A peine lancée, Majelan, l'appli de podcasts de Mathieu Gallet, suscite déjà la grogne de créateurs

Capture d'écran application Majelan sur Android.

L'application de contenus narratifs audio Majelan est à peine lancée qu'elle suscite déjà des protestations. Et ça n'a rien à voir avec l'expérience utilisateur — même si des bugs ont été relevés — de cet agrégateur de contenus audio — podcast, écoute en rattrapage, lecture de livres.... Problème : des créateurs reprochent à la startup cofondée par l'ancien PDG de Radio France Mathieu Gallet d'avoir aspiré sans leur consentement leurs productions via les flux RSS. Et certains d'entre eux demandent à l'application de tout simplement retirer leurs contenus.

Majelan revendiquait 280.000 contenus disponibles "à 99,9%" gratuits pour son lancement, l'application ayant une partie payante pour une vingtaine de programmes produits par son studio ou par des partenaires médias. Au sein de la startup, on se défend en disant que ces flux sont accessibles gratuitement. Mais les créateurs lui reprochent la méthode utilisée, celle de se servir sans les avertir ou de ne pas respecter leur choix. Apple laisse par exemple les producteurs s'inscrire d'eux même sur son application Podcasts.

Les créateurs courroucés déplorent également la finalité poursuivie par cette agrégation. Ils estiment que la startup — qui a réussi à lever 4 millions d'euros pour ses débuts et bénéficié d'une couverture médiatique importante — se sert d'eux pour en récolter les fruits. "Clairement, ça sert d'appât pour leur prochaine levée de fonds. C'est un modèle très startup nation où il lui faut du volume avec une croissance des utilisateurs à montrer à des investisseurs", déclare sans ambages Antoine Gouritin, créateur d'histoires sonores, interrogé par Business Insider France.

"S'ils n'avaient pas fait ça, leur app était vide hier au lancement. Ils disent qu'ils apportent de la visibilité pour qu'un créateur puisse démarcher des annonceurs, sauf qu'elle est loin d'être gagnée. C'est bien la partie payante, leur modèle économique, vers laquelle ils cherchent à amener les utilisateurs", ajoute ce dernier.

Contactée pour un commentaire, Majelan nous a fourni une réponse par mail : "Nous avons rencontré beaucoup de créateurs avant le lancement, pour expliquer notre modèle et comprendre les besoins de tous. Nous prenons note de tous les retours et discutons avec tout le monde. S'il y a quelques demandes de retraits, nous notons surtout plusieurs centaines de demandes d’ajouts, ce qui signifie bien que l'intérêt pour notre plateforme est très fort".

L'exemple de Luminary aux Etats-Unis

Majelan pourrait aussi devoir se passer des podcasts de Radio France à terme, selon Les Echos, qui indique que les négociations étaient "tendues". Le groupe public, dont Mathieu Gallet présida aux destinées entre 2014 et 2018 avant d'être démis de ses fonctions par le CSA après condamnation pour favoritisme lors de son passage à l'INA (une affaire toujours en cours, ndlr), dit que cette utilisation de ses contenus "contrevient aux conditions d'utilisation. Nous leur avons demandé le retrait immédiat de nos podcasts et attendons leur réponse, nous aviserons en fonction", déclare dans le journal Laurent Frisch, responsable numérique chez Radio France.

La semaine dernière, Majelan, qui a monté le produit en quatre mois, a dû sentir la fronde arriver. Dans une sorte de foire aux questions, l'entreprise s'explique sur le concept et précise notamment ajouter des contenus "à la demande des créateurs". La réalité semble plus compliquée. "Je connais un créateur qui a été contacté sur Linkedin par quelqu'un de Majelan. Il n'a dit non mais il n'a surtout pas dit oui. Mais surprise, son podcast figurait sur Majelan hier, sans son aval", raconte Antoine Gouritin. 

https://twitter.com/majelan/status/1134043984291082240

Malgré tout, Majelan ne devrait pas perdre des milliers de contenus d'un coup et subir les affres de son homologue de Luminary aux Etats-Unis. La plateforme qui a levé 100 millions d'euros a dû retirer des podcasts très populaires juste après son lancement ('"The Joe Rogan Experience", du New York Times), relevaient nos confrères de Business Insider US en avril dernier.

Se comparer au marché américain est incongru. 90 millions de personnes âgées de plus de 12 ans écouteraient en moyenne sept podcasts par semaine. Pour faire saliver créateurs et financiers, on se sert de ces données. Or, la réalité du marché français est bien différente : on ne ne gagne pas d'argent avec le podcast aujourd'hui en France. Malgré des milliers de contenus, le marché est trop petit en terme d'utilisateurs selon tous les acteurs, regrettant qu'aucune mesure d'audience n'existe.

Mathieu Gallet estimait mardi qu'il fallait réussir à créer "un cercle vertueux quand l'audience forte trouvera les contenus. Or, aujourd'hui, on mélange les téléchargements et les écoute. Ça n'a rien à voir. On sera transparent sur les audiences avec nos créateurs et nos partenaires".  Majelan a face à lui Tootak, Podcast Addict ou encore la plateforme Sybel. 

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