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Alstom, Engie, BNP Paribas... Ces entreprises sortiraient du CAC 40 si elles devaient payer leur facture carbone

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Alstom, Engie, BNP Paribas... Ces entreprises sortiraient du CAC 40 si elles devaient payer leur facture carbone
Si Engie investit beaucoup dans l'énergie renouvelable, le groupe conserve des activités très émettrices de CO2, dans le gaz notamment. © /Flickr

Et si maintenant, tout de suite, les entreprises devaient s'acquitter de leur facture carbone, quelles en seraient les conséquences sur leur rentabilité? C'est le calcul que le cabinet Axylia, spécialisé dans la finance responsable, a voulu faire en établissant un "Indice Vérité 40", en miroir du CAC 40 ne considérant que la performance financière des entreprises. Résultat, la moitié des entreprises de l'indice phare de la Bourse de Paris seraient dans le rouge. Elles afficheraient une perte, leur résultat d'exploitation (Ebitda), qui détermine leur niveau de rentabilité, ne suffirait pas à couvrir le coût de leurs émissions de dioxyde de carbone (CO2).

Pour parvenir à effectuer ce calcul, "nous avons converti les tonnes de CO2 émises en euros", explique Vincent Auriac, le président d'Axylia. Et le cabinet de fixer le prix de la tonne de carbone à 108 euros, sur la base des recommandations du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) pour limiter la hausse des températures à 1,75 degré Celsius d'ici 2050. Pour déterminer les émissions carbones de chaque société, Axylia est allé plus loin que beaucoup de fonds de placements labellisés ISR (investissement socialement responsable), mis en avant notamment dans le cadre de la commercialisation des contrats d'assurance vie auprès des particuliers.

Toutes les émissions indirectes comptabilisées

Ces fonds prennent en compte les émissions de gaz à effet de serre (GES) directes (scope 1) et indirectes liées aux consommations d’énergie nécessaires à la fabrication d'un produit (scope 2). En revanche, il laisse parfois de côté les émissions indirectes liées à l'ensemble du cycle de vie du produit (scope 3) et incluant l'extraction des matériaux achetés pour le réaliser, mais aussi les émissions liées au transport des salariés et à l'utilisation du produit par les clients. Pourtant, c'est de loin la part la plus importante des émissions d'une entreprise qu'Axylia a décidé de prendre aussi en considération.

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"Pour une voiture (thermique, ndlr), le CO2 émis par l'entreprise provient à 20% de sa fabrication et à 80% de son usage", illustre Vincent Auriac. En intégrant les émissions indirectes comprises dans le scope 3, 25% des groupes du CAC 40 se trouvent directement exclus de l'indice "Vérité 40", car elles ne communiquent tout simplement pas ces données. C'est le cas notamment des banques — BNP Paribas, Société Générale et Crédit Agricole — qui financent des activités polluantes sans être transparentes sur les émissions de CO2 que ces activités génèrent.

Ces mêmes banques font pourtant partie du tout nouvel indice "CAC 40 ESG" lancé le 22 mars par Euronext, le gestionnaire de la Bourse de Paris. Cet indice, censé notamment répondre à la demande croissante des particuliers pour investir dans la finance durable, ne comptabilise pas les émissions indirectes (scope 3) des entreprises. Et les émissions prises en compte (scope 1 et 2) sont noyées dans la masse des 38 critères retenus par le "CAC 40 ESG".

Des factures trop lourdes à payer

Axylia a de son côté choisi de se concentrer uniquement sur le climat, "la mère de toutes les batailles aujourd'hui", estime Vincent Auriac, quand l'ESG revendique l'intégration du social (S) et de la gouvernance (G) en plus de l'environnement (E). Au sein de l'indice "Vérité 40", le classement des grandes entreprises est totalement chamboulé.

Le pétrolier Total, l'une des plus grosses capitalisations boursières de la place de Paris, est par exemple exclu de l'indice, son résultat d'exploitation ne parvenant pas à couvrir sa facture carbone. Il passerait ainsi d'un bénéfice de 26,4 milliards d'euros à une perte de 34,1 milliards, selon les calculs du cabinet à partir des données de l'année 2019. Le constructeur automobile Renault verrait quant à lui son bénéfice d'exploitation de 5,1 milliards converti en une perte de 5,8 milliards d'euros.

Même Alstom, qui s'est lancé dans les trains à hydrogène, tomberait dans le rouge, la construction et la consommation des trains actuels demeurant très énergivores, notamment dans les pays où l'électricité n'est pas d'origine nucléaire mais provient de centrales à charbon. Au total, 25% des entreprises du CAC 40 passeraient d'un résultat d'exploitation positif à négatif.

Les efforts et promesses des entreprises non considérés

Et la moitié pourrait payer leur facture carbone tout en restant dans le vert. C'est le cas de sociétés florissantes comme LVMH, L'Oréal ou Sanofi. Contrairement à d'autres indices, qui pondèrent la notation des entreprises en fonction de différents critères, Axylia établit l'indice "Vérité 40" en n'effectuant qu'une simple soustraction (résultat d'exploitation — empreinte carbone totale). Pour le moment, le cabinet ne comptabilise pas les efforts des entreprises, qui peuvent parfois rester à l'état de promesses ou prendre bien plus de temps qu'annoncé dans leur mise en oeuvre. Seules les émissions à "l'instant t" sont retenues.

Dans ce cadre, voici les 21 entreprises du CAC 40 qui se trouvent éjectées de son indice "Vérité 40".

  • Airbus
  • Alstom
  • ArcelorMittal
  • Axa
  • BNP Paribas
  • Capgemini
  • Carrefour
  • Crédit Agricole
  • Engie
  • Hermès
  • Legrand
  • Michelin
  • Publicis
  • Renault
  • Saint-Gobain
  • Schneider Electric
  • Société Générale
  • Stellantis (né de la fusion de PSA et Fiat Chrysler)
  • Thales
  • Total
  • Veolia Environnement

Pour établir son nouvel indice des 40 groupes les plus performants, le cabinet a remplacé ces multinationales par d'autres sociétés parmi les 120 plus grandes cotées à la Bourse de Paris, dont les bénéfices peuvent couvrir sans difficulté leur facture carbone. Si cet indice avantage les entreprises avec un résultat d'exploitation élevé, il a le mérite d'ajouter sans concessions le climat à la finance.

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