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À deux doigts du burnout ? Voici comment y remédier

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À deux doigts du burnout ? Voici comment y remédier
Paula Davis est la fondatrice et directrice du Stress & Resilience Institute. © Paula Davis

Même après s'être retrouvée à l'hôpital pour des problèmes d'estomac, Paula Davis ne s'est pas rendue compte de l'impact que son burnout avait sur sa santé. Jusqu'en 2009, elle était avocate dans l'immobilier commercial. Son travail était incroyablement exigeant et, elle, le genre de personne qui aimait dépasser ses limites. Elle se décrit aujourd'hui comme une "perfectionniste et accro à la réussite." Ce mélange de cynisme et d'épuisement professionnel était le cocktail parfait pour un burnout assuré.

Aujourd'hui, Paula Davis est la fondatrice du Stress & Resilience Institute, lequel étudie les effets du stress et de l'épuisement professionnel sur la santé. Elle dirige aussi des programmes au sein d'organisations telles que Walgreens et Coca-Cola pour prévenir un épuisement professionnel et aider les travailleurs à s'épanouir. Son expérience personnelle l'a incitée à étudier la psychologie positive à l'université de Pennsylvanie et à rejoindre l'équipe de la fac qui a enseigné des techniques de résilience à l'armée américaine.

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Son nouveau livre, "Beating Burnout at Work" (Lutter contre le burnout au travail, non traduit), rassemble les principales leçons qu'elle a apprises sous forme de conseils pratiques, tant pour les dirigeants que pour les employés. Le livre arrive au moment où l'on signale des cas d'épuisement professionnel dans tous les secteurs, du conseil à la finance en passant par le droit. Une récente enquête de Microsoft a révélé que plus de la moitié de ses employés dans le monde étaient submergés par le travail.

Paula Davis s'est exprimée sur la façon dont la pandémie incite les employeurs à s'attaquer au burnout, sur les raisons pour lesquelles même les travailleurs très engagés peuvent s'épuiser et sur la possibilité de modifier son travail pour le rendre plus satisfaisant et moins stressant. Cette interview a été modifiée pour des raisons de longueur et de clarté.

Pensez-vous que la plupart des organisations et des chefs d'entreprise "comprennent" l'importance de prévenir le burnout et de s'attaquer à sa prévalence ?

Ils commencent enfin à comprendre à cause de la pandémie. Ils ont eu des difficultés pendant plus d'un an, ce qui a entraîné beaucoup d'épuisement. Beaucoup de gens voient au sein de leurs équipes une grande partie de cet épuisement s'exprimer. Je pense que cela a rendu les gens plus disposés à dire : "Commençons à avoir une conversation sur l'épuisement professionnel."

Pouvez-vous nous parler des discussions que vous avez eues avec vos clients au sujet de l'épuisement professionnel ou des transformations que vous avez observées ?

En dehors des soins de santé, de nombreuses organisations n'ont jamais abordé ce sujet ou commencent tout juste à l'explorer. Il s'agit donc en partie de rencontrer les organisations là où elles en sont.

Dans certains cas, je suis capable de mesurer les taux d'épuisement professionnel au sein d'une équipe et les causes de ce ras-le-bol. Pour moi, c'est la partie la plus importante de la conversation. Avec quelques-uns de mes clients, j'ai pu passer à l'étape suivante, qui a conduit à une série de séances de coaching ou à des conversations de plus grande qualité avec les dirigeants. Nous avons pu nous asseoir et élaborer une stratégie, se dire: "Maintenant que nous savons que ce sont deux ou trois des principales causes de l'épuisement professionnel au sein de votre équipe, que pouvons-nous commencer à faire ?"

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Lorsque vous pensez à la lutte contre l'épuisement professionnel, s'agit-il plutôt de commencer par le haut, en réformant le leadership d'une entreprise ? Ou y a-t-il des choses que les employés peuvent faire individuellement ?

Le problème est que, depuis si longtemps, les sociétés font porter le chapeau aux employés en leur disant : "Vous devez simplement mieux gérer votre stress. Ensuite, le burnout disparaîtra". Or, ce que nous savons très clairement grâce à des études, et ce que j'ai vu dans mon propre travail, c'est que la contribution de l'individu à l'épuisement professionnel est certainement présente et doit être abordée, mais c'est une partie beaucoup plus petite de l'équation.

Ensuite, nous commençons à prendre en compte la perspective de l'équipe et du leader. Souvent, dans les entreprises, je m'adresse à la fois aux dirigeants et aux employés et je parle d'un mélange de stratégies : les choses que les salariés peuvent faire pour être plus résilients et moins épuisés et les choses que les dirigeants et les équipes peuvent mettre au point.

Il y a une grande partie du livre dans laquelle vous parlez de votre expérience en tant qu'avocate. Quand vous y repensez, avez-vous l'impression qu'il y a quelque chose que vous auriez dû ou pu faire différemment ?

Après mon burnout, je pensais que "J'avais vraiment tout gâché" et je me demandais ce que j'aurais pu faire différemment. J'ai un peu changé d'avis. Mais il y a encore beaucoup de choses auxquelles je pense. Je me considère comme une perfectionniste qui se remet encore de son addiction aux gens et à la réussite. Comprendre comment des pensées négatives et contre-productives ont été des obstacles dans ma vie m'a aidé à mieux cerner mes qualités.

Cela dit, il y a certainement d'autres aspects que j'ai totalement ignorés lorsque j'ai suivi ce processus. La charge de travail a été la goutte d'eau, ce qui a provoqué mon épuisement professionnel. Je bossais dans un contexte stressant. Mon entreprise enregistrait une forte croissance mais son personnel ne pouvait pas gérer le travail supplémentaire qui lui était confié. J'avais vraiment du mal à suivre le rythme. Il y avait d'autres facteurs dans ma culture et mon environnement qui ont certainement joué un rôle aussi et ont précipité mon burnout.

Dans votre livre, vous expliquez que vous pouvez être très impliqué au travail tout en souffrant d'épuisement professionnel. Ce passage nous a vraiment marqués. Comment peut-on être à la fois aussi dévoué et au bord du burn out ?

J'ai travaillé avec une équipe et lorsque nous avons évalué son taux d'épuisement professionnel, nous avons constaté qu'il était d'environ 28%. Et c'était intéressant parce que ces collaborateurs étaient tous très investis dans leur entreprise. Parfois, les gens se disent : "vous voyez, il n'y a pas de raison de s'en faire : ces employés sont particulièrement dévoués. Alors comment peuvent-ils avoir un problème de burnout ?" C'était une découverte frappante.

Lorsque vous commencez à analyser le phénomène, vous comprenez que les professionnels en burnout occupent des emplois très exigeants. Leur temps et leur énergie sont très sollicités et ils n'ont pas assez de ressources pour gérer ce stress. Ils aiment leur travail en général, et sont vraiment motivés. La détermination, ils ne l'ont pas encore perdue. Mais c'est aussi très frustrant pour eux.

Ce que l'étude a révélé et ce que j'ai vu, c'est que les personnes qui atteignent ce seuil d'investissement et d'épuisement sont souvent ceux qui changent le plus souvent de boulot. J'attire l'attention des dirigeants sur le fait qu'il s'agit de personnes qui ont encore beaucoup d'énergie à dépenser et qui veulent faire du bon travail. Mais si vous ne leur donnez pas les ressources pour le faire, ils vont sûrement aller postuler ailleurs.

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Les carriéristes sont-ils sujets au burnout ? Si oui, comment peuvent-ils s'en préserver ?

À 110% : c'est l'un des profils avec lesquels je travaille : je conseille énormément d'actifs qui ont ce besoin d'être performants. L'une des choses que l'on observe chez ces professionnels, c'est qu'ils ne jurent que par leur boulot. C'était certainement le cas pour moi lorsque je faisais du droit et même un peu maintenant.

Je n'ai pas cherché à savoir si c'est un facteur qui mène à l'épuisement professionnel. Ce que je peux vous dire, c'est que les carriéristes restent à leur poste ou au sein d'une entreprise plus longtemps qu'ils ne le devraient, même s'ils sont anxieux ou éreintés. Il y a beaucoup de discussions autour de cette question : "Que vais-je faire si je ne suis pas avocat ? Qu'est-ce que je vais faire si je ne suis pas un banquier d'affaires ? C'est ce que j'ai toujours été. Je ne sais pas comment me voir autrement."

Je les aide à cerner leur personnalité, leurs points forts, les choses qu'ils apportent et qu'ils pourraient appliquer à tous les secteurs.

Une partie du livre que nous avons vraiment appréciée est l'idée de faire des "micros changements" ou des ajustements à votre journée de travail. Lorsqu'ils essaient de faire ces micro changements, les employés ont-ils besoin de l'aide ou de l'avis de leur patron ? Ou ont-ils le potentiel de le faire par eux-mêmes ?

J'ai abordé ce thème lors de mes calls sur Zoom. J'ai demandé à mes clients quels étaient les aspects les plus importants de leurs journée, ce qu'ils faisaient pour se sentir impliqués et avoir l'impression que le temps passe vite, qu'ils sont heureux d'être au travail. Je leur demande de vraiment quantifier ces comportements. La plupart vont dire qu'être investi, "c'est être proactif, aller vers son patron pour lui demander s'il reste de projets dont il faut s'occuper parce qu'ils savent que leur supérieur est débordé." D'autres diront : "C'est quand j'ai enfin la chance de m'asseoir et de rédiger un document stratégique."

La plupart n'a pas beaucoup de temps ou n'a pas donné la priorité à ces choses-là. Il est très rare que quelqu'un dise quelque chose qui nécessite l'approbation de son patron.

Pour moi, il s'agit juste de leur rappeler : Comment faire pour que ce soit une priorité ? Vous n'avez pas besoin de passer 100% de votre temps à faire cela, mais vous devez quand même vous faire violence.

Souhaitez-vous ajouter autre chose ?

On me demande souvent comment aborder la problématique du burnout. Quand c'est un employé qui se sent stressé et épuisé : "Comment puis-je avoir cette conversation ?" Et du point de vue du manager : "Je vais bien, mais je m'inquiète pour un membre de mon équipe. Dois-je avoir cette conversation, et comment dois-je aborder le sujet ?"

Il y a beaucoup de stigmatisation et d'inquiétude autour burnout. Mais il y a aussi beaucoup de soutien. Être capable d'avoir ces conversations sera encore plus important lorsque vous reviendrez au travail, quel qu'il soit.

Comment une personne pourrait dire, d'une manière subtile, qu'elle fait un burnout ?

J'encourage toujours les gens à dire les choses clairement, sans tourner autour du pot. Vous voulez poser une semaine de congé ? une année sabbatique ? Changer de service ? D'équipe ? Soyez direct tout en mettant les formes, mais ne vous posez pas trop de questions.

Ne vous contentez pas de dire "je suis anxieux". Aidez votre interlocuteur à se faire une idée de ce que vous vivez et de ce que vous recherchez dans cette conversation.

Version originale : Shana Lebowitz and Drake Baer/Insider

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