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'Bastion viriliste', 'institutionnalisation du sexisme'... Les grandes écoles épinglées par le Haut conseil à l'égalité

'Bastion viriliste', 'institutionnalisation du sexisme'... Les grandes écoles épinglées par le Haut conseil à l'égalité
© Barande

"Une forme d'institutionnalisation du sexisme." Le Haut conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes (HCE), dans un rapport publié lundi 2 mars, tire un constat sans appel sur la situation des femmes au sein du milieu universitaire et des grandes écoles françaises. Selon le HCE, "les actes de sexisme et les violences sexuelles sont souvent banalisés et plus difficiles à dénoncer dans ces lieux où se joue l'avenir des étudiant.es et où le sentiment d'appartenance et les rites d'intégration sont érigés comme des normes indépassables."

La situation est d'autant plus compliquée dans certaines formations où les femmes sont traditionnellement moins nombreuses que les hommes, notamment dans les écoles d'ingénieurs. Qualifiées de "bastions virilistes" par le HCE, ces dernières ne comptaient que 28% de femmes dans leurs rangs en 2017. Si les signes de discriminations émanant du corps professoral restent relativement rares, ils restent répandus entre étudiants. Selon une étude menée en 2016 par l'association Femmes ingénieurs, 63% des femmes déclaraient avoir été victimes ou témoins de violences verbales sexistes ou sexuelles sur le campus. Les actes succèdent parfois aux mots : 10% des femmes ont dit avoir subi une agression sexuelle sur le campus et moins d'un quart d'entre-elles (24%), disent avoir bénéficié d'une aide extérieure par la suite.

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'Le traitement de la question du sexisme ne semble pas à la hauteur des enjeux'

L'état des lieux n'est pas plus reluisant au sein des autres grandes écoles. Selon le HCE, les comportements sexistes se multiplient d'autant plus librement lors des événements d'intégration et autres soirées étudiantes. Les bizutages, qui ont déjà donné lieu à plusieurs drames en France, laissent apparaître des "pratiques humiliantes et violentes, des photomontages dégradants, des actes de harcèlements et des violences sexuelles", énumère le rapport. Le HCE pointe également des pratiques de "slut-shaming" et de "recensement" des femmes dans les promotions, notamment dans les écoles de commerce. Au sein des grandes écoles, "le traitement de la question du sexisme ne semble pas à la hauteur des enjeux", déplore le HCE. L'instance consultative estime en outre qu'une prise en compte élargie de ces problèmes est freinée par le fait que la majorité des postes de direction dans ces établissement demeurent l'apanage des hommes — même si "certains ont pris des initiatives innovantes" en la matière.

Le Haut conseil à l'égalité salue néanmoins la prise de conscience du ministère de l'Enseignement supérieur, qui a mis en place depuis 2013 une série de mesures censées endiguer ces pratiques. Plus récemment, en 2018, la ministre de tutelle Frédérique Vidal a annoncé quatre mesures prioritaires, parmi lesquelles la mise en place de cellules d'accompagnement des victimes de violences sexuelles dans chaque université et le lancement d'une campagne de sensibilisation au sein des établissements.

Un réseau indépendant de formation sur les violences sexistes et sexuelles, VSS-Formation, a également été créé courant 2018 par plusieurs associations. Sur le papier, la prise en compte de ces problématiques par les instances publiques ne souffre d'aucune contestation ; mais le HCE estime que l'efficacité de ces dispositifs reste encore "à évaluer."

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