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5 choses que vos ados apprennent grâce aux réseaux sociaux

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Ah les réseaux sociaux, ces outils aussi formidables que dangereux. S'il ne faut pas minimiser leurs risques et le temps qu'ils nous font passer devant les écrans — un danger pour le cerveau et le corps, surtout chez les plus petits, mais aussi pour la société — et qu'il est essentiel de continuer d'en parler et de faire endosser aux plateformes leurs responsabilités, montrer uniquement leurs mauvais côtés s'annonce contreproductif pour apprendre aux enfants et adolescents à bien s'en servir... et à s'en protéger.

"On a tendance à faire beaucoup de prévention très négative, à mettre en avant les dangers et les risques des réseaux, et c'est important pour nous adultes de les comprendre. Mais en parler à longueur de journée aux jeunes ne marche pas, ils nous prennent pour des vieux cons qui ne comprennent pas leurs plateformes", expliquait Vanessa Lalo, psychologue clinicienne spécialisée dans les pratiques numériques, lors d'une table ronde sur la sécurité en ligne organisée par TikTok France en amont du Safer Internet Day qui a lieu ce mardi 9 février.

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Alors pour ne pas passer pour un boomer auprès de votre ado, le mieux reste encore de s'intéresser à ce qu'il ou elle fait sur les réseaux. Loin du cliché des jeunes qui s'abrutissent devant des écrans, vous seriez surpris des compétences qu'ils peuvent y développer, parfois sans même s'en rendre compte. Voici 5 choses que vos ados apprennent grâce aux réseaux, et les conseils de la psychologue Vanessa Lalo pour les accompagner dans leur apprentissage.

L'anglais (et autres langues étrangères)

@misteraenglish

Évite ces petites étourderies 💪🇬🇧🇺🇸 #Prof #TikTokAcademie #Anglais #KatyPerry #Fun #TeachersOfTikTok #InEnglishPlease #GoodVibes

♬ original sound - Shuba

Les bénéfices de regarder des films et séries en VO pour apprendre une langue étrangère ne sont plus à prouver, et Netflix a contribué à faciliter la démarche. Mais les réseaux sociaux aussi peuvent aider vos ados à progresser, notamment en anglais. Sur TikTok par exemple, l'algorithme ne montre pas uniquement des contenus francophones. Les utilisateurs se sont même mis à sous-titrer leurs vidéos pour faciliter la compréhension de leur audience.

Il n'est donc pas rare de voir, sous une vidéo d'un Américain ou d'un Britannique, de nombreux adolescents français dans les commentaires, taguant leurs amis pour partager la blague. Et quand ils ne comprennent pas quelque chose, ils n'hésitent pas à demander "quelqu'un peut m'expliquer svp ?", donnant lieu à des échanges intéressants en commentaires.

Certains professeurs d'anglais se sont même créés un compte TikTok pour enseigner de façon ludique les erreurs à éviter, les expressions idiomatiques à la mode ou encore la prononciation de mots difficiles comme "throughout". Et régulièrement, des challenges permettent d'améliorer son accent.

Évidemment, cette immersion linguistique ne remplace pas les vrais cours d'anglais du collège et du lycée — notamment parce qu'elle se limite à l'écoute et à la lecture, alors qu'il est essentiel d'également écrire et parler pour progresser —, mais dans quelques années, les expressions d'anglais familier que votre ado aura appris sur les réseaux lui serviront peut-être autant voire plus pour s'exprimer à l'étranger que le tableau de verbes irréguliers. Et pour un parent, il y a de quoi être impressionné en voyant son enfant rire à une vidéo en anglais du haut de ses 16 ans.

Suivre l'actualité

La revue de presse matinale de Samuel Etienne sur Twitch connaît un succès fou.  Samuel Etienne/Twitch/Capture d'écran

Ce n'est pas parce que les ados n'achètent plus le journal qu'ils ne s'intéressent pas au monde qui les entoure. Les jeunes d'aujourd'hui sont nombreux à suivre l'actualité, mais différemment de leurs aînés. "L’accès à l’information et le rapport des jeunes à l'information est complètement différent aujourd'hui, reconnaît Vanessa Lalo. Avant, il y avait une diffusion très verticale ; maintenant, les ados ont mille comptes sur Snapchat Discover pour s'informer, et c'est une bonne chose."

Les médias ont en effet diversifié leurs formats pour s'adapter aux codes de la nouvelle génération, notamment en favorisant la vidéo sur les réseaux sociaux (on ne compte plus le nombre de médias français sur TikTok et Snapchat, Business Insider France compris !). Et les jeunes répondent présent, comme le montre le récent succès de la revue de presse de Samuel Etienne sur Twitch, ou encore la chaîne YouTube Hugo Décrypte.

En tant que parent, cet intérêt pour l'actualité peut-être encouragé, et même accompagné. Car si les réseaux sociaux ont donné naissance à de nouveaux formats journalistiques intéressants, leurs algorithmes nous enferment également dans des bulles de filtre dans lesquelles l'opinion prône sur les faits et l'argumentation, et les adolescents — comme les adultes — en ont rarement conscience. "Le conseil que l'on peut donner aux gamins, c'est de suivre tout un tas de médias avec qui ils sont totalement en désaccord. Ça permet de se cultiver en sachant ce que les autres disent, de lire leurs arguments. S'abonner à des gens avec qui on n'est pas d'accord est une façon de rééquilibrer l’algorithme", conseille la psychologue.

Développer des compétences créatives

Maskot/Getty Images

Que celui ou celle qui se moque des adolescents et de leurs vidéos de danse sur TikTok s'essaie à réaliser la même chorégraphie et à faire une transition parfaite. Ces pratiques, qui peuvent sembler ridicules à cause de l'écart générationnel, permettent en réalité aux jeunes de développer certaines compétences techniques et créatives. Il y a une dizaine d'années, les adultes se moquaient pareillement des YouTubeurs qui se filmaient dans leur chambre d'ado, et aujourd'hui certains en ont fait leur métier. Les réseaux et plateformes donnent des outils clés en main — filtres, effets toujours plus impressionnants, réalité augmentée — mais les jeunes repoussent toujours plus loin les limites de ces outils grâce à leur créativité.

"C’est hyper important que le parent sache valoriser ce que l’enfant a pu apprendre à travers ces outils, que ce soit de la photographie, de la mise en scène, de la narration, du montage, des filtres, peut-importe. Il y a moult façon de valoriser ce qu'il fait, voire même avec notre esprit critique d’adulte de les pousser à faire mieux, affirme Vanessa Lalo. Même si on ne sait pas faire techniquement, on peut leur suggérer de rajouter ceci ou cela, de tourner leur phrase autrement pour rendre leur message plus fort."

Et si vous êtes vous même un pro du montage vidéo ou de la story Instagram, inutile d'étaler vos compétences : "Faire semblant de ne rien y comprendre est un excellent moyen d’entamer le dialogue. Même quand on connait bien l’outil, il faut s'intéresser et poser des questions, car chaque enfant va avoir une pratique différente. Il ne faut pas être dans le fantasme de ce qu’on nous montre des réseaux", précise la psychologue. "C’est essentiel de chercher à maintenir ce dialogue pour que l’enfant puisse profiter de cet apprentissage. Et si en plus l’adulte profite lui aussi de cet apprentissage, c’est le top."

Attention cependant à ne pas féliciter votre enfant au moindre selfie sur Instagram, ou à valoriser une jeune fille pour un TikTok de danse lascive. "Une grosse majorité des contenus ne sont pas intéressants, c’est un fait. Mais il ne faut surtout pas dire à son enfant que son activité est nulle sans en proposer une autre. Pour l’enfant, ce qu’il fait, c’est important." Afin d'aider votre ado à exploiter au mieux les outils sur les réseaux, le meilleur conseil reste donc d'y intéresser.

S'éduquer sur la sexualité sans tabou

La sexualité est un sujet que l'on n'ose pas toujours aborder en famille, et qui ne se résume pas au programme d'éducation sexuelle de l'Éducation nationale. La génération Z a aujourd'hui la chance de grandir en ayant accès à des contenus éducatifs sur les réseaux sociaux, qui viennent contrebalancer les effets néfastes de l'accès gratuit à la pornographie.

Des comptes Instagram comme Le Cul Nu, Jouissance Club, Masha S'explique ou encore Clit Révolution aident les jeunes filles, mais aussi les garçons, à construire une sexualité décomplexée et à répondre à toutes les questions qu'ils et elles se posent, loin de la théorie des manuels de SVT et de leurs schémas datés (rappelons que la plupart ne représentent toujours pas l'anatomie complète du clitoris). Sur TikTok, des utilisateurs n'hésitent pas à donner des conseils basés sur le réel et à raconter sans tabou leurs expériences les plus gênantes pour casser l'image véhiculée par les films pornographiques.

Les adolescents découvrent souvent ces contenus par eux-mêmes, ou par des amis, mais selon la capacité à parler de sexualité de leurs parents, il est difficile pour ces derniers de leur suggérer de suivre ces comptes. "Le parent ne peut pas toujours être force de proposition sur la sexualité. Il faut qu’il y ait des relais extérieurs — des grands-frères, des cousins, des éducateurs — pour les aiguiller a minima vers des solutions et vers les bons contenus", explique Vanessa Lalo.

Malheureusement, les réseaux encouragent également l'hypersexualisation des jeunes filles, le revenge porn, et restent un lieu de "rencontre" parfois dangereux. La libération positive de la parole autour de la sexualité n'efface en rien ces risques et il convient aux parents de les aborder. "Sans parler de sexualité, un travail important des parents est de parler du rapport au corps, du consentement, du droit à l’image, de la vie privée, du culte de la perfection au XXIe siècle qui est compliqué à vivre. Ce n’est pas du sexe à proprement parler donc ça tout le monde peut le faire", rappelle la psychologue.

Se forger leur identité

Daria Nepriakhina/Unsplash

À la préadolescence et l'adolescence, il est primordial pour un jeune d'avoir le sentiment d'appartenir à une communauté, en dehors de son cercle familial, cela fait partie intégrante de sa construction. Il s'agit le plus souvent d'un groupe d'amis à l'école, mais avec la pandémie de Covid-19 et la fermeture des collèges et des lycées pendant plusieurs mois, les réseaux sociaux ont pris le relais, et c'est une bonne chose selon Vanessa Lalo : "C'est important pour eux d’avoir une continuité de leur existence, d'avoir des groupes auxquels ils puissent se rattacher, même en ligne."

En dehors de leurs camarades de classe avec qui ils échangent, les réseaux permettent également aux ados de découvrir d'autres communautés et une pluralité d'opinions qui contribuent à forger leur identité. Mais attention, si aux débuts d'Internet, les plateformes favorisaient l'échange et l'ouverture au monde, les algorithmes ont changé la donne, et dans le mauvais sens : "On s’est retrouvé avec ces bulles de filtres qui ne favorisent pas du tout le débat", regrette la psychologue.

Les avis les plus extrêmes sont également les plus mis en avant, car ils sont tout simplement plus polarisants, et cela profite financièrement aux plateformes. Pour Vanessa Lalo, "Internet favorise des prises de position drastiques. Aujourd'hui les gamins se construisent beaucoup trop au niveau de l’opinion et pas du fait, il faut remettre les faits et l’argumentation sur le devant de la scène." Alors pour que votre ado utilise les réseaux sociaux pour développer son esprit critique, plutôt que de subir l'effet inverse des algorithmes, il est essentiel de lui expliquer le modèle économique de ces plateformes selon la psychologue. "Les plateformes ne sont pas neutres, il faudrait qu’on le comprenne tous, adultes comme enfant, pour pouvoir se les réapproprier".

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