Download_on_the_App_Store_Badge_FR_RGB_blk_100517

Air France, Lufthansa... Voici les pertes abyssales des compagnies aériennes en raison de la crise

  • Recevoir tous les articles sur ce sujet.

    Vous suivez désormais les articles en lien avec ce sujet.

    Ce thème a bien été retiré de votre compte

Air France, Lufthansa... Voici les pertes abyssales des compagnies aériennes en raison de la crise
© saasha1300/Pixabay

La crise frappe de nombreux secteurs de l'économie. Pour certains, il ne fait aucun doute que le confinement de la population et les restrictions de déplacement ont eu des conséquences désastreuses. Le secteur aérien est peut-être celui qui a subi le plus durement cette situation. Et le ciel reste très nuageux pour les compagnies. D'autant que beaucoup de frontières restent fermées. L'Union européenne autorise par exemple les ressortissants de seulement 14 pays à voyager en son sein depuis le 1er juillet, après avoir retiré l'Algérie de sa liste initiale de 15 Etats.

En juillet, le trafic passagers est resté inférieur de 78% en Europe par rapport au même mois un an auparavant, a précisé dans un communiqué ACI Europe, qui représente plus de 500 aéroports dans 46 pays du continent. "La reprise a été plus lente que prévu", a souligné Olivier Jankovec, le directeur général de l'association. Au premier trimestre, le trafic avait déjà chuté de 64,2% dans les aéroports européens, avant de s'effondrer de 96,4% au deuxième trimestre. L'Association internationale du transport aérien (IATA) a de son côté indiqué fin juillet qu'elle attendait un retour du trafic mondial au niveau d'avant-crise pas avant 2024.

C'est un an plus tard que ce qu'elle anticipait auparavant. Sur l'ensemble de l'année 2020, elle prévoit une baisse de 55% du trafic. De quoi peser lourdement sur les comptes des compagnies aériennes dont beaucoup ont déjà annoncé des licenciements et négocié des baisses de salaires avec leur personnel pour éviter la faillite. Les chiffres du premier semestre parlent d'eux-mêmes. Les transporteurs aériens ont vu leurs recettes fondre dès lors que les populations ont commencé à être confinées et les frontières fermées.

Voici quelques-unes des plus grosses pertes nettes affichées par les compagnies aériennes en Europe et dans le reste du monde au premier semestre 2020 :

Singapore Airlines — perte historique de 1,15 Md€ sur le semestre

Singapore Airlines/Pixabay

Au premier trimestre de son exercice décalé 2020-2021, la compagnie Singapore Airlines a essuyé une perte record de 1,12 milliard de dollars singapouriens, soit environ 693 millions d'euros, contre un bénéfice net de 68,61 millions d'euros un an auparavant. Entre avril et juin, "la demande de transport aérien s'est évaporée au gré des restrictions de voyage et des fermetures de frontières imposées de par le monde pour contenir la propagation du virus", explique SIA dans un communiqué.

Sur la période de janvier à mars, la compagnie avait déjà perdu 452,31 millions d'euros, ce qui fait plus 1,15 milliard d'euros de pertes sur les six premiers mois de l'année 2020. "Malheureusement, il y aura encore des pertes au cours des prochains trimestres, qui forceront SIA à licencier du personnel", a prédit pour l'AFP Shukor Yusof, un consultant spécialisé dans l'aviation.

Pour faire face à ses difficultés financières, Singapore Airlines a précisé avoir procédé à une levée de fonds de 11 milliards de dollars singapouriens, soit environ 6,8 milliards d'euros.

Japan Airlines — 746 M€ de pertes rien qu'au deuxième trimestre

Japan Airlines/ Wikimedia Commons

La deuxième compagnie aérienne japonaise Japan Airlines (JAL) a fait part elle aussi d'une perte nette record sur son premier trimestre 2020-2021, la plus lourde jamais enregistrée depuis le retour en Bourse de la société en 2012. Elle s'élève à 93,7 milliards de yens sur la période d'avril à juin, soit environ 746 millions d'euros au taux de change actuel, contre un bénéfice net de 13 milliards de yens un en plus tôt.

L'entreprise a pour le moment préféré ne pas se risquer à livrer des prévisions annuelles face aux incertitudes liées à l'évolution de la pandémie de coronavirus.

La première compagnie japonaise, ANA, a également publié une perte nette record de 108,8 milliards de yens pour le compte de son premier trimestre 2020-2021, soit 864 millions d'euros. Elle s'est aussi abstenue d'annoncer des prévisions pour le reste de l'année.

Cathay Pacific — 1,36 Md€ de pertes au premier semestre mais la faillite évitée

Aero Icarus/ Wikimedia Commons

La compagnie aérienne hongkongaise a subi une perte nette historique de 9,9 milliards de dollars hongkongais (1,36 milliard d'euros) au premier semestre. "Les six premiers mois de 2020 ont été les plus difficiles pour le groupe Cathay Pacific en plus de 70 ans d'histoire", a déclaré dans un communiqué le président du groupe, Patrick Healy.

La crise sanitaire et la fermeture des frontières pèse d'autant plus sur la compagnie hongkongaise qu'elle n'a pas de marché intérieur sur lequel se rabattre. De janvier à juin, la compagnie a ainsi transporté quatre fois moins de passagers qu'au premier semestre 2019. Elle a dévoilé début juin un plan de recapitalisation.

Cathay Pacific avait annoncé début juin un plan de recapitalisation de 39 milliards de dollars hongkongais, soit 4,3 milliards d'euros, porté notamment par le gouvernement hongkongais qui a consenti à cette injection inédite pour lui éviter la faillite. Le transporteur aérien a drastiquement réduit ses vols tout en incitant ses employés à prendre des congés sans solde.

United Airlines — 1,36 Md€ de pertes encaissées d'avril à juin

Wikimedia Commons

La compagnie américaine United Airlines a enregistré une perte plus importante que prévu au cours du "trimestre le plus difficile financièrement" de ses 94 ans d'existence. Elle a atteint 1,6 milliard de dollars, soit environ 1,36 milliard d'euros. L'entreprise a toutefois essayé de se montrer rassurante en précisant qu'elle disposait de 15,2 milliards de dollars de trésorerie au 20 juillet, un montant qui devrait s'élever à plus de 18 milliards de dollars fin septembre.

United Airlines a rapidement modifié son programme de vols pour s'ajuster à la baisse de la demande, a assuré le directeur général Scott Kirby. Le groupe a aussi négocié un prêt très important et décidé d'économies drastiques. Contre une partie de l'enveloppe de 25 milliards de dollars octroyée par le gouvernement américain aux compagnies aériennes, il s'est engagé à conserver tous ses salariés jusqu'à fin septembre.

Mais en octobre, United Airlines a déjà prévenu qu'elle pourrait licencier jusqu'à 36 000 collaborateurs, soit plus d'un tiers de ses salariés.

American Airlines — 1,76 Md€ de pertes au deuxième trimestre seulement

Prayitno/Flickr

La compagnie aérienne American Airlines a encaissé pour sa part une perte nette de 2,07 milliards de dollars au deuxième trimestre. Après un effondrement de la demande pour les billets d'avion en avril, les ventes ont commencé à se redresser en mai et juin, mais elles se sont de nouveau affaiblies en juillet suite à l'explosion de nouveaux cas de Covid-19 aux Etats-Unis et l'instauration de nouvelles mesures de restrictions sur les déplacements.

La compagnie s'attend à ce que ses capacités de vol au troisième trimestre restent 60% inférieures à la même période en 2019. Elle entend réduire de 15 milliards de dollars ses dépenses opérationnelles et d'investissement en 2020. American Airlines a prévenu qu'elle pourrait congédier jusqu'à 25 000 salariés en octobre, sur ses 130 000 collaborateurs. Plus de 41 000 employés du transporteur aérien ont déjà opté pour un départ anticipé à la retraite, un temps de travail réduit ou un congé partiellement payé.

La compagnie américaine Delta Air Lines a de son côté subi une perte nette de 5,7 milliards de dollars au deuxième trimestre, soit environ 4,83 milliards d'euros.

Lufthansa — 3,6 Mds€ de pertes semestrielles et 22 000 suppressions d'emplois en perspective

bernswaelz/Pixabay

La compagnie allemande, qui a vu le nombre de passagers fondre de 96% sur un an pour la période d'avril à juin, a encaissé une perte nette de 3,6 milliards d'euros au premier semestre, dont 1,5 milliard au deuxième trimestre. Lufthansa, dont l'Etat allemand est devenu le premier actionnaire dans le cadre d'un plan de sauvetage de 9 milliards d'euros, devrait supprimer 22 000 emplois équivalent plein temps par le biais d'un vaste programme d'économies visant à augmenter de 15% la productivité.

Sa flotte de 760 avions sera réduite de plus d'une centaine d'appareils et 20% des postes de cadres seront supprimés. "Etant données l'évolution du marché du transport aérien et des négociations avec les partenaires sociaux sur des accords de crise", l'objectif affiché d'éviter des licenciements grâce à des retraites anticipées, des départs volontaires, plus de temps partiel ou des réductions de salaires "est devenu irréaliste également en Allemagne", assure la compagnie dans un communiqué. Elle ajoute que 8 000 salariés ont déjà quitté le groupe, essentiellement dans d'autres pays.

IAG — 3,8 Mds€ de pertes sur le semestre et une levée de fonds pour renforcer ses finances

mariamza/Pixabay

Le groupe aérien IAG, propriétaire notamment de British Airways et Iberia, a dévoilé une perte nette de 3,8 milliards d'euros au premier semestre. Son chiffre d'affaires s'est écroulé de moitié sur les six premiers mois de l'année, à 5,3 milliards d'euros. Face à la crise, la société est contrainte de se restructurer en profondeur. Déjà 12 000 suppression d'emplois ont été annoncée chez British Airways.

Le groupe entend globalement réduire les coûts et la taille de ses différentes compagnies aériennes. Il espère en outre réussir à rediscuter les termes de l'acquisition prévue du transporteur espagnol Air Europa, annoncée pour un milliard d'euros fin 2019.

Pour renforcer ses finances, IAG compte réaliser une augmentation de capital de 2,75 milliards d'euros, que les actionnaires devront encore approuver début septembre. Son principale actionnaire, Qatar Airways, détenteur de 25,1% du capital, s'est déjà engagé à participer à l'opération, a précisé le groupe.

Air France-KLM — 4,4 Mds€ de pertes semestrielles et un plan de sauvetage supérieur à 10 Mds€

Alan Wilson/ Wikimedia Commons

Le nombre de passagers du groupe Air France-KLM s'est effondré de 61,7% au premier semestre, et de 95,6% rien qu'au deuxième trimestre. Résultat, le chiffre d'affaires du groupe a chuté de plus de 52% et le transporteur franco-néerlandais a enregistré une perte nette de 4,41 milliards d'euros sur les six premiers mois de l'année. Cette perte intègre notamment une dépréciation d'actifs de 520 millions d'euros liée à la décision de mettre un terme prématuré à l'emploi des très gros porteurs Airbus A380.

"Les résultats du deuxième trimestre traduisent l'impact sans précédent de la crise du Covid-19", a déclaré le directeur général Benjamin Smith, dans un communiqué. Air France-KLM précise toutefois disposer de 14,2 milliards d'euros "de liquidités ou de lignes de crédit pour faire face à la crise et restructurer son activité". L'entreprise franco-néerlandaise a bénéficié d'un prêt garanti par l'État français de 4 milliards d'euros, ainsi que d'un prêt direct de Bercy de 3 milliards. Les Pays-Bas ont de leur côté injecté 3,4 milliards d'euros.

Air France comme KLM ont par ailleurs annoncé des milliers de suppressions d'emplois. Les pilotes de la compagnie aérienne Air France et de sa filiale à bas coûts Transavia ont aussi vu leurs rémunérations nettement diminuer depuis avril, des "efforts rendus nécessaires" par la crise du Covid-19, a consenti le syndicat national des pilotes de ligne (SNPL). La dette de l'ensemble du groupe atteint désormais près de 8 milliards d'euros.

À lire aussi — Renault, Air France... Voici les groupes français affichant les plus grosses pertes au premier semestre

Découvrir plus d'articles sur :