parfois surprenantes ont d'ores et déjà pu être constatées. Entreprises et populations de part et d'autre de la Manche ont subi des nouveautés, entraînant tantôt des ruptures d'approvisionnement en marchandises, tantôt la fin de certains services. Heureusement, l'accord de 1 200 pages trouvé in extremis entre le Royaume-Uni et l'Union européenne (UE), le 24 décembre 2020, limite la casse, évitant droits de douanes et quotas.

"Cet accord de libre-échange est plus avantageux que les scénarios précédemment envisagés, car il prévoit des droits de douanes nuls pour les marchandises et il est moins contraignant sur les intrants étrangers. Un atout considérable pour les exportateurs britanniques et européens", analyse Ana Boata, directrice des recherches macroéconomiques d'Euler Hermes. "Toutefois, en raison de la sortie britannique de l'union douanière, les barrières non-tarifaires pourraient connaître une importante hausse, de l'ordre de 5% à 10%", estime-t-elle.

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Les exportations européennes vers le Royaume-Uni devraient se contracter de près de 10 milliards d'euros en 2021, selon le réassureur français. Un impact moindre qu'anticipé auparavant, représentant moins de 0,5% de exportations des pays affectés.

Si les ventes de champagne, dont le Royaume-Uni est le premier importateur depuis 40 ans, devraient se poursuivre sans accroc ni hausse de prix pour les consommateurs, d'autres produits ont déjà connu des perturbations en ce début d'année.

Voici 12 conséquences improbables du Brexit depuis le 1er janvier 2021 et l'entrée en vigueur du nouvel accord commercial :

Une baisse inattendue du trafic de camions à la frontière

Un camion à l'entrée du port de Douvres, le 5 janvier 2021. Chris Ratcliffe/Bloomberg via Getty Images

Le renforcement des contrôles aux frontières avec le Brexit laissait présager d'importants embouteillages. C'est pourtant tout l'inverse qui a été observé lors des premiers jours de 2021. Seuls 800 camions environ ont été dénombrés à l'arrivée des ferries de Douvres, dans le sud-est de l'Angleterre, contre une moyenne supérieure à 10 000 par jour habituellement.

Beaucoup d'entreprises ont fait des stocks avant le Nouvel An pour éviter le chaos annoncé, explique un correspondant du Monde outre-Manche. La pandémie a de plus contribué à réduire les échanges. Le Royaume-Uni a dans tous les cas prévu une période de six mois pendant laquelle les camions pourront passer sans contrôle à la douane.

Les duty-free pourraient se multiplier à Calais

Le terminal 6 du port de Calais. AndreasGoellner/Wikimedia Commons

Calais compte bien tirer parti du Brexit. D'ici octobre 2021, au rez-de-chaussée d'un bâtiment neuf dans le nouveau port, un magasin duty free doit s'installer, a précisé à l'AFP Jean-Marc Puissesseau, président de la Société des ports du détroit. La maire de la ville, Natacha Bouchart, défend un retour des boutiques "hors taxes" dans toute la zone du port, "comme en 1999", mais aussi dans le reste de Calais pour attirer les consommateurs britanniques.

Des fruits de mer écossais bons pour finir à la poubelle

Arnaud 25/Wikimedia Commons

Les fruits de mer écossais sont en grande partie exportés vers le Nord de la France, avant d'être expédiés ailleurs en Europe. Mais la paperasse exigée suite au Brexit, comme les certificats sanitaires et autres déclarations de douanes, ont allongé les délais de livraison de ces produits périssables, de trois à quatre jours, contre une journée seulement auparavant, rapporte Les Echos. Le plus gros transporteur du secteur en Ecosse, DFDS Scotland, a décidé en conséquence de suspendre les exportations, comme nombre de pêcheurs.

La Poste applique un supplément de 'quelques euros' à certains clients

Joost J. Bakker/Wikimedia Commons

Le nouvel accord commercial entre le Royaume-Uni et l'UE n'empêche pas une évolution des règles concernant la TVA. Depuis le 1er janvier, pour les colis d'une valeur inférieur à 135 livres (près de 152 euros) envoyés à des consommateurs outre-Manche, la TVA britannique s'applique et doit être versée par l'expéditeur. Les e-commerçants doivent donc s'enregistrer à la cette nouvelle TVA, et les transporteurs comme La Poste (Colissimo, Chronopost...) n'hésitent pas à répercuter son coût, rapporte l'AFP.

Résultat, "un supplément de quelques euros par colis" est demandé aux clients e-commerçants de La Poste, que ces derniers peuvent à leur tour répercuter sur les consommateurs. Au-dessus de 135 livres, la TVA britannique doit être payée par le destinataire.

Les supermarchés d'Irlande du Nord ont du mal à remplir leurs rayons

Alexas_Fotos/Pixabay

À court terme, l'Irlande du Nord subit probablement parmi les plus fortes perturbations. Pour éviter de dresser de nouveau une frontière entre la République d'Irlande et l'Irlande du Nord, le territoire appartenant au Royaume-Uni est finalement resté dans l'union douanière de l'UE. En raison des nouveaux contrôles sur les marchandises en provenance de Grande-Bretagne depuis le Brexit, les échanges auraient chuté en début d'année de 30% à 40% par rapport à leurs volumes habituels, selon la Road Haulage Association (RHA), premier syndicat de transporteurs routiers du pays, cité par LCI.

En conséquence, les supermarchés d'Irlande du Nord éprouvent de grandes difficultés à remplir leurs rayons. Des entreprises ont cessé d'approvisionner le territoire face aux retards et incertitudes engendrés par les nouvelles règles en vigueur depuis le 1er janvier.

Les magasins Mark & Spencer en France privés de sandwichs

Mtaylor848/Wikimedia Commons

L'enseigne britannique Mark & Spencer subit également des difficultés d'approvisionnement pour ses 21 magasins en France, situés notamment à Paris et en Ile-de-France. Ses plats préparés et sandwichs triangulaires habituels ont notamment désertés les étalages. Les produits 100% britanniques qui font le succès de l'épicerie ont quasi disparu en raison des nouvelles formalités douanières qui perturbent à court terme les livraisons.

MyCanal ne fonctionne plus de l'autre côté de la Manche

picjumbo_com/Pixabay

Les Français expatriés au Royaume-Uni ne peuvent plus profiter en ligne de leur abonnement à Canal +, via le service MyCanal, explique Numerama. De même pour les utilisateurs de Molotov, qui permet de regarder la télé sur internet. Depuis le 1er janvier, le pays ne fait plus partie du marché numérique unique instauré par les règles européennes.

Dans l'autre sens, les Britanniques abonnés au service d'Amazon Prime ou aux chaînes du groupe Sky TV ne peuvent plus accéder non plus à leurs programmes préférés, lors de leurs déplacements au sein de l'Union européenne. Il reste toutefois possible de contourner cette situation en passant par un service VPN.

Les liaisons maritimes entre l'Irlande et le continent se multiplient

La compagnie suédoise Stena Line a doublé ses trajets entre Rosslare et Cherbourg. Andrew Pasquale - Stena Line Adventurer/Wikimedia Commons

Le Brexit favorise de nouvelles routes. Les liaisons maritimes entre le port de Rosslare Europort, à la pointe sud-est de l'Irlande, et Dunkerque se multiplient. Le trajet est normalement plus long, d'environ 24h, contre 13h pour le voyage Dublin-Dunkerque en passant par le sud de l'Angleterre. Mais les nouvelles formalités aux douanes ont tout complexifié pour les quelque 150 000 poids lourds qui effectuent chaque année ce trajet, explique Les Echos.

La compagnie maritime suédoise Stena Line a doublé dès décembre ses trajets entre Rosslare et Cherbourg. La danoise DFDS Seaways a augmenté de 10 à 28 ses liaisons hebdomadaires entre l'Irlande et le continent. Elle a aussi ouvert une nouvelle ligne pour desservir Dunkerque, qui a fait le plein dès le premier jour.

Les Britanniques qui disposent d'une résidence secondaire sur le continent auront du mal à passer leur retraite au soleil

nextvoyage/Pixabay

Les Britanniques qui disposent d'une résidence secondaire sur le continent n'y auront plus autant accès. Et ceux qui prévoyaient de passer leurs vieux jours au soleil, dans un pays du sud de l'Europe, devront désormais obtenir un visa longue durée. Depuis le 1er janvier, les ressortissants britanniques ne peuvent plus passer plus de trois mois de suite sur le continent, selon l'ambassade de France au Royaume-Uni. En l'absence de visa, leur séjour est limité à 90 jours par six mois.

La recherche britannique en manque de financements

L'Université d'Edimbourg, en Ecosse. LWYang/Wikimedia Commons

La sortie du Royaume-Uni prive les chercheurs du pays des financements de l'UE, qui apportait d'importantes subventions. "Dans mon université, entre 20% et 30% des fonds de recherche proviennent de l'UE", témoigne la neuroscientifique Tara Spires-Jones, de l'Université d'Edimbourg, rapporte l'AFP. Et rien n'est pour le moment prévu pour remplacer ce financement, précise-t-elle. Résultat, des contrats pourraient ne pas être renouvelés.

La collaboration internationale entre laboratoires, "vraiment facilitée" par l'UE, va aussi devenir plus compliquée. Ainsi que certaines commandes de matériel. Sans parler du recrutement d'étudiants étrangers, qui risquent de privilégier d'autres destinations offrant une plus grande liberté de mouvement en Europe.

Moins d'artistes britanniques en tournée dans l'UE

La chanteuse britannique Dua Lipa en concert, en août 2018. Justin Higuchi/ Wikimedia Commons

Le Brexit risque de limiter les tournées européennes des artistes britanniques, faute d'accord entre Londres et Bruxelles leur permettant de se déplacer librement. Une situation qui a notamment fait réagir Thom Yorke et Dua Lipa, mais pas qu'eux. Une pétition auprès du gouvernement et du parlement pour réclamer une exemption de visas pour les professionnels de la musique et les artistes a déjà recueilli plus de 247 000 signatures au 11 janvier.

Désormais, les chanteurs et musiciens doivent en effet tous être munis de visas individuels ou de permis de travail, qu'ils risquent de devoir obtenir par pays visité pour eux-mêmes et chaque membre de leur staff, détaille Les Echos. Ce qui ne manquera pas de renchérir le coût de leurs tournées.

Des transferts de footballeurs ne pourront plus avoir lieu

KelvinStuttard/Pixabay

Pour partir jouer en Angleterre, il faudra désormais que les footballeurs professionnels du continent obtiennent un permis de travail, ce qui ne devrait guère poser problème pour la plupart d'entre eux. En revanche, avec le Brexit, les joueurs âgés de 16 à 18 ans sont à présent sous le coup de l'article 19.1 du règlement de la FIFA, stipulant que "le transfert international d'un joueur n'est autorisé que si le joueur est âgé d'au moins 18 ans", rappelle Eurosport.

Une disposition qui pourrait avoir un fort impact sur les clubs de Ligue 1 et Ligue 2, tant les recruteurs anglais sont friands des jeunes talents de l'Hexagone, dont les transferts outre-Manche représentent une manne financière importante. Des footballeurs peu connus, issus de clubs peu en vue, pourraient aussi éprouver des difficultés pour rejoindre le championnat anglais. N'Golo Kanté aurait ainsi pu ne pas regagner la Premier League en 2015, selon Eurosport, dans la mesure où il jouait à Caen et n'était pas en équipe de France.

Mais à l'époque, le vote en faveur du Brexit n'avait pas encore eu lieu, entraînant un cycle de négociations infernal entre Londres et Bruxelles, jusqu'à une sortie effective du Royaume-Uni de l'UE. Et la fin de nombreuses règles partagées avec les Britanniques.

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