Download_on_the_App_Store_Badge_FR_RGB_blk_100517

5G : l'Europe fait un pas pour travailler avec Huawei mais sous conditions

5G : l'Europe fait un pas pour travailler avec Huawei mais sous conditions
© Photographer: Eduardo Leal/Bloomberg

A l'opposé des Etats-Unis, l'Union européenne fait un pas vers Huawei pour développer la 5G sur le continent. Cette décision intervient au lendemain d'un accord semblable du groupe chinois avec Londres. Les pays européens n'ont pas vraiment le choix de travailler avec Huawei en terme d'avance technologique, mais ils ont décidé de lui impose des conditions très strictes. "Nous en Europe, on accepte tout le monde mais on a des règles, ces règles sont claires, exigeantes", a déclaré le Commissaire européen à l'Industrie Thierry Breton, lors de la présentation d'un guide de mesures à prendre dans l'UE pour assurer la sécurité des réseaux 5G.

Cette "boîte à outils", élaborée par tous les Etats membres de l'Union en collaboration avec la Commission européenne, contient des recommandations sur ce qu'il convient de faire pour éliminer les risques spécifiques au déploiement des infrastructures de la nouvelle technologie mobile 5G. Ces préconisations, que les Etats membres de l'UE ont promis de suivre, ne sont pas contraignantes. Selon le communiqué de l'UE, il est recommandé afin d'"atténuer les risques pour la sécurité" de procéder à des "exclusions nécessaires (...) pour les actifs critiques et sensibles (...) tels que les fonctions de gestion et d'orchestration du réseau". Chaque pays et chaque opérateur est également appelé à "avoir plusieurs sources de fournisseurs pour diminuer les risques".

A lire aussi — Selon Tim Cook, la 5G n'en est qu'à ses débuts, même si Samsung ou Huawei vendent déjà des smartphones compatibles

Aucune disposition ne cible spécifiquement Huawei en France

Huawei a aussitôt salué dans un communiqué la décision des Européens, les félicitant pour leur approche "objective et basée sur les faits" concernant la sécurité de la 5G, critiquant implicitement les Etats-Unis. Cette avancée pourrait en effet mécontenter les Américains qui font pression sur leurs alliés pour exclure Huawei, qu'elle soupçonne d'espionnage pour le compte de Pékin : l'Australie et le Japon l'ont écoutée, mais l'UE résiste. Numéro deux sur le marché des smartphones, le chinois Huawei s'est imposé dans le développement de l'internet mobile ultra-rapide 5G face à ses rivaux suédois Ericsson, finlandais Nokia et sud-coréen Samsung.

Même si Thuerry Breton répète à l'envi que l'"Europe n'est pas en retard sur la 5G", en rappelant qu'"elle dispose de 50% des brevets mondiaux dans ce domaine", il paraît difficile pour l'Union de se passer de Huawei : sur le plan industriel, il dispose d'une avance technologique sur ses concurrents et il est déjà présent dans de nombreux pays. C'est d'ailleurs ce qu'a expliqué mardi le gouvernement britannique pour justifier sa décision : il a décidé d'intégrer Huawei aux déploiements de la 5G, tout en le maintenant éloigné des équipements les plus risqués, en particulier le "coeur de réseau" depuis lequel tout est piloté.

A lire aussi — Huawei aurait généré près de 109 Mds d'€ de revenus en 2019, malgré les sanction américaines

Alors qu'il s'apprête à quitter l'UE vendredi, le Royaume-Uni avait jusqu'ici travaillé avec les autres pays européens à l'élaboration de la "boîte à outils". En Allemagne, si la chancelière Angela Merkel plaide pour laisser la porte ouverte à Huawei, son partenaire de coalition social-démocrate est contre. Dans ce pays, les opérateurs ont actuellement jusqu'à 60% d'équipements Huawei dans leurs réseaux 3G et 4G, de sources concordantes. Une situation qui rendrait difficile le passage à une 5G sans équipements chinois, impliquant la réinstallation de nouveaux équipements 4G notamment, et donc un surcoût important et du retard dans le déploiement.

Côté français, si une loi prévoit de renforcer le contrôle des équipements de réseaux avant leur installation afin de garantir leur sécurité, aucune disposition ne cible spécifiquement le groupe chinois. En Espagne, Italie, Pologne ou Grèce notamment, il est déjà prévu que les opérateurs utilisent Huawei dans leurs déploiements, aux côtés d'Ericsson et Nokia.

Découvrir plus d'articles sur :