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BlaBlaCar peaufine avec les trottinettes Voi son plan pour vous transporter de porte-à-porte

BlaBlaCar peaufine avec les trottinettes Voi son plan pour vous transporter de porte-à-porte
convaincu Voi d'abandonner son nom pour prendre à partir du 5 juin celui de la nouvelle marque "BlaBla Ride". © BlaBlaCar

Le confinement accéléra-t-il l'intermodalité, une notion si chère aux défenseurs des alternatives à la voiture individuelle? C'est le pari fait depuis quelques années par les plateformes technologiques de transport. C'est le cas du DG d'Uber qui prêche la bonne parole depuis au moins deux ans, avec les rachats des vélos Jump ou l'intégration des scooters Cityscoot dans son appli en France. Spécialiste des trajets moyennes et longues distances, avec son activité originelle, BlaBlaCar se tourne désormais vers les grands centres urbains pour se positionner comme un acteur majeur de la micro-mobilité, sur quelques kilomètres.

En attendant les vélos, la plateforme de covoiturage BlaBlaCar va en effet entrer sur le marché très compliqué des trottinettes électriques en libre-service, via une alliance avec la startup suédoise Voi Technology. "L'idée, c'est de rentrer dans les villes", confirme le directeur général de BlaBlaCar, Nicolas Brusson. La plateforme française cherchait depuis quelques mois un partenaire dans le secteur de la micro-mobilité, avec une solidité financière — Voi a levé 85 millions de dollars en novembre 2019 — pour "créer une place de marché cohérente où on trouve différents modes de mobilités", explique-t-il. "Il s'agit d'un partenariat stratégique mais pas d'un rachat", nous a-t-il indiqué, sans toutefois précisé s'il s'agissait de participations croisées quand on lui a posé la question. Nicolas Brusson assure que BlaBlaCar et Voi Technology restent deux entités indépendantes avec un actionnaire quand même en commun, le fonds Vostok New Ventures.

Sur le papier, la répartition serait celle-ci : à la suédoise la gestion de la flotte, à la française, la notoriété, l'audience. BlaBlacar semble tout de même être sortie gagnante des discussions. Elle a convaincu Voi d'abandonner son nom pour prendre à partir du 5 juin celui de la nouvelle marque "BlaBla Ride". Les trottinettes corail de Voi et l'application vont être rebaptisées. Les noms de Voi et BlaBlaCar resteront présents en sous-titre, selon des images présentées à la presse. "On apporte la marque connue et utilisée par près de 18 millions de personnes", justifie Nicolas Brusson. Pour les utilisateurs de Voi — dont les engins sont actuellement déployés à Paris, Lyon, Marseille et Bordeaux — la transition devrait être indolore. Et les trottinettes seront accessibles "dans les prochains mois" avec le profil des membres de BlaBlaCar.

BlaBla Ride, qui est simplement l'app Voi avec un nouveau nom, a beau avoir vocation à être proposée sur les plateformes de l'entreprise, un client devra tout de même se connecter sur quatre applications pour utiliser les différents services de l'entreprise — BlaBlaCar (covoiturage longue distance), BlaBlaBus (autocars interurbains), BlaBlaLines (covoiturage domicile travail) et donc BlaBla Ride. Nicolas Brusson pousse en interne pour développer une application centralisant les différentes offres. "On se dirige vers ça c'est certain, en intégrant sûrement les trajets de BlaBlaBus dans BlaBlaCar. Potentiellement, vous pourriez même imaginer agréger du train, avance le directeur général. Mais il faut aussi faire attention aux cas d'usage différents, entre la réservation en avance d'un covoiturage et l'instantanéité de la location d'une trottinette".

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Le marché de la ville de Paris, enjeu crucial de cette alliance

"L'idée, c'est de créer un champion multimodal en France", appuie Lucas Bornert, le directeur général de Voi pour la France. Après avoir été retenu à Marseille, Voi espère sortir vainqueur des appels d'offres lancés à Paris et Lyon pour encadrer le nombre d'opérateurs de trottinettes en libre-service, a-t-il relevé. Mais Paris est bien un enjeu crucial. C'est une ville laboratoire pour les modes de déplacement doux. Après l'anarchie des premiers mois — jusqu'à dix startups ont opéré en même temps — la Ville a décidé de choisir trois sociétés pour déployer chacune 5 000 trottinettes. Voi mise sur la sécurité de ses engins, le respect de l'environnement et l'efficacité de la gestion de sa flotte pour convaincre les élus. Et désormais la caution française avec BlaBlaCar, ce qui peut toujours aider...

"De toute évidence, le succès de BlaBla Ride dépend du gain des différents appels d'offres. On a 1 million de personnes par an, qui sont déposées ou qui partent de Paris intra-muros. Potentiellement, ce sont des des synergies très fortes alors que la micro-mobilité va exploser. Ce qui se passe le confirme", ajoute Nicolas Brusson. Les deux entreprises réfléchissent à terme aux vélos électriques et à l'extension de leur collaboration hors de France.

Après des débuts chaotiques qui ont obligé le législateur à encadrer l'activité et provoqué le départ de plusieurs services, Nicolas Brusson estime que c'est le bon moment pour investir sur un marché qui va se réguler et s'assainir, selon lui. "Il y a clairement une idée d'aller beaucoup plus loin. (...) On a l'ambition de devenir numéro un en France et d'opérer dans toutes les villes ouvertes à la trottinette."

Pas de BlaBlaBus avant le début de l'été

Pour le moment, la priorité est à la reprise des activités après le confinement. BlaBlaCar attend les annonces de l'exécutif, plus tard dans la semaine, pour savoir comment relancer ses autocars. "De toute façon, on ne relancera pas les bus avant le début de l'été parce qu'il nous faudra plusieurs semaines pour se mettre en ordre de bataille", a prévenu Nicolas Brusson. Il attend notamment de savoir si les règles de distanciation l'obligeront toujours à ne pas vendre plus d'un siège sur deux.

"On peut le faire pendant une certaine durée, pendant la phase de relance", a-t-il estimé. "Mais sur le long terme, pour BlaBlaBus, c'est ingérable économiquement." Du côté du covoiturage, "on voit déjà un retour assez rapide en Allemagne", avec "quasiment un tiers d'une activité normale" retrouvé en quelques jours, a-t-il constaté. "C'est assez encourageant!" Il espère que la tendance sera la même en France, citant "une très, très forte demande des passagers" qui ne verront que le conducteur s'ils covoiturent — les trajets étant pour l'instant limités à deux personnes par voiture, "relativement bien séparées" —, alors qu'ils croiseraient beaucoup de monde dans un bus, un train ou un avion.

Sur les éventuels conséquences économiques pour BlaBlaCar, Nicolas Brusson se veut rassurant : "C'était traumatisant de voir l'activité s'arrêter du jour au lendemain. Mais d'un point de vue économique, on a un modèle de marketplace qui supporte peu de coûts fixes, et qui est bien financé. J'ai vécu la crise de 2001 dans la Silicon Valley, celle de 2008 à Londres et là le coronavirus Et à chaque fois, il fallait être bien financé. On revient aux bases de la startup : il faut avoir du cash et des ingénieurs de talent."

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Business Insider
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