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Amazon vient d'obtenir l'autorisation pour lancer 3 236 satellites Internet et concurrencer ainsi SpaceX

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Amazon vient d'obtenir l'autorisation pour lancer 3 236 satellites Internet et concurrencer ainsi SpaceX
Elon Musk (avec SpaceX) et Jeff Bezos (avec Amazon) sont en compétition pour lancer d'énormes flottes de satellites transmettant des signaux pour Internet. © Samantha Lee/Business Insider

Fondé par Jeff Bezos en 1995, Amazon vient de remporter une grande victoire en obtenant l'autorisation de créer Kuiper, une constellation de 3 236 satellites en orbite pour diffuser Internet. Si ce projet venait à se réaliser, Kuiper entrerait en concurrence avec Starlink, une flotte similaire (mais néanmoins potentiellement beaucoup plus importante) de 12 000 à 42 000 satellites. Cette flotte est constituée par SpaceX, la société aérospatiale fondée par Elon Musk, et compte plusieurs fois le nombre de vaisseaux spatiaux que l'humanité a jamais lancés.

Ce mercredi 29 juillet, les cinq commissaires de la FCC (Commission fédérale des communications américaines) ont voté à l'unanimité pour permettre à Amazon de lancer sa flotte Kuiper dans l'espace et de communiquer avec des antennes terrestres, donnant ainsi au projet les documents nécessaires pour démarrer.

"Nous concluons qu'accéder à la demande de Kuiper servirait l'intérêt public en autorisant un système conçu pour accroître la disponibilité du service à haut débit pour les consommateurs, le gouvernement et les entreprises", a écrit la FCC dans son ordonnance, publiée le 30 juillet. Dans une annonce faite ultérieurement, Amazon s'est engagée à investir "plus de 10 milliards de dollars" dans son effort pour fournir "un service à large bande fiable et abordable aux communautés non desservies et mal desservies dans le monde entier". "Un projet de cette envergure nécessite des efforts et des ressources considérables et, en raison de la nature des constellations [d'orbite terrestre basse], ce n'est pas le genre d'initiative qui peut démarrer à petite échelle. Il faut s'engager", a déclaré Amazon.

En mai 2018, Gwynne Shotwell, le directeur de l'exploitation de SpaceX, avait estimé que c'est précisément cette somme qui était nécessaire pour achever le projet Starlink.

Une concurrence acharnée pour dominer l'internet spatial

Dans ses descriptions de Starlink aux journalistes en mai 2019, Elon Musk affirmait que SpaceX tentait de s'emparer d'à peine 1 à 3 % d'un marché mondial des télécommunications qui représente environ 1 000 milliards de dollars par an. Il a également déclaré que le projet pourrait rapporter à SpaceX entre 30 et 50 milliards de dollars par an, soit environ dix fois plus que ce qu'il faut pour lancer des fusées, ce a incité certains analystes à évaluer la société à plus de 100 milliards de dollars.

Le même accès au marché et la même captation sont sans doute applicables à Amazon. Cela a provoqué de vives batailles en matière de réglementation avec SpaceX et d'autres entreprises. Une tension entre les deux entreprises, qui avait fini par pousser Elon Musk à traiter Jeff Bezos d'imitateur. Cependant, avec la croissance des activités de divertissement numériques très lucratives d'Amazon, la mise en place d'un accès Internet haut débit abordable dans les zones peuplées et reculées devrait permettre à l'entreprise d'élargir sa clientèle et d'améliorer ses résultats.

Comme son prédécesseur SpaceX, Amazon a d'abord dû passer par la FCC

Le régulateur fédéral est chargé de diviser le spectre des fréquences sans fil et d'attribuer l'autorisation d'utiliser certaines fréquences à des fins spécifiques. Dans le cas de Kuiper, Starlink, OneWeb et d'autres prestataires envisagés, il s'agit de faire la navette entre l'espace et l'Amérique (et d'autres parties du monde) pour transmettre des données web à haut débit et à faible décalage. Amazon a demandé l'autorisation de la FCC en 2019, engageant la société dans une concurrence acharnée avec des opérateurs similaires.

Aujourd'hui, avec l'autorisation de la FCC, Amazon peut lancer ses satellites. Ces derniers feront le tour de la planète à des altitudes allant d'environ 590 kilomètres à 630 kilomètres, une région appelée orbite terrestre basse (LEO) ou même très basse (VLEO). De telles distances sont plus de 50 fois plus proches que les satellites géostationnaires traditionnels de l'internet, ce qui leur permet de transporter des données da manière semblable aux fibres optiques.

L'ordonnance de la FCC stipule qu'Amazon projette de procéder au lancement de Kuiper en cinq phases et que son service Internet, qui n'existe pas encore, est censé être mis en ligne après la mise en service de 578 satellites. On ne sait pas encore quelle sera la taille de ces satellites, à quoi ils ressembleront et quelle(s) fusée(s) les lancera(ont) en orbite. Mais Jeff Bezos a fondé en 2000 une société aérospatiale appelée Blue Origin qui travaille — comme l'a fait avec succès SpaceX — au développement de fusées réutilisables. La prochaine fusée de Blue Origin, appelée New Glenn, pourrait permettre de déployer des dizaines ou des centaines de satellites à la fois.

Une illustration de 'New Glenn', la fusée réutilisable de Blue Origin, lancée vers l'espace.  Blue Origin

SpaceX, pour sa part, semble avoir plusieurs années d'avance sur Amazon, ayant déjà déployé plus de 500 satellites Starlink, construit des terminaux d'utilisateurs et des stations terrestres, et même lancé une version bêta privée qui pourrait déboucher sur le premier service public plus tard dans l'année.

La décision de la FCC n'a pas accordé à Amazon tout ce qu'elle souhaitait, mais la société a néanmoins souligné son importance en annonçant un investissement massif dans le projet.

"Nous avons entendu tant d'histoires ces derniers temps sur des gens qui ne peuvent pas faire leur travail ou leurs devoirs parce qu'ils n'ont pas d'internet fiable à la maison", a expliqué Dave Limp, vice-président senior d'Amazon qui a précédemment développé son produit Kindle et supervise maintenant Kuiper. "Il y a encore trop d'endroits où l'accès au haut débit n'est pas fiable ou n'existe pas du tout. Kuiper va changer cela. Notre investissement de 10 milliards de dollars créera des emplois et des infrastructures dans l'ensemble des États-Unis qui nous aideront à combler ce fossé."

Outre ses objectifs de fournir l'internet aux particuliers, aux écoles, aux entreprises, aux services d'urgence et aux établissements médicaux, Amazon a déclaré qu'elle prévoyait également de "fournir des solutions de raccordement pour les opérateurs sans fil en étendant les services LTE et 5G à de nouvelles régions" afin d'apporter internet aux zones difficiles à atteindre par d'autres moyens. À la fin de l'année dernière, Amazon a dévoilé son projet d'ouvrir une usine géante pour développer, tester et construire des satellites Kuiper à Redmond, dans l'État de Washington.

Mais le temps presse pour qu'Amazon exécute ce projet. La FCC exige que 50% de ses satellites soient opérationnels d'ici le 30 juillet 2026, et que le reste de sa flotte soit lancé avant le 30 juillet 2029, sinon la société pourrait perdre son autorisation d'exploiter le réseau.

La décision du gouvernement n'a abordé qu'indirectement la menace et l'impact croissant des flottes de satellites volant à basse altitude sur l'astronomie, et en particulier sur les radioastronomes. Dans sa décision, la FCC a noté qu'éviter de telles perturbations n'est "pas une condition" à son autorisation, mais qu'Amazon "devrait être conscient de ces faits" et travailler avec la Fondation nationale des sciences pour atténuer les problèmes.

Version originale : Dave Mosher / Business Insider US. Traduit de l'anglais par Mégan Bourdon.

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