15 graphiques qui définissent l'économie mondiale en 2017

Cela a été une année particulièrement chargée pour les banquiers centraux du monde entier. Thomas Reuters

L'année 2017 a été un bon cru pour les marchés financiers et l'économie mondiale.

Toutes les grandes craintes de l'année qui dominaient fin 2016 — un éventuel krach boursier après l'investiture de Trump, une récession au Royaume-Uni déclenchée par le Brexit, la disparition de la zone euro après une implosion du système bancaire italien — n'ont finalement pas eu lieu. 

L'actualité économique de l'année a été surtout celle de la croissance positive et de la hausse des actions.

Mais l'année 2017 n'a pas été morne et ne s'est pas déroulée sans incident. Pour en nommer quelques uns, nous avons vu la Réserve fédérale des États-Unis continuer son cycle de resserrement, la Banque d'Angleterre augmenter ses taux d'intérêts pour la première fois en plus de 10 ans, et l'incessante envolée du bitcoin

Sur les marchés, la meilleure façon d'illustrer ce qui se passe passe souvent par les graphiques. Ils sont une bonne manière d'expliquer simplement des concepts monstrueusement difficiles à comprendre. La plupart du temps, ils montrent mieux ce que les mots ne peuvent dire.

Et donc, alors que l'année touche à sa fin, Business Insider a décidé de rassembler une sélection de graphiques qui selon nous définissent au mieux ce qui s'est produit dans le monde économique en 2017. L'heure est à la rétrospective. 

La Banque d'Angleterre relève ses taux d'intérêts

Sa première augmentation en 10 ans est clairement visible sur ce graphique! Trading Economics

La Banque d'Angleterre a brutalement baissé ses intérêts sur la période 2007-2009 afin d'absorber le choc infligé à l'économie britannique par la crise financière mondiale, mais est restée en suspens pendant plus de 7 ans après cela. Entre 2009 et 2016, le taux de base est resté à 0,5%.

Il a ensuite été abaissé en urgence à 0,25% en août, dans le but d'apaiser l'économie après les conséquences du vote du Brexit en juin.

Près d'un an après cette baisse, la banque a pris une mesure inédite depuis dix ans, en augmentant ses taux. Bien sûr, il ne s'agissait pas d'un grand bouleversement, en remontant le taux de base à 0,5%, mais c'était significatif. 

Cela est d'autant plus vrai que le Comité politique monétaire a clairement signalé qu'il chercherait à augmenter davantage ces taux si l'économie britannique restait raisonnablement robuste face au Brexit.

Cependant, alors que cette première augmentation de la Banque d'Angleterre en dix ans est une étape de normalisation politique monétaire, il reste du chemin à faire et il faudra sans doute attendre des années avant que l'on voie les taux d'intérêts retrouver leurs niveaux d'avant-crise. 

Le bitcoin devient dingue

Markets Insider

L'ascension fulgurante du bitcoin est sûrement la plus folle actualité financière de l'année. Bien sûr, la crypto-monnaie est présente depuis 2009, mais elle a marqué l'année 2017 en se démocratisant. 

Le 1er janvier, le bitcoin s'échangeait à 908 dollars l'unité. Très vite, en moins de 12 mois, le prix d'un simple bitcoin a dépassé la barre des 16.000 dollars, alors que les investisseurs du monde entier investissent dans cet actif. 

Le bitcoin a créé une scission entre les institutions financières plus traditionnelles et ses acteurs — une large proportion qui voient le bitcoin comme superflu et sans valeur — et ceux qui croient que les crypto-monnaies et la technologie du blockchain derrière elles, vont changer l'avenir de l'économie mondiale pour toujours. 

En décembre, la démocratisation du bitcoin a été confirmée par la bourse d'échange CBOE, qui a commencé à proposer des contrats à terme en bitcoin, permettant aux investisseurs de parier sur l'avenir de cette devise

Les fonds négociés en bourse (ETF) flambent

Deutsche Bank

Un fonds négocié en bourse (ETF) est un fonds passif qui suit un indice, plutôt qu'un investissement actif, et qui cherche à faire mieux qu'un indice donné par la fréquente vente et achat de placements individuels. 

En 2017, les ETFs existent quasiment pour toutes les classes d'actifs imaginables, avec des firmes d'investissement qui vendent ces échanges dans tout, du Bund à l'or, et la valeur globale du marché dépasse désormais 4000 milliards de dollars. 

Les investisseurs ont versé leur argent dans des produits au cours des dernières années parce que quand les temps sont bons, les ETFs peuvent apporter de plus larges bénéfices qu'un simple investissement en actif sous-jacent, ou en mettant de l'argent dans des fonds activement gérés, qui demandent généralement plus de frais que les ETFs. 

Depuis 2008, la valeur globale des ETFs a été multipliée par cinq, ce qui a été qualifié comme "extraordinaire", par le stratège de renom de la Deutsche Bank, Jim Reid et son équipe, plus tôt cette année

Les banques se préparent à déplacer leur personnel hors de la City de Londres après le Brexit

Nomura

L'année 2017 pourrait bien être celle où la City de Londres a perdu sa réputation de centre de gravité européen de la finance. 

Avec le Brexit imminent, de grandes institutions financières s'apprêtent à déplacer leurs effectifs hors de Londres voire même hors du Royaume-Uni, une fois que celui-ci quittera officiellement l'Union européenne en mars 2019. 

Quelques annonces à propos du déplacement des équipes ont été faites en fin 2016, mais c'est en 2017 que les banques sont passées à l'acte. 

Certains grands argentiers ont confirmé leurs projets pour de nouveaux bureaux dans l'Union européenne, dont Goldman Sach, qui louerait un bureau principal à Francfort, Citi, qui ouvre un centre de gestion bancaire privé à Luxembourg, et la plus grosse banque japonaise, Mitsubishi UFJ Financial Group, qui a choisi Amsterdam comme destination post-Brexit

Le graphique ci-dessus montre la possible ampleur des emplois délocalisés qui pourrait résulter du Brexit, alors que la Grande-Bretagne risque de perdre son accès au marché unique, et son passeport financier. 

UBS nous montre à quel point les choses risquent de devenir délicates pour les banques centrales lors de la prochaine crise financière

UBS Investment Bank

L'éloquent graphique ci-dessus montre jusqu'où les banques centrales à travers le monde risquent de devoir réduire leurs taux d'intérêts si une nouvelle crise financière devait éclater. Les triangles verts montrent où les taux devront aller si une crise surgissait de manière imminente.

Dans son immense rapport de 223 pages, Global Economic Outlook for 2018-2019 (Prévisions économiques mondiales pour 2018-2019), la banque USB a avancé que les taux mondiaux sont si bas dix ans depuis la dernière crise, que la prochaine correction mondiale risquerait de mettre les banques centrales en difficulté, faute de marge de manœuvre pour pour relancer l'économie.

Citant le graphique ci-dessus, les économistes de la banque ont noté que les banques centrales mondiales, si elles ont besoin de répondre aussi fermement qu'elles l'ont fait durant la crise de 2007-08, seront forcées de baisser leurs taux d'intérêts à -5%. C'est en somme quelque chose qui n'est jamais arrivé auparavant. 

"L'une des préoccupations à l'heure actuelle est que nous sommes dans une reprise très avancée du circuit des affaires, avec un bon nombre de personnes se demandant 'quand la prochaine récession aura-t-elle lieu?'", précise Arend Kapteyn, à la tête du département économique de USB, après un briefing le mois dernier. 

"Si la récession doit venir demain, nous serions dans une position délicate, parce qu'il n'y aucun espace politique là-dessus", a-t-il ajouté.

La faible volatilité caractérise l'année en bourse

Markets Insider

L'un des grands thèmes de l'année sur les marchés dans le monde — et aux États-Unis en particulier — en 2017 a été le manque flagrant de volatilité. The VIX, aussi connu comme "indice de peur", est resté pendant une bonne partie de l'année près de creux des records, alors que sa volatilité était quasi-inexistante. 

Cela a été particulièrement surprenant étant donné que 2017 a été marquée par des tensions géopolitiques accrues entre les États-Unis et la Corée du Nord, des craintes concernant l'agenda politique du président Donald Trump, ainsi que des craintes liées à la possibilité, plus tôt dans l'année, que la France fasse de la candidate du Front National Marine Le Pen sa présidente. 

Si on ajoute à cela le Brexit, la volatilité devrait être bien plus importante, ce qui a conduit certains à penser que le VIX "ne marche plus". 

Le Brexit pousse l'inflation au Royaume-Uni à son plus haut niveau en cinq ans

Office for National Statistics

L'inflation a fait un retour en force au Royaume-Uni en 2017, alors que la baisse de de la livre sterling après le vote du Brexit se répercute sur le prix des biens et services quotidiens des Britanniques. 

L'inflation a atteint 3,1% en novembre, se rapprochant de son plus haut niveau en six ans. 

L'impact de cette inflation sur l'économie britannique est accentué par le fait que les salaires augmentent plus lentement que les prix, ce qui signifie que le Britannique moyen voit son pouvoir d'achat baisser. 

Le marché immobilier de Londres refroidit

RICS / Business Insider

Le marché immobilier londonien a été particulièrement brûlant ces dernières années, avec des prix en forte hausse, alors que des investissements ont été mis dans les capitaux mais que la demande de logements abordables continuait de stagner. 

En 2017, la tendance s'est inversée, avec une importante baisse des prix remarquée dans la capitale. 

Le graphique ci-dessus, du Royal Institute of Chartered Surveyors, montre à quel point cette baisse est frappante à Londres, comparée au reste du pays. 

Ce ralentissement à Londres a été conduit par une hausse artificielle des prix dans la capitale, des progrès lents dans les négociations autour du Brexit, et des inquiétudes sur de nouvelles hausses des taux d'intérêts par la Banque d'Angleterre, ce qui fait grimper les coûts d'hypothèque. 

La valorisation des entreprises dans le monde dépasse 80.000 milliards de dollars.

Business Insider / Bloomberg

Ce graphique, signalé par notre collègue Jim Edwards, montre que si vous "calculez la valeur de toutes les actions, de toutes les sociétés, dans le monde entier, vous aurez grosso-modo la valeur totale de la capitalisation boursière de la planète. Ces derniers mois seulement, le marché total a atteint les 80.000 milliards de dollars et se rapproche continuellement des 100.000 milliards dans le monde entier". 

"Ce qui est inquiétant par rapport à cette progression", écrivait Edwards en novembre dernier, "est sa croissance ininterrompue sur l'année 2017. Jusqu'ici, la capitalisation boursière mondiale ressemblait à tout autre indice de marché: une série de gains successifs construits chacun leur tour au fil du temps, avec une baisse autour de la Grande crise financière de 2008, suivie par une reprise saine".

Les actions battent des records (encore et encore et encore)

Markets Insider

Après avoir atteint 20.000 points en janvier, l'indice Dow Jones a continué d'augmenter, se rapprochant petit à petit des 25.000 points début décembre.

Les actions aux États-Unis ont continuer d'augmenter de manière significative cette année, sous l'effet combiné d'une économie américaine en plein essor et de l'amélioration des bénéfices des firmes qui ont poussé leurs valorisations au plus haut. 

"Les nouveaux records ont tout à voir avec les gains. Vous n'avez pas besoin de chercher plus loin. Au fil du temps, les bénéfices sont devenus ce qui détermine la direction du marché — bien plus que les taux d'intérêts ou quoi que ce soit d'autre". 

"Il y a de cela un an, les bénéfices stagnaient, mais il y a eu une vraie reprise de la croissance, ce qui est lié à l'économie", a dit Kevin Caron, stratège du marché et gestionnaire de portefeuille chez Stifel Nicolaus à BI, en octobre dernier

Les indices S&P 500 et Nasdaq ont suivi le Dow, enchaînant de nouveaux records toute l'année, comme les graphiques le montrent:

Markets Insider

Markets Insider

Les courbes de rendement continuent à s'aplanir — ce qui n'augure rien de bon

Blackrock

En 2017, on a vu les courbes des obligations américaines, généralement perçues comme une bonne analogie pour les marchés mondiaux, s'aplanir davantage. 

À son niveau le plus basique, une courbe de rendement qui s'aplatit signifie que l'écart de rendement entre de la dette à long terme et de la dette à court terme se resserre. La dette à court terme génère habituellement moins de rendement que la dette à long terme, car le risque que prennent les investisseurs est moindre sur une courte période dans la mesure où moins de choses peuvent mal tourner en un an qu'en dix.

Une courbe de rendement plate n'est jamais rien de plus qu'un indicateur du ralentissement de la croissance, ce qui n'est jamais bon signe. Comme l'expliquait récemment Aubrey Blaseo de BlackRock, dans une note de blog:

"La leçon numéro un du marché explique nous dit que cela laisse présager un ralentissement de la croissance économique. Plus inquiétant, lorsque l'écart 2 ans/ 10 ans atteint zéro, voire moins (inversion de la courbe de rendement), cela est généralement considéré comme l'arrivée assurée d'une récession imminente".

Les gens s'inquiètent de plus en plus de la dette croissante de la Chine

Deutsche Bank

Le boom économique de la Chine a été en grande partie alimentée par l'accumulation d'une dette immense, qui comme certains le pensent, tendrait à devenir insoutenable.

L'augmentation des niveaux de dettes et de dépenses à crédit pour alimenter la croissance continue de poser un problème de stabilité financière menaçant l'économie mondiale, ce qui pourrait être un déclencheur de la prochaine crise, comme l'indique ce rapport du Fonds monétaire international de décembre dernier.

"La croissance du crédit a outrepassé celle du PIB, menant à une surabondance de dettes. Le ratio crédit/PIB est maintenant aux alentours de 25% au-dessus de la tendance à long terme, ce qui est plutôt haut selon les standards internationaux, et compatible avec une haute probabilité de détresse financière". 

Plus tôt cette semaine, la Deutsche Bank a signalé que la Chine avait deux fois plus de chances de tomber dans une crise financière que n'importe quelle autre économie mondiale à l'heure actuelle. 

Provident Financial (PFG) a perdu trois quarts de sa valeur en une matinée seulement 

Deutsche Bank

Les actions de Provident Financial, un créancier porte-à-porte basé au Royaume-Uni, ont perdu plus de 70% de leur valeur en 2017, après une série de départs au conseil d'administration, d'avertissements sur les bénéfices et d'enquêtes conduites par la FCA (Financial Conduct Authority).

Provident propose des prêts en porte-à-porte à des emprunteurs à risque qui rebuteraient les prêteurs classiques. Le groupe détient aussi le prêteur en ligne Satsuma, dont la publicité passe à la télévision. Cependant, ses fortunes ont pris un mauvais virage cette année, après que la compagnie a remplacé ses employés indépendants par des ("customer experience managers"). 

Après ce tournant, les taux de recouvrement des dettes ont chuté de 90% à 57%. 

Provident a depuis souffert, même bien après l'annonce de la FCA, qui se penchait sur la franchise de financement de voitures et de vans Moneybarn. Le régulateur s'assure que des évaluations suffisamment abordables soient faites et que les clients en difficulté financière soient traités de la manière la plus juste. 

Version originale: Will Martin/Business Insider UK

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