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Aérien, automobile... Les secteurs qui sont frappés de plein fouet par le confinement

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Aérien, automobile... Les secteurs qui sont frappés de plein fouet par le confinement
L'Avenue des Champs-Elysées presque déserte en raison du confinement qui paralyse l'économie. © Getty Images

L'épidémie de Covid-19 met l'économie mondiale à genoux. Des secteurs entiers pâtissent de cette crise sanitaire et des mesures de confinement décrétées par les Etats pour tenter d'endiguer le propagation du coronavirus. Au total, plus de trois milliards de personnes de par le monde sont déjà appelées à rester confinées. "Chaque semaine de confinement supplémentaire... a un impact sur notre croissance", a rappelé Bruno Le Maire mardi 24 mars, lors d'une conférence de presse en ligne. Le ministre de l'Economie et des Finances estime que la situation actuelle est "comparable à la crise de 1929".

Il anticipe une récession en 2020 et a assuré que "le redémarrage sera plus long" dans un certain nombre de secteurs, citant notamment l'automobile. Si des entreprises sont moins touchées par la crise, comme celles de la grande distribution ou celles proposant des services sur abonnement, d'autres sont à l'arrêt et pourraient éprouver de grandes difficultés une fois les mesures de confinement levées. Le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, est allé lundi jusqu'à se prononcer en faveur de la nationalisation d'entreprises françaises trop durement pénalisées. Un discours pourtant pas dans les habitudes du syndicat patronal.

Il a notamment évoqué sur France Info le cas d'Air France, qui "n'a plus de chiffre d'affaires, ou quasiment plus" actuellement. "Les grandes entreprises seront dans tous les cas sauvées, renflouées", assure de son côté Christopher Dembik, chef économiste chez Saxo Bank. "Les risques de faillite vont surtout se concentrer sur les petites entreprises et les PME, qui disposent en moyenne de deux à trois mois de trésorerie", ajoute-t-il.

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Dans un contexte où le monde n'a jamais été aussi endetté, le risque de cessation de paiement, avec de graves répercussions sur les sous-traitants et les fournisseurs, est réel. À fin 2019, les dettes publiques et privées atteignaient au total 253 000 milliards de dollars, soit l'équivalent de 322% du PIB mondial, selon l'Institut de la finance internationale. Or, beaucoup moins d'argent entre aujourd'hui dans les caisses des entreprises et par ricochet des États.

En France, la perte actuelle d'activité et la baisse de la consommation des ménages liées à la crise sanitaire est évaluée à 35%, selon une première estimation de l'Insee. Voici quels secteurs semblent aujourd'hui les plus fragilisés par la pandémie de Covid-19 :

Aérien : les compagnies contraintes de clouer au sol leurs avions

Flickr/Thomas CUELHO

Les compagnies aériennes se retrouvent en grande difficulté, leur activité étant paralysée par la propagation du coronavirus et les fermetures de frontières. L'Association internationale du transport aérien (Iata) a estimé dans un communiqué, mardi 24 mars, qu'elles pourraient perdre 252 milliards de dollars de revenus en 2020, soit une baisse de 44% au total de leur chiffre d'affaires. "Il s'agit de la crise la plus profonde jamais traversée par notre industrie", a déclaré au cours d'une conférence téléphonique Alexandre de Juniac, le directeur général de l'Iata, rapporte l'AFP.

Il a également appelé les gouvernements à l'aide face à l'arrivée d'"une crise de liquidités". "Nous avons besoin d'un package d'aides de toute urgence" et "nous avons désespérément besoin de cash", a-t-il alerté. La crise affecte désormais 98% du trafic passagers dans le monde, selon l'Iata. De nombreuses compagnies sont contraintes de clouer au sol presque la totalité de leur flotte. "Le secteur aérien avait déjà des marges très faibles, une profitabilité peu élevée", note Valentin Bissat, économiste et stratégiste chez Mirabaud.

La compagnie Air France a annoncé qu'elle allait mettre en place un dispositif de chômage partiel pour l'ensemble de ses salariés, pour une période de six mois maximum. Une mesure qui affectera en moyenne 50% du temps de travail, selon l'AFP. L'aéroport d'Orly va même être temporairement fermé à partir du 31 mars. Le constructeur aéronautique Airbus a de son côté suspendu sa production dans plusieurs usines dans le monde et renoncé à ses prévisions pour 2020.

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Automobile : les constructeurs mettent leurs usines à l'arrêt

Jengtingchen/Wikimedia Commons

L'association des constructeurs européens d'automobiles (ACEA) a lancé le 20 mars un appel urgent pour un soutien financier au secteur, qui affronte selon elle "la pire crise" jamais traversée par cette industrie. "Avec l'ensemble de la production proche de l'arrêt et un réseau commercial effectivement fermé, les emplois de quelque 14 millions d'Européens sont à présent en jeu", estime l'ACEA dans un communiqué. "Nous appelons à des actions fortes et coordonnées au niveau national et européen pour apporter un appui immédiat en liquidités aux constructeurs automobiles, leurs fournisseurs et leur réseau commercial", ajoute l'organisation qui représente 16 constructeurs européens.

Les poids lourds du secteur annoncent tour à tour des fermetures d'usines pour une durée indéterminée. Renault, PSA, Volkswagen, Fiat, Toyota, Volvo et Michelin ont notamment déjà indiqué qu'ils suspendaient l'essentiel de leur production en Europe, en raison des mesures de confinement, précise l'AFP. Et peu de chance qu'une fois le confinement levé, beaucoup de consommateurs se précipitent pour acheter une voiture.

Déjà pris dans la tempête de "l'affaire Carlos Ghosn", Renault apparaît particulièrement fragile. Après avoir fermé ses usines en Europe et en Inde, le groupe a annoncé le 24 mars l'arrêt de tous ses sites de production en Amérique latine, une décision touchant 9 000 salariés répartis sur sept sites industriels.

L'industrie pétrolière affectée par la chute de la demande en carburant

Floréalréal/Wikimedia Commons

Le confinement entraîne une très forte réduction de l'activité et des déplacements. Par conséquent, la demande en carburant chute et les groupes pétroliers en pâtissent. À cela s'ajoute une guerre des prix déclenchée par l'Arabie saoudite le 7 mars, dans l'optique de fragiliser les autres pays producteurs de pétrole comme les Etats-Unis. Résultat, le cours de l'or noir a dégringolé pour tomber sous les 30 dollars le baril, contre 70 dollars début janvier.

Dans ces conditions, l'activité des majors du pétrole, et des entreprises qui gravitent autour comme Technip et CGG, devient beaucoup plus difficile à rentabiliser. Outre-Atlantique, le risque de faillite est important alors que l'extraction du pétrole de schiste demande de lourds investissements et que les entreprises du secteur sont déjà lourdement endettées. Les grandes sociétés pétrolières que sont BP, Shell, Exxon ou le français Total ont toutes annoncé des plans drastiques d'économies ainsi qu'une réduction de leurs investissements.

Le PDG de Total, Patrick Pouyanné, a évoqué un trou de 9 milliards de dollars en 2020. L'entreprise y fera face en réduisant de 20% ses investissements, en portant son plan d'économies à 800 millions d'euros, en suspendant son plan de rachat d'actions de 2 milliards et en empruntant 4 milliards de dollars. "C'est 2% d'endettement. Donc pas de souci", a rassuré son patron, rapporte l'Usine Nouvelle. En revanche, Total comme Shell n'ont pour l'heure pas renoncé à verser des dividendes à leurs actionnaires.

Le secteur bancaire en première ligne pour amortir le choc

Le siège de BNP Paribas, à Paris.  Laurent Grassin/ Flickr

Dans cette période de crise, et alors que des entreprises risquent la faillite, le secteur bancaire se retrouve sous pression. Les actions des groupes BNP Paribas, Société Générale et Crédit Agricole ont vu leur cours dévisser à partir de la mi-février, jusqu'à perdre la moitié de leur valeur un mois plus tard. Ces établissements sont notamment chargés par le gouvernement de faciliter le crédit pour soutenir les petites et moyennes entreprises. Des prêts que l'Etat s'engage toutefois à garantir, pour un montant de 300 milliards d'euros au total.

Mais les taux, aux plus bas depuis des années, ont déjà commencé à rogner les marges des banques. Et avant même le début de la crise liée au coronavirus, les annonces de vastes suppressions postes se sont multipliées dans le secteur en Europe. Jeudi 26 mars, l'agence de notation Moody's a dégradé la note du secteur bancaire français — mais aussi celui de la Belgique, de l'Italie, de l'Espagne et des Pays-Bas — en le plaçant sous "surveillance négative", rapportent Les Echos. En cause, la détérioration de la qualité de leurs actifs, alors que les banques sont en première ligne pour aider l'économie à amortir le choc créé par le confinement de la population. Elles ont notamment mis en place un moratoire de six mois sur les remboursements de crédits des entreprises.

En outre, l'exposition des banques françaises au secteur pétrolier, qui subit la chute des cours du baril, suscite aussi des inquiétudes. Toutefois, en dépit de la crise actuelle, elles envisagent toujours de verser des dividendes à leurs actionnaires, relève l'Agefi.

Le tourisme, l'hôtellerie et la restauration voient leurs recettes fondre

Montmartre, à Paris Pixabay

Le confinement rend toute activité touristique impossible, avec forcément des répercussions pour le secteur de l'hôtellerie. "Si la situation devait durer trois mois, c'est autour de 40 milliards d'euros qui s'évaporeraient pour nos territoires, pour ces filières touristiques qui font vivre deux millions de personnes dans l’ensemble du pays", a indiqué sur Sud Radio Jean-Baptiste Lemoyne, le secrétaire d'Etat auprès du ministre des Affaires étrangères, rapporte le magazine L'Echo touristique.

Au total, la filière génère "environ 170 milliards d'euros chaque année de recettes touristiques, entre touristes internationaux et français", avait-il au préalable précisé. Outre les restaurants et les cafés, contraints de fermer, beaucoup de commerces non-alimentaires, les musées et les parcs d'attractions ont dû clore leurs portes.

D'autres secteurs encore sont profondément affectés par la crise, à l'image de l'événementiel et de l'industrie du spectacle.

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