Serpents, fourmis, abeilles, cônes marins, araignées, grenouilles, scorpions... Tous ces animaux peuvent être dangereux pour l'être humain mais aussi lui être utile. En effet, certains médicaments sur le marché sont fabriqués à partir de toxines animales. Il en existe actuellement cinq autorisés aux Etats-Unis et/ou en Europe et un en cours de développement. C'est peu et pour deux raisons principales, a expliqué à Business Insider France Nicolas Gilles, coordinateur du projet européen VENOMICS — consacré au développement de médicaments à base de venins.

"L'industrie pharmaceutique préfère les petites molécules simples actives par voie orale et qui coûtent très peu cher à fabriquer. Identifier un candidat médicament à partir d'un venin animal est une opération complexe. Il faut identifier la toxine intéressante parmi plusieurs centaines d'autres par des cycles de fractionnement et de criblage, puis la séquencer et enfin, la produire. Cette procédure peut prendre jusqu'à un an, avec un taux d'échecs important. Au bout d'un an, on ne sait pas si cela va aboutir à un médicament", a détaillé le chercheur du CEA Saclay.

Par ailleurs, mettre la main sur les animaux porteurs de ces venins n'est pas chose aisée. Ils sont souvent rares et tout petits (les petites araignées et fourmis par exemple) : leur exploitation est donc très difficile voire impossible. Environ 90% des animaux venimeux sont par exemple très petits et les scientifiques ne peuvent concrètement travailler que sur des gros spécimens. "Il existe ainsi plein d'animaux qui n'ont jamais été étudiés. Nous n'avons accès qu'à 10% de la ressource naturelle", a estimé Nicolas Gilles.

Une molécule naturelle 100 fois plus efficace

Lancé en 2011 et soutenu par l'Union européenne (UE), le projet européen VENOMICS a permis de reproduire in vitro 3 600 toxines dont on connaît précisément la séquence. Il s'agit de "la plus grosse banque de toxines au monde", a ainsi déclaré le coordinateur du projet. Cette banque pourrait représenter un potentiel énorme pour la découverte de nouveaux médicaments. "Elle intéresse plusieurs grands laboratoires pharmaceutiques", a précisé Nicolas Gilles, sans les nommer. Lors des premiers criblages réalisés sur cette banque, le chercheur a obtenu un taux de succès de 3%, "ce qui est 100 fois plus important que le taux de succès classiquement obtenu avec des molécules artificielles".

Avec l'aide des chercheurs Nicolas Gilles et Denis Servent du CEA, nous avons listé cinq médicaments fabriqués à partir de toxines animales qui sont commercialisés en Europe et/ou aux Etats-Unis et un dernier en cours de développement. 

La salive d'un lézard appelé le monstre de Gila a donné naissance au Byetta, qui permet de contrôler la glycémie pour les personnes atteintes du diabète de type 2. 

Le monstre de Gila. Flickr/Tobias Nordhausen

A noter que "le terme 'toxine' est banni une fois que la molécule entre en phase d’étude pré-clinique, car cela peut faire un peu peur. On lui préfère ainsi le terme 'peptide'", a précisé Denis Servent, responsable du Service d'Ingénierie Moléculaire des Protéines au CEA. 

Le venin du serpent brésilien Bothrops Jararaca a permis de fabriquer le Captoprile, un médicament utilisé contre l'hypertension artérielle.

Le Bothrops Jararaca. Flickr/Dick Culbert

Les scientifiques n'ont pas directement utilisé la toxine du serpent. Ils l'ont simplifié et redesigné pour en faire un médicament. 

La toxine provenant d'un cône marin, le Conus Magus, a permis de mettre au point le Prialt, un analgésique administré en milieu hospitalier pour des douleurs que les morphines ne suffisent pas à apaiser.

Le Tirofiban, extrait à partir d'un venin d'une vipère indienne (Echis carinatus), permet de prévenir et de traiter l'occlusion des vaisseaux coronaires lors d'une opération du cœur. 

L'Integrilin, extrait d'un venin d'un crotale nord-américain (Sistrurus miliarius) permet de prévenir et de traiter l'occlusion des vaisseaux coronaires lors d'une opération du cœur.

Le Sistrurus miliarius. Flickr/Peter Paplanus

Une toxine d'anémone de mer est utilisée pour fabriquer un futur médicament pour traiter des pathologies immunitaires comme le lupus, le psoriasis ou la sclérose en plaques. Cette molécule entre en phase 2 de développement thérapeutique, étape clé vers son arrivée future sur le marché, a commenté Denis Servent, chercheur au CEA.

Une anémone de mer. Pexels

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