Il y a 3 raisons qui expliquent que le groupe aérospatial ArianeGroup devrait supprimer 2300 postes en 5 ans

Coiffe de la fusée Ariane 5. ESA-Manuel Pedoussaut

ArianeGroup devrait réduire d'un quart ses effectifs d'ici 2023, en supprimant 2300 postes "équivalents à temps plein" sur environ 9000, rapportent Les Echos lundi 12 novembre 2018. 

La suppression de postes concernerait à la fois les effectifs du groupe codétenu par Airbus et Safran et ceux de ses sous-traitants et se ferait sans départ contraint, selon les informations données aux représentants du personnel. Cela signifie que les embauches seraient gelées et les départs non remplacés.

Cette annonce peut paraître surprenante au vu des 1500 embauches effectuées depuis 2014, date à laquelle les activités spatiales d'Airbus et de Safran ont été regroupées. 

Mais le fabricant des lanceurs européens est actuellement en difficulté, et ce pour plusieurs raisons:

  • peu de commandes pour le lanceur Ariane 6, qui devrait prendre le relais de l'Ariane 5 dès 2020. Seulement cinq tirs de prévu, dont trois commandes institutionnelles, alors que "pour parvenir à l'objectif d'une cadence stable de 11 tirs d'Ariane par an, nous avons besoin d'une base de cinq lancements institutionnels par an", a récemment déclaré aux Echos Stéphane Israël, président d'Arianespace.
  • une filière spatiale divisée et un processus décisionnel complexe. Plusieurs experts du secteur dont Nicolas Bouzou, économiste et directeur du cabinet de conseil Asterès, estiment par exemple que les startups européennes ne sont pas assez intégrées dans la stratégie européenne de conquête spatiale. Pour la CFE-CGC, principal syndicat chez ArianeGroup, "l'efficacité opérationnelle d'Arianegroup est loin d'être satisfaisante: notre complexité organisationnelle et nos façons de faire sont un frein."
  • la concurrence accrue d'autres acteurs du secteur comme SpaceX. Pour s'aligner avec les prix de SpaceX, Arianespace vend son lanceur Ariane 5 à perte. Selon les sources interrogées par La Tribune, en temps normal, l'entreprise aérospatiale européenne devrait vendre un lancement double sur Ariane 5 à 130 millions de dollars comme en 2017 afin d'être à l'équilibre. Mais en 2018, elle est abaissée le prix d'un vol à 110 millions de dollars, à cause de SpaceX qui vend chaque lancement à 60 millions de dollars.

Selon la CFE-CGC, ce futur plan de suppressions de postes ne fera qu'appauvrir "la capacité technique" d'ArianeGroup et "nous affaiblira encore plus face à la concurrence". 

Dans une lettre ouverte adressée à Angela Merkel et à Emmanuel Macron, Tom Enders, président exécutif d'Airbus, avait par ailleurs tiré la sonnette d'alarme en appellant l'Europe à ne pas rater la nouvelle "ruée vers l'or spatial", tout en accusant l'Agence spatiale européenne (ESA) et les agences spatiales nationales d'être dépassées par le New Space: 

Il avait notamment affirmé:

"L'humanité a l'opportunité de découvrir de nouveaux continents dans l'espace, l'Europe va-t-elle se contenter de regarder les autres comme il y a cinquante ans, lors des premiers pas de l'homme sur la Lune?"

Fin septembre dernier, la fusée Ariane 5 a fêté son 100e lancement depuis le début de sa mise en services il y a 22 ans et c'est quelques semaines après cet anniversaire que la direction a annonce ce plan de suppression de postes, précisent Les Echos.

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