Le plus grand ennemi des banques sont les banques elles-mêmes — voici comment elles doivent s'adapter pour rester dans la course face aux fintech et aux GAFA

REUTERS/Vasily Fedosenko

Le secteur bancaire est investi par un nombre croissant d'acteurs, entre les fintech, les banques en ligne qui se multiplient et les services proposés par des géants de la tech comme les GAFA ou les mastodontes chinois Tencent et Alibaba.

Pour faire face à cette concurrence, de plus en plus pressante, les banques doivent devenir "des entreprises technologiques", selon Svetlana Baranov, auteure du livre "Bankless Banking: de nouvelles fondations pour la banque", sorti en novembre 2018.

Sinon, "ce sera compliqué pour elles de survivre", prévient l'ancienne consultante chez OCTO Technology, un cabinet de conseil IT.

Une prémonition qu'avait déjà faite le fondateur de Microsoft, Bill Gates, dès 1994: "Les services bancaires sont nécessaires. Pas les banques" ("Banking is necessary. Banks are not"), disait-il alors.

Mais alors, comment procéder ? En recourant à l'"open banking", assure Svetlana Baranov. Autrement dit, les établissements bancaires doivent s'ouvrir à d'autres acteurs, y compris de potentiels concurrents comme les fintech et les Gafa, via les API (application programming interface).

Sans s'en rendre compte, les internautes utilisent régulièrement des API, quand un site propose de s'authentifier via Facebook, par exemple, ou lorsqu'ils paient avec PayPal, le site d'e-commerce utilise alors une API mis à disposition par le service de paiement en ligne américain.

Voici les principaux avantages que les établissement bancaires pourraient tirer des API, selon Svetlana Baranov :

  • Elles permettent à la banque d'être au centre de l'écosystème ;
  • de se rapprocher du client, en lui suggérant des services complémentaires adaptés à ses besoins, comme des offres d'appartements à côté d'un crédit ;
  • de toucher de nouveaux canaux, ce qui peut augmenter le trafic et apporter du chiffre d'affaires ;
  • de mieux maîtriser les coûts et déporter le risque à l'innovation sur les autres acteurs ;
  • de récupérer de la donnée sur les clients.

TransferWise, spécialisé à l'origine dans les transferts d'argent à l'international, a par exemple su se placer au coeur de l'écosystème, avec de nombreux acteurs passant par ses services, comme la néo-banque N26 et le groupe bancaire BPCE, sans que le consommateur en ait conscience.

La banque singapourienne DBS tisse aussi sa toile en revendiquant de son côté la plus vaste plateforme d'API bancaires au monde.

Les banques contraintes par l'évolution de la législation

Dans tous les cas, qu'elles le veuillent ou non, les banques vont être obligées d'ouvrir leurs activités et leur marché à de nouveaux acteurs, en vertu de la directive européenne sur les services de paiement 2e version, la DSP2.

A partir de septembre 2019, elles devront en effet fournir à des acteurs tiers, comme les agrégateurs de comptes ou les services de paiement, un accès sécurisé aux données de leurs clients, avec l'accord de ces derniers.

Le problème, c'est qu'il reste difficile pour les banques de se transformer. "Notre plus grand ennemi, c'est nous-mêmes", reconnaît Alain Pierre Fischer, chief digital officer de la banque de financement et d'investissement de la Société Générale.

"L'ouverture, l'open-banking, c'est long à faire", explique-t-il en détaillant les freins aux API:

  • "Dans une banque comme la nôtre, il y a beaucoup de silos avec des applications monolithiques qui marchent très bien, avec de la valeur ajoutée pour chacune;
  • Comme dans une course de bateaux, prendre un virage technologique, c'est synonyme d'un fort ralentissement dans un premier temps, et ça demande une mobilisation de tout l'équipage, pour une forte accélération après;
  • Convaincre la banque de virer de bord, dans un milieu avec une vision très court-termiste poussée par les investisseurs et les résultats à court terme, c'est très compliqué".

Selon lui, les banques doivent à présent aller vers le "cross-silos", et donc décloisonner leurs activités, au risque sinon de perdre le segment de la relation client au bénéfice de nouveaux acteurs.

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