3 raisons qui peuvent expliquer les débuts catastrophiques d'Uber en Bourse

Traders à la Bourse de New York, vendredi 10 mai 2019. REUTERS/Brendan McDermid

Uber démarre très mal en Bourse. Après tout juste deux jours de cotation, l'action du numéro un mondial de la réservation de VTC a déjà dégringolé de 17,55% à Wall Street. Vendredi 10 mai, dès ses premiers pas sur la place de New York, le titre a subi une chute de 7,6%. Rebelote lundi 13 mai, avec un repli plus marqué encore, l'action Uber plongeant de 10,75%. Résultat, la société valait 62,2 milliards de dollars à la clôture du marché, lundi soir, contre 82,4 milliards de dollars juste avant de s'introduire en Bourse. 

Cette déroute d'Uber rappelle celle de son concurrent Lyft, qui a fait son entrée à Wall Street fin mars et a déjà perdu un tiers de sa valeur depuis. Comment se fait-il que le groupe dirigé par Dara Khosrowshahi connaisse une telle débâcle boursière? Plusieurs facteurs peuvent venir expliquer ses difficultés. Il y a déjà une question de calendrier. Uber semble s'être introduit en Bourse au pire moment, en plein regain des tensions commerciales entre les deux plus grandes puissances économiques mondiales, les Etats-Unis et la Chine.

L'annonce par le président américain Donald Trump d'un relèvement des tarifs douaniers sur l'équivalent de 200 milliards de dollars de produits chinois importés a fait basculer dans le rouge l'ensemble des Bourses à travers le monde. Et la réplique de la Chine, qui a décidé de taxer 60 milliards de dollars de produits américains en retour, a fait chuter le Nasdaq de 3,41% lundi. 

Mais au-delà du contexte géopolitique et macroéconomique, Uber, comme Lyft, suscite des inquiétudes quant à son modèle économique, alors que la société n'est toujours pas rentable et affiche encore une perte nette d'un milliard de dollars au premier trimestre de l'année.

Un gérant d'actifs, interrogé par nos confrères de Business Insider US, estime que "tout comme la livraison de nourriture,  un service de VTC est une affaire de commodité" et que seul l'avenir nous dira si les clients d'Uber resteront fidèles. De plus, Dan Morgan, qui a 700 millions de dollars d'actifs sous gestion chez Synovus, pense que le coût de la commission pour les chauffeurs inquiète les investisseurs. "Cette dépense sera difficile à réduire à mesure que les revenus augmenteront, car les entrepreneurs indépendants pourraient demander des honoraires plus élevés à mesure que la demande en conducteurs supplémentaires (pour nourrir la croissance) augmentera !".

Toutefois, une autre raison pourrait mieux expliquer pourquoi Uber est si mal en point après seulement deux jours de cotation à Wall Street : le rôle joué par les banques chargées de piloter son introduction en Bourse, et plus précisément celui de Morgan Stanley, la banque principale à laquelle a eu recours la société pour lever de l'argent auprès d'investisseurs institutionnels. L'établissement financier s'est vraisemblablement un peu emporté sur la valorisation d'Uber, selon l'AFP. La banque d'affaires n'aurait "pas pris correctement le pouls des milieux financiers vis-à-vis du secteur des VTC en faisant miroiter une valorisation folle", écrit l'agence de presse. 

Les banquiers prédisaient ainsi une valorisation de 120 milliards de dollars, loin des 62,2 milliards de dollars que vaut à présent Uber, à l'issue de la séance boursière de lundi. Face aux difficultés de Lyft, Uber avait toutefois revu ses ambitions à la baisse. Mais "ça a créé un cycle de nouvelles négatives", estime une source bancaire anonyme citée par l'AFP. En conséquence, les investisseurs ont préféré se détourner du titre.  De plus, il y aurait eu quelques soucis au moment de la cotation de la société californienne. Morgan Stanley n'aurait pas favorisé une orientation à la hausse du titre Uber, en n'aidant pas au démarrage des échanges.

Face à ces soubresauts, Dara Khosrowshahi a envoyé une lettre à ses employés pour les rassurer, rappelant que ces débuts difficiles ne présageaient en rien ce qui allait se passer à l'avenir. Au contraire, il a rappelé que Facebook et Amazon avaient vécu les mêmes mésaventures. "N'oubliez pas que les échanges de Facebook et d'Amazon après l'IPO ont été incroyablement difficiles pour ces entreprises ", a-t-il dit. "Et regardez où elles en sont maintenant. Notre route sera la même."

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