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Airbus compte supprimer 5 000 emplois en France, un chiffre 'excessif' pour Bercy

Airbus compte supprimer 5 000 emplois en France, un chiffre 'excessif' pour Bercy
L'Airbus A380, un très gros porteur boudé par de plus en plus de compagnies, dont Air France-KLM. © dlugo_svk/ Pixabay

Le secteur aéronautique est l'un des plus durement touché par la crise sanitaire et les fermetures de frontières. En réponse à l'effondrement du trafic aérien, Airbus a annoncé mardi 30 juin son intention de supprimer 15 000 postes dans le monde pour adapter ses effectifs et redimensionner son activité dans l'aviation commerciale. Dans le détail, le groupe européen compte procéder à 5 000 suppressions de postes en France, 5 100 en Allemagne, 900 en Espagne, 1 700 au Royaume-Uni et 1 300 ailleurs dans le monde, précise-t-il dans un communiqué. Airbus emploie environ 135 000 personnes au total.

Le constructeur aéronautique a réduit de plus d'un tiers ses cadences de production en avril, pour faire à la chute de près de 40% de l'activité dans l'aviation commerciale au cours des derniers mois. "Airbus est confronté à la crise la plus que le secteur ait jamais connue", a déclaré son président Guillaume Faury, dans ce même communiqué. "Nous attendons d'Airbus qu'il utilise pleinement les instruments mis en place par le gouvernement pour réduire le nombre de suppressions d'emplois", a de son côté réagi Bercy, dans une déclaration transmise à l'AFP.

"Le secteur de l'aéronautique fait face à un choc massif, brutal et durable. Il est fort probable que la reprise sera progressive. Nous ne l'avons jamais caché. Nous l'avons même anticipé avec la mise en œuvre d'un plan de 15 milliards d'euros pour soutenir le secteur", estime le ministère de l'Economie et des Finances. "Néanmoins, le chiffre de suppressions d'emplois annoncé par Airbus est excessif", assure-t-il.

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Les syndicats opposés à tout 'licenciement contraint'

Réagissant à l'annonce du groupe, le maire LR de Toulouse Jean-Luc Moudenc et la présidente PS de la région Occitanie Carole Delga ont assuré qu'ils se "battront" pour la sauvegarde de ce secteur industriel. "Je suis et resterai attentive à la situation de la filière aéronautique qui représente 40% de l'emploi industriel en région", a déclaré Carole Delga, annonçant qu'elle présentera vendredi un "plan de relance régional pour la filière aéronautique et spatial, d'un montant de près de 100 millions d'euros".

Les syndicats d'Airbus ont quant à eux affirmé mardi leur opposition à tout "licenciement contraint" et appelé à des négociations face à une crise jugée "conjoncturelle". Le plan de restructuration, présenté mardi après-midi en comité européen, est "d'envergure" avec des chiffres "extrêmement lourds" de suppressions de postes, a réagi Dominique Delbouis, coordinateur FO du groupe Airbus, dans un point de presse devant le siège. "Pour FO, la ligne rouge est de diminuer ce chiffre qui nous paraît excessif, et de mettre en place toutes les mesures possibles pour ne pas avoir à déplorer le moindre licenciement contraint", a-t-il ajouté.

"Pour être en mesure de redémarrer vite et fort, il faut garder tous les salariés dans l'entreprise", a affirmé le délégué FO, Jean-François Knepper, appelant Airbus à faire preuve de "responsabilité sociale" au vu notamment du soutien apporté par l'Etat à la filière. "Nous allons négocier, et si cela ne suffit pas, on verra", a-t-il ajouté, excluant dans l'immédiat un appel à la grève. "On veut les emmener à la table des négociations pour trouver des solutions sur l'emploi, sur les départs anticipés, sur le chômage partiel de longue durée".

'Pari dangereux et irréversible'

Pour lui, comme "cette crise est conjoncturelle, (...) Airbus a suffisamment de ressources pour rebondir une fois la crise sanitaire passée. Et Airbus a d'autant plus de chances de rebondir qu'il est seul au monde, Boeing étant au tapis et les Chinois pas encore sur le marché". Ces négociations vont durer quatre mois, à partir de début juillet, a-t-il précisé.

"Aucun départ contraint de salariés du groupe ne pourra être envisagé", a également réagi la CFE-CGC, deuxième syndicat du groupe, dans un communiqué. La direction "recourt trop vite à la solution radicale d'un plan social massif" alors que "la perte des emplois et des compétences est un risque lourd pour Airbus, qui prend le pari dangereux et irréversible de ne pas pouvoir répondre au besoin quand la situation du marché se rétablira. Car elle se rétablira", ajoute le syndicat.

Comme FO, il demande à la direction "d'ouvrir immédiatement des négociations" pour trouver des solutions, notamment via la mise en place de "l'activité partielle de longue durée", la relocalisation d'activités, et "des mesures d'accompagnement du type mesures d'âge". "Les aides publiques ne sont pas là pour financer des licenciements", relève aussi la CFE-CGC.

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