BFM TV est en guerre contre Free mais les précédents bras de fer entre opérateurs et chaînes ont toujours bien fini

Patrick Drahi, le fondateur d'Altice. REUTERS/Philippe Wojazer

La guerre Free et Altice a passé un cap et les deux groupes se livrent une véritable guerre de communication. Altice a annoncé ce vendredi 5 avril que les abonnés à la Freebox TV — 6,4 millions — ne recevaient plus les chaînes de télévision BFM TV, RMC Découverte et RMC Story, faute de renouvellement de l'accord de distribution entre les deux groupes. "Les chaînes et services associés ne sont donc officiellement, légalement et contractuellement plus mis à disposition dans la Freebox TV", écrit le groupe de Patrick Drahi.

Mais dans un communiqué en fin de matinée, Free assuré qu'elle diffusait de nouveau les chaînes du groupe de Patrick Drahi. "Le Groupe Altice /SFR a coupé de manière unilatérale ce matin les flux vidéo de ses chaînes BFM TV, RMC Découverte et RMC Story. L’article 1.1 de la convention de ces chaînes avec le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel les oblige à permettre leur reprise sur les réseaux ADSL et Fibre : Free a donc rétabli la diffusion de ces trois chaînes pour l'ensemble de ses abonnés", justifie la filiale d'Iliad.

"Contrairement à la communication mise en œuvre depuis plusieurs semaines par le Groupe Altice /SFR, les Freebox permettront toujours d’accéder aux chaînes de la TNT gratuite", conclut Free. Dans un premier temps, l'opérateur avait de lui même cessé la diffusion de BFM Business et du replay de toutes les chaînes. Dans un communiqué, Altice a accusé Free d'avoir "refusé de négocier" un nouvel accord.

Si la réglementation impose aux opérateurs de diffuser les chaînes du service public, dans le cas des chaînes privées gratuites, c'est à l'éditeur (ici Altice) de demander à être repris. "Cette situation préjudiciable pour les téléspectateurs est exclusivement imputable à Free", ajoute Altice qui réclamerait près de 6 millions d'euros pour la diffusion des chaînes et services associés. 

Des futures discussions avec Orange compliquées ?

Dans son communiqué, Altice annonce également avoir saisi, lundi dernier, le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel "afin qu'une solution équitable puisse être trouvée". Interrogé il y a quelques semaines à ce sujet lors d'une conférence de presse, le DG d'Iliad Thomas Reynaud avait assuré qu'il n'avait pas "encore reçu de vraie proposition commerciale, avec un prix, sur les services à valeur ajoutée, avec le détail, la profondeur du replay, l'exclusivité, la gestion du direct". Altice avait accepté le principe d'une médiation assurée par le CSA. A priori, ça n'a pas servi à grand chose.

Cette bataille pourrait aussi avoir lieu avec Orange. Altice n'a pas encore contacté l'opérateur pour négocier des tarifs à la hausse mais la réaction de la directrice générale d'Orange France sur le dossier Free/Altice laisse augurer des négociations serrées. "Ces chaînes ont davantage besoin de nous que nous d'elles", a déclaré Fabienne Dulac lors d'une rencontre avec la presse. la somme demandée — autour de 6 millions d'euros — "n'est pas en rapport avec les audiences de ces chaînes".

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Ce conflit entre opérateurs télécoms — qui assurent la distribution des contenus — et chaînes de télévision— qui éditent les programmes — n'est pas unique. C'est TF1 qui avait lancé le premier le débat en 2016 avant de passer à l'action. Pour une issue à chaque fois identique : un accord, malgré les menaces brandies par les différentes parties.

Voici les précédents bras de fer entre chaînes et opérateurs depuis trois ans :

  • TF1 initie la démarche et espère récupérer 60 millions d'euros. Le groupe de télévision TF1 espère engranger cette année autour de 60 millions d'euros de revenus additionnels de la part des opérateurs télécoms en contrepartie de la distribution de ses chaînes gratuites, déclare jeudi son PDG Gilles Pélisson dans un entretien au Monde. "En 2019, l’impact se situera environ à 60 millions d'euros", déclare-t-il dans les colonnes du journal. La filiale de Bouygues avait engagé un long bras de fer avec Orange, Free, SFR (Altice) ainsi que le groupe de télévision Canal + (Vivendi) en vue de faire payer la reprise de ses chaînes TF1, LCI, TMC, TFX et TF1 Séries Films. Elle était même allée jusqu'à couper l'accès à son service de replay MyTF1 sur le décodeur Orange et réclamé à l'opérateur qu'il arrête de diffuser ses chaînes. Orange refusait de couper le signal.
  • Canal+ coupe le signal de TF1. Le 1er mars 2018, les abonnés à Canal+ qui regardaient une chaîne du groupe TF1 avaient eu la surprise vers 23 h de se retrouver devant un écran noir. Canal+ avait interrompu la diffusion des chaînes de TF1 sur le satellite et par internet via l'application My Canal n'est pas question de payer pour diffuser ces chaînes qui doivent être accessibles à tous. Canal+ était allé jusqu'à assigner TF1 devant le Tribunal de commerce de Paris pour contester ses demandes. Les deux entreprises étaient finalement parvenues à un accord en fin d'année 2018.
  • Free a traîné pour signer avec M6. Quelques mois après avoir déclenché les hostilités, TF1 a été imité dans sa démarche, inédite en France, par le groupe de télévision M6, filiale de RTL. Et au début de l'année 2018, Nicolas de Tavernost, le patron du groupe audiovisuel, annonçait la signature de quatre accords avec Bouygues, Orange , SFR et Canal+. En contrepartie d'une rémunération à la hausse — moins de 20 millions d'euros pour Orange selon Les Echos — les abonnés des opérateurs ou de Canal+ auront accès à davantage de programmes délinéarisés (replay, avant-premières), à de nouvelles fonctionnalités (téléchargement hors connexion, etc.), ainsi que, dans certains cas, des services ajoutés sur Internet. Après avoir traîné des pieds, Free avait signé également avec M6 au printemps 2018.

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