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André et Orchestra pourraient être les deux premières enseignes à faire faillite


Magasin André au centre commercial Ulis 2, dans l'Essonne, en juin 2017. © Lionel Allorge/ Wikimedia Commons

Les mesures de confinement pour endiguer la pandémie de Covid-19 affectent en profondeur l'activité de nombreuses entreprises. Parmi elles, deux enseignes de l'univers de l'habillement sont en grande souffrance et risquent la faillite. L'enseigne de chaussures André, plus que centenaire, a été placée en redressement judiciaire après avoir dû fermer tous ses magasins et perdu près de 4 millions d'euros en quinze jours. Le groupe Orchestra-Prémaman, spécialisé dans le prêt-à-porter enfantin et les articles de puériculture, se dirige lui aussi vers un redressement judiciaire, selon un communiqué de l'entreprise publié le 1er avril.

Sous procédure de sauvegarde depuis septembre, et à ce titre sous le contrôle d'administrateurs judiciaires, Orchestra-Prémaman envisage de "solliciter la conversion à court terme de sa procédure de sauvegarde en une procédure de redressement judiciaire, afin de protéger son activité", précise ce communiqué. Dès le 31 mars, dans un mail aux salariés, le PDG de l'entreprise, Pierre Mestre, avait évoqué cette évolution vers un redressement judiciaire, après un CSE (instance représentative du personnel) extraordinaire de l'entreprise à son siège de Saint-Aunès, dans l'Hérault. Il avait alors précisé que le groupe allait lancer "très prochainement un processus d'appel d'offres pour la reprise de l'activité et des actifs d'Orchestra-Prémaman SA".

Un nouveau CSE se tiendra lundi 6 avril pour que les instances représentatives du personnel formulent leur avis sur ce projet. "Cette évolution procédurale de la situation d'Orchestra est principalement liée aux conséquences financières de la fermeture totale de notre réseau mondial depuis maintenant une quinzaine de jours, à cause (...) du virus Covid 19 et de la mise en confinement des populations", a indiqué Pierre Mestre. Créée en 1995, Orchestra emploie 2 900 salariés dans le monde.

Gilets jaunes, grèves et coronavirus

L'enseigne André, rachetée il y a dix-huit mois par le site de vente en ligne Spartoo, a de son côté dégagé en 2019 un chiffre d'affaires de 100 millions d'euros, mais également essuyé 10 millions de pertes. Quelque 600 salariés ont désormais leur emploi menacé. L'entreprise a déposé son bilan le 23 mars et la décision de placement en redressement judiciaire a été validée mardi par le tribunal de commerce de Grenoble, où se trouve le siège de Spartoo, a affirmé mercredi le PDG du groupe Boris Saragaglia.

"Nous perdons 250 000 euros par jour de chiffre d'affaires" depuis la décision gouvernementale de fermer les commerces "non essentiels", a expliqué le patron. Depuis le rachat de l'enseigne par Spartoo, "on a subi les gilets jaunes", avec un trafic en baisse de 20 à 25%, "puis, en pleine période de soldes en janvier, les grèves liées à la réforme des retraites", et maintenant la pandémie de Covid-19, a souligné le PDG.

L'entreprise a "anticipé" les problèmes liés au coronavirus dès la fin février en s'engageant dans une procédure de conciliation "pour essayer de trouver un peu d'air", a-t-il ajouté, "malheureusement la fermeture nette et franche [des points de vente] a précipité" la chute d'André, créé en 1896.

André est aussi victime de la mode

En janvier 2018, quand la vente d'André avait été annoncée, Spartoo, fondé en 2006, s'était engagé à reprendre tous les magasins, sauf un à Paris, ainsi que l'ensemble du personnel, et à maintenir l'enseigne dont les boutiques devaient servir de point de "click and collect" pour les clients du site de vente en ligne. Son objectif était d'exploiter "pleinement le potentiel d'André pour créer le seul groupe de distribution de taille significative avec un chiffre d'affaires réparti à égalité entre son réseau de magasins physiques et son activité internet".

Las, la distribution a dû faire face à de multiples crises depuis plusieurs mois : outre les différents mouvements sociaux, le secteur a subi une baisse drastique de la consommation de vêtements et de chaussures neufs, une tendance nette des consommateurs à se tourner vers le marché de l'occasion ainsi que la mode des baskets ou "sneakers". Depuis juillet 2018, Boris Saragaglia a expliqué avoir "investi 13 millions d'euros dans André, baissé les prix, travaillé la gamme en remettant le style et la qualité au cœur des priorités, et rénové des magasins". Mais en vain.

"On était pourtant revenu en positif" début 2020, alors "j'ai essayé de sauver André" la semaine dernière "et je suis allé voir la BPI" (Banque publique d'investissement) pour lui demander un prêt de 12 millions d'euros, a raconté le PDG. Mais "elle a refusé" de soutenir l'enseigne, "sans donner d'argument", a-t-il assuré.

600 suppressions de postes prévues chez Orchestra avant le confinement

Orchestra-Prémaman connaissait également déjà des difficultés. Le 17 février, un mois avant le début du confinement en France, l'enseigne avait annoncé la suppression de 600 postes, soit 20% de ses effectifs. Au total, 125 fermetures de magasins auraient été programmées, sur un parc de 534 points de vente.

Interrogé par l'AFP, un représentant du personnel a concédé que Pierre Mestre avait "réussi une belle entreprise", tout en pointant des erreurs. "Quand l'entreprise réalisait 600 millions d'euros de chiffre d'affaires, il a visé le milliard, alors qu'il fallait plutôt consolider les positions", estime-t-il, ajoutant que "le revers de l'acquisition de l'Américain Destination Maternity a fait mal". L'autre erreur stratégique, toujours selon ce représentant du personnel, serait "un manque d'investissement dans le e-commerce".

Sur les neuf premiers mois de l'exercice en cours, le chiffre d'affaires de l'entreprise s'est élevé à 436,8 millions d'euros, en très légère hausse (+0,7 %) par rapport à la même période de l'année précédente.

Business Insider (avec AFP)
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