Exit la "malbouffe", depuis quelques années, de plus en plus de consommateurs sélectionnent avec soin les produits qu'ils mettent dans leur assiette. La tendance est au bio, au naturel, aux circuits courts, aux produits plus respectueux de l'environnement et de notre santé. En parallèle, les industriels rivalisent d'ingéniosité marketing, inscrivant sur les emballages des promesses santé parfois très douteuses. Toutes ne sont pas mensongères, mais l'association militante Foodwatch alerte sur un certain nombre d'arnaques alimentaires qu'elle a constaté. 

"Détox, anticancer, énergie, minceur, bonne nuit, anticholestérol… Toutes les promesses santé ne sont pas bonnes à avaler", prévient Foodwatch qui a présenté ce jeudi 21 mars — dans le cadre de sa campagne "Arnaque sur l'étiquette" — les résultats d'une enquête menée sur une vingtaine de produits qui promettent de "soi-disant vertus pour la santé". Or, "celles-ci reposent pour la plupart sur... du vent", écrit l'organisation qui dénonce "une bonne dose d'aberration politique" et une façon pour les industriels de réaliser "des profits juteux".

"Entre les milliers d'allégations santé bloquées au niveau de la Commission européenne qui tarde à les valider, les promesses en l'air du marketing et autres arnaques sur l'étiquette, les fabricants peuvent allègrement gonfler leur chiffre d’affaires en vendant du rêve", indiquent les auteurs de l'étude.

Eléphant, Lipton, La Tisanière, Tropicana, Innocent, Ricola, Fitness, Gerblé, Fruit d'Or..., font partie des marques dans le viseur de Foodwatch qui les accuse d'affubler leurs produits de mentions qui "appâtent le chaland".  

"Les industriels de l'agroalimentaire n'ont aucune limite… si les autorités ne leur en posent pas", explique Foodwatch, et les institutions ne semblent pas pressées d'en mettre.

"La Commission européenne doit fixer des règles claires en commençant par passer en revue les plus de 2 000 allégations santé qu'elle a mis en attente en 2012 et qui peuvent depuis, être tout de même utilisées", rappelle Mégane Ghorbani, responsable des campagnes chez Foodwatch France, qui estime que les consommateurs "ont le droit de savoir si les promesses faites sur les emballages sont fiables ou pas." 

L'organisme dénonce cette situation. Il demande un renforcement des règles et réclame aux fabricants et distributeurs "plus de transparence et d'honnêteté".

Voici cinq exemples d'arnaques identifiées par Foodwatch :

1. Des allégations douteuses

Capture d'écran du produit tisane "Detox, pas d'Intox" de la marque Eléphant sur le site e-commerce de Carrefour. Carrefour.fr

Ces mentions n'ont jamais été validées par les autorités, affirme Foodwatch qui révèle que ces promesses sont finalement plus proches de l'intox. 

Ainsi l'infusion "Détox, pas d'intox, reine des pré, menthe poivrée, cassis" de la marque Eléphant a été repérée par l'association. La Reine-des-prés (une plante herbacée) possèderait des propriétés de drainage et d'élimination. Mais cette allégation (n°3762) figure parmi la liste en attente de validation par la Commission européenne, sachant que de son côté, l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) avait remis en 2010 un avis négatif. Une situation ubuesque telle que Foodwatch a même lancé une pétition contre cette tisane. 

Dans la même catégorie de produits, Foodwatch épingle aussi : le thé vert - Romarin Verveine "Ligne" de Lipton, l'infusion "Bien-être du foie" de Jardin Bio, l'infusion drainage et élimination pamplemousse de La Tisanière ou encore le "thé minceur" de Celliflore.

2. Des effets seulement si le produit est consommé en grande quantité

Capture d'écran de la margarine Tartine et cuisson, Oméga 3 d'Auchan sur le site d'Auchan. Auchandrive.fr

A l'instar des margarines à base de stérols ou riches en oméga 3 — comme la matière grasse tartine et cuisson Auchan — certains produits affichent des promesses santé qui en cas de consommation "normale" n'ont en réalité pas d'effet. Dans le cas du produit d'Auchan, il faudrait en effet "consommer au moins six tartines par jour pour prétendre maintenir son taux de cholestérol", selon les calculs de Foodwatch.

C'est le cas également du "Proactiv expert" de Fruit d'Or (plus de quatre tartines) ou encore la matière grasse Oméga 3 tartine et cuisson Bouton d'Or d'Intermarché (plus de six tartines). 

3. Des produits trop sucrés

Capture d'écran des céréales Fitness énergie nutritive chocolat au lait de Nestlé sur le site e-commerce de Carrefour. Carrefour.fr

D'autres allégations santé, telles que 'antioxydant', 'vitalité' ou 'énergie', sont mises en avant sur des produits par ailleurs beaucoup trop sucrés, affichant un nutriscore D (sur une échelle qui va jusqu'à E), détaille encore Foodwatch. Ainsi : les céréales "Fitness Energie nutritive", au chocolat au lait de Nestlé, contiennent 20 grammes de sucre par 100 grammes de produit.

Le "Super smoothie energise" de la marque Innocent est quant à lui presque aussi sucré qu'un Coca-Cola, les biscuits "Choco magnésium, Vitalité magnésium vitamine B6" de Gerblé affichent pour leur part pas moins de 32 grammes de sucre par 100 grammes de produit. Enfin le jus Tropicana Essentiels "Antioxydant" dépasse 11 grammes de sucre pour 100 millilitres.

4. Des produits aux noms ronronnants ne sont parfois que pur marketing

Capture d'écran d'Infuselle Bonne Nuit de Ricola sur le site e-commerce de Carrefour.fr.Carrefour.fr

Plusieurs marques ont reconnu que certaines allégations n'étaient que des mentions marketing. "Infuselle Bonne nuit" de Ricola en fait partie. La marque a avoué à Foodwatch que "Bonne nuit" n'est pas une affirmation santé, mais se réfère au moment où l'on consomme le produit. 

Idem avec l'infusion "Hydrathé" de la marque Infuz qui laisse entendre que le produit est idéal pour s'hydrater. L'association épingle également l'infusion "Joie de vivre" de Yogi tea qui ne repose sur aucun fondement scientifique et le thé "BB Detox" de Kusmi Tea, la marque affirmant "choisir de ne pas faire d'allégation santé sur ses produits".

5. Des promesses de guérir le cancer, complètement illégales

Paquet de Feuilles de Graviola Corossol vendu sur le site biologiquement.com. Image Foodwatch.

Outre les allégations au doigt mouillé, certaines marques vont encore plus loin. "C'est le cas du site biologiquement.com qui vend littéralement une quarantaine de produits comme étant 'anticancer' : des feuilles de graviola corossol, de l'extrait de feuilles de thé vert, des myrtilles en gélules, des mûres blanches bio séchées, etc.", relève Foodwatch qui vient d'ailleurs de porter plainte contre ce site.

Contactée par Business Insider France, l'ANIA, l'Association nationale des industries agro-alimentaires nous a indiqué qu'aucun porte-parole n'était disponible ce 21 mars pour évoquer cette enquête de Foodwatch. 

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