20 astuces des députés pour paraître plus actifs qu'ils ne le sont réellement

20 astuces des députés pour paraître plus actifs qu'ils ne le sont réellement

Jusqu'en 2017, l'ancien député Lucien Degauchy avait une astuce pour paraître très actif sur les bancs de l'Assemblée nationale : revêtir une veste jaune et se mettre dans l'axe des caméras. YouTube/BFMTV

Pointés du doigt avec le mouvement des Gilets jaunes, subissant menaces et attaques, les 577 députés français sont devenus la cible d'une partie des Français. Leur travail est scruté de près et leur présence est détaillée par plusieurs organismes tiers dans plusieurs classements même si elle ne reflète pas leurs contributions. Revers de la médaille : la quête de la transparence obsède les élus qui sont prêts à multiplier les astuces pour paraître plus actifs qu'ils ne le sont réellement. C'est le constat posé par le Projet Arcadie dans un rapport sur l'activité réelle des députés, qui en ont interrogé une centaine, de toutes sensibilités, sauf le Rassemblement national (ex-FN) qui n'a pas répondu à leurs demandes d'entretien.

Attachés à rendre le travail parlementaire le plus transparent possible, l'ancienne collaboratrice Tris Acatrinei et le journaliste Nicolas Quénel ont interrogé plus d'une centaine de députés et de ces échanges. Ils listent 20 combines des 577 élus de l'Assemblée nationale pour gonfler les statistiques et rendre l'illusion du travail accompli. Amendements fantômes, interventions courtes, interruptions coordonnées, choix d'une veste de couleur, don d'ubiquité sont quelques-unes des découvertes de ce rapport. Sous couvert d'anonymat, des députés ne s'en cachent pas. "J'ai eu une période d"absence et j"ai demandé à un collaborateur de déposer des amendements pour que mes statistiques ne baissent pas". 

"Sous le feu d'injonctions de productivité et de rentabilité, on a découvert que certains étaient obsédés par les chiffres et que la majorité les a à l'oeil. On a été surpris de certaines pratiques et ça montre qu'il y a encore beaucoup de progrès à faire, explique à Business Insider France, Nicolas Quénel. On espère que ça alimentera une réflexion collective des députés et de leurs électeurs", 

Voici la liste des 20 astuces et techniques des députés pour paraître plus actifs, selon le rapport du Projet Arcadie :

  • la présence à quatre commissions le même jour à la même heure pour éviter une pénalité. Les séances de commission permanente du mercredi matin pendant la session ordinaire (1er octobre au 30 juin) sont obligatoires et une absence non justifiée donne lieu à des retenues sur indemnités;
  • les amendements fantômes. 80 840 amendements ont été déposés et recensés au 21 mars 2019 mais le projet Arcadie note que 18% ne sont pas soutenus, c'est-à-dire que la personne n'est pas venue les défendre en commission ou en séance. Or, "soutenir permet de voir son temps de parole, et donc ses statistiques de présence, augmenter de façon importante", note le rapport. Marc Le Fur (LR) est un spécialiste : sur 1 281 amendements déposés, on en recense 233 qui ne sont pas soutenus, soit 18,18% de sa production; 
  • les demandes de rapports. Depuis le début de la législature, 2 484 amendements demandant des rapports ont été déposés, ce qui représente 3,07% de la production totale — ralentissant de facto le travail parlementaire;
  • les amendements de suppression qui représentent 25,24% des amendements déposés au 21 mars 2019;
  • le plagiat d'amendements de suppression des membres de mêmes groupes politiques. Une pratique qui vous assure "d'avoir un temps de parole et donc, des statistiques de présence élogieuses", écrivent les auteurs.
  • copier-coller un amendement.
  • laisser volontairement des fautes d'orthographes ou des chiffres erronés dans un amendement. Ceci permet à un collègue de déposer un sous-amendement de correction.
  • signer un amendement rédigé par un lobby. "Certains députés jouent le jeu de la transparence et disent ouvertement que tel amendement leur a été envoyé par tel représentant d’intérêt, mais malheureusement, ce n'est pas toujours le cas", peut-on lire dans le rapport.
  • des amendements recyclés, d'un examen à l'autre ou d'un texte à l'autre.
  • le député suricate. C'est le fait de se rassembler physiquement derrière l'orateur au micro afin de placer quelques mots pour être entendu et donc noté au compte-rendu, mais aussi d'être visible de ses électeurs en circonscription.
  • la veste de couleur pour être vu. L'ancien député UMP Lucien Degauchy était constamment vêtu d'une veste d'un jaune éclatant dans l'hémicycle lors des questions au gouvernement.
  • se placer en groupe près d'un micro lorsque l'hémicycle est moins rempli à l'examen d'un texte pour donner l'illusion du nombre.
  • se placer près d'un micro pour être entendu et donc comptabilisé. "Au début de la législature, les députés LREM n'avaient pas repéré les micros et restaient sagement à leur place. Ils n'ont donc pas été comptabilisés", précise le rapport.
  • s'arranger pour se faire interrompre afin d'être comptabilisé deux fois. Il y a deux types d'interventions en séance publique : les courtes d'au moins cinq mots et les longues d'au moins vingt mots. Dès lors, un député peut accepter de se faire interrompre rapidement avant de reprendre la parole. Résultat : deux interventions longues pour le député initial et une intervention courte pour le député chahuteur.
  • intervenir et partir après 1 heure en plein débats. Il s'agit de faire une intervention longue et de partir juste après.
  • poser une question et repartir sans écouter la réponse.
  • multiplier les demandes de scrutins publics ou de suspension de séance pour rappeler des députés absents. Cela permet à certains de revenir et d'être marqués comme présents. Mais ces procédures allongent considérablement les débats.
  • des propositions de loi farfelues. Gilbert Collard et Sébastien Chenu ont déposé une proposition de loi visant à ne plus "labourer l'océan de nos impôts gaspillés".
  • des propositions de loi recyclées, les leurs ou d'anciens députés ou de groupes d'intérêts.
  • l'abus de questions écrites. 17 436 ont été posées à ce jour dont certaines copiées-collées d'un député à l'autre.

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  1. Benoist

    autrement dit, les députés sont des rigolos payés à rien faire que du cinéma

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