Boeing prévoit des centaines d'embauches pour préparer la livraison des 737 Max cloués au sol

Lindsey Wasson/Reuters

Boeing a déclaré ce mardi 20 août que l'entreprise prévoyait de mobiliser du personnel supplémentaire et d'embaucher "quelques centaines" d'employés temporaires pour aider à entreposer le 737 Max, prêt à être livré une fois que la Federal Aviation Administration (FAA) aura levé l'immobilisation des engins. Les nouveaux employés seront basés à l'aéroport international du comté de Grant à Moses Lake, dans l'Etat de Washington aux Etats-Unis, où Boeing a entreposé la majorité de ses avions 737 Max achevés mais cloués au sol. Les employés "assisteront et soutiendront le stockage et la pré-livraison du 737 Max."

Le Boeing 737 Max est bloqué au sol par les autorités de réglementation mondiales depuis le mois de mars, lorsqu'un 737 Max exploité par la compagnie Ethiopian Airlines s'est écrasé six minutes après son décollage, le deuxième accident mortel de l'engin en cinq mois. Les incidents ont été attribués à un système automatisé destiné à empêcher l'avion de décrocher, mais qui a été activé par erreur. Puisqu'un grand nombre de ces avions auront été entreposés pendant au moins six mois avant que l'interdiction ne soit levée, ils devront faire l'objet de vérifications et de vols d'essai de maintenance approfondis.

Boeing a indiqué que ces offres d'emploi temporaires seraient mises en ligne sur son site internet et que les nouveaux employés venant de l'extérieur bénéficieraient d'un logement de fonction et d'une indemnité pour leurs repas. Plus précisément, le constructeur est à la recherche de techniciens en avionique, de mécaniciens d'aéronefs, d'électriciens ainsi que d'autres postes.

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Le PDG de Boeing, Dennis Muilenburg, a déclaré que l'entreprise pensait soumettre sa position à la FAA en septembre, et prévoyait que l'avion serait approuvé pour une remise en service début novembre. Un représentant de l'entreprise a suggéré dans une déclaration que ce plan de recrutement était lié à cette échéance :

C'est la FAA et d'autres organismes de réglementation de l'aviation mondiale qui détermineront quand le 737 Max sera remis en service, et nous travaillons sans relâche pour répondre à leurs exigences. Nous soumettrons notre dossier de certification final à la FAA lorsque nous aurons satisfait toutes leurs exigences, ce qui, selon nos estimations, arrivera dans un délai qui permettra une remise en service au début du quatrième trimestre.

Mais certains proches des victimes du crash ont été inquiets d'apprendre que Boeing était en train d'accélérer ses plans de remise en service des avions.

Associated Press

Une 'décision budgétaire', pas une 'décision humaine'

Nadia Milleron — dont la fille de 24 ans, Samya, a été tuée dans le deuxième crash alors qu'elle voyageait pour son travail — a déclaré que le manque de transparence de la part de la FAA l'inquiétait, elle et sa famille, et estime que le correctif logiciel ne sera pas examiné aussi soigneusement que possible.

Bien que l'offre d'emploi suggère que Boeing planifie le recrutement de façon à ce que, si son calendrier estimatif se concrétisait, il puisse livrer rapidement les avions, Nadia Milleron et sa famille expliquent qu'on leur avaient laissé entendre que Boeing et la FAA avaient tiré des conclusions avant même d'examiner le correctif logiciel. "C'est comme s'ils se connaissaient tous, comme s'ils se parlaient tout le temps", explique Nadia Milleron. "Beaucoup de gens de la FAA sont proches de Boeing."

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"Je ne sais pas si c'est présomptueux, mais il s'agit plutôt d'une indication que Boeing et la FAA n'ont pas l'intention d'attendre que toutes les enquêtes soient terminées", a déclaré Michael Stumo, le père de Samya. "Plus que de l'orgueil, on dirait qu'il veulent se dépêcher plutôt que de se mettre à l'abri."

Michael Stumo et Nadia Milleron ont demandé à la FAA d'exiger que les pilotes suivent une formation sur simulateur avant d'être autorisés à piloter le 737 Max sur des vols commerciaux, bien que de récents articles ont laissé entendre que la FAA semble dire que la formation sur simulateur est inutile. Ils ont également critiqué l'agence pour son opacité tout au long de l'enquête sur l'accident et du processus de certification de l'avion.

"La FAA ne nous a jamais contactés", a déclaré Michael Stumo. "Si nous leur avons déjà parlé, c'est parce que nous leur avons envoyé une lettre, une demande ou quelque chose à laquelle ils ont répondu." "Chaque décision qu'ils prennent maintenant pour faire voler cet avion n'est qu'une décision budgétaire", a déclaré Michael Milleron. "Ce n'est pas, ce n'est pas une décision humaine."

"J'aimerais savoir si les personnes qui ont laissé le seul point de défaillance dans l'avion sont toujours celles qui prennent les décisions quant à la réparation," ajoute Michael Stumo.

Les rapports préliminaires sur les deux crash — le vol 610 de Lion Air et le vol 302 d'Ethiopian Airlines — indiquent qu'un système automatisé s'est enclenché par erreur et a forcé les avions à se diriger vers le sol en raison d'un problème dans la conception du logiciel du système. Les pilotes n'ont pas été en mesure de reprendre le contrôle de l'appareil. Le système s'est enclenché parce qu'il pouvait être activé par une seule lecture du capteur — dans les deux crashs, les capteurs sont soupçonnés d'avoir échoué, d'avoir envoyé des données erronées à l'ordinateur de bord et, sans vérification en place, d'avoir déclenché le système automatique.

Le système automatisé, le système anti-décrochage (MCAS), a été conçu pour compenser le fait que le 737 Max a des moteurs plus gros que les générations précédentes de 737. Les moteurs plus gros pourraient faire basculer le nez de l'avion vers le haut, ce qui entraînerait un décrochage — dans une telle situation, le MCAS pourrait automatiquement basculer le nez vers le haut pour annuler l'effet de la taille du moteur.

Version originale : David Slotnick/Business Insider

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