Le président de la Chambre des communes, John Bercow, a porté lundi 18 mars 2019 un véritable coup de massue au projet de Brexit de Theresa May, en annonçant qu'elle ne pourrait pas organiser un autre vote sur son accord tant que des changements significatifs n'y seraient pas apportés. Dans une décision qui a surpris presque tout le monde à Westminster, y compris le gouvernement britannique, John Bercow a déclaré que la Première ministre "ne peut légitimement" renvoyer son accord à la Chambre des Communes à moins que ce dernier ait changé "considérablement" depuis la dernière fois. Les députés ont voté la semaine dernière.

Cela représente un autre gros problème pour Theresa May, qui envisageait de renvoyer l'accord de retrait aux députés pour un troisième et peut-être même un quatrième "vote significatif" dans l'espoir d'épuiser ses adversaires et d'obtenir une majorité. Mais ce plan semble avoir été mis en lambeaux et mardi matin, Theresa May et ses ministres les plus importants se réuniront pour la réunion hebdomadaire de leur cabinet afin de voir ce qu'ils pourraient bien faire par la suite. Existe-il un plan B ? Et que signifie cette bombe lâchée par John Bercow pour le Brexit ?

Des bâtons dans les roues de Theresa May

Downing Street avait espéré que, face à la perspective d'un long retard pour le Brexit, de très nombreux partisans des conservateurs en faveur du "leave" qui ont voté contre son accord décideraient finalement de s'engager.

La stratégie consistait à présenter aux députés eurosceptiques un choix clair : l'accord de Theresa May ou un Brexit retardé.

L'annonce de John Bercow semble avoir anéanti cette stratégie. Les députés membres du European Research Group, un groupe de soutien pour les députés favorables au Brexit, ne sont plus confrontés à ce choix. L'accord actuel de Theresa May n'est plus le seul possible. 

Cela signifie également qu'elle devra probablement se rendre au dernier sommet du Conseil européen jeudi sans rien montrer de plus et convaincre les députés de soutenir son accord en difficulté, qui a déjà été rejeté à deux reprises par une immense majorité.

Les pro-Brexit sont très en colère contre John Bercow

Brexit : que va-t-il se passer maintenant qu'un nouveau vote sur l'accord de Theresa May a été exclu ?

John Bercow. Reuters TV via REUTERS

 

L'intervention de John Bercow est la dernière en date pour agacer à la fois le gouvernement britannique et les députés favorables au Brexit.

La Une du journal The Daily Express mardi le qualifiait de "destructeur de Brexit" alors que le tabloïd The Sun déclarait "John Bercow a des c****".

Depuis le référendum de 2016, le Président de la Chambre des communes n'est pas apprécié des partisans du Brexit au sein des politiques britanniques et de la presse.

Il est accusé d'avoir usé de ses pouvoirs de président pour défendre les causes des députés anti-Brexit tout en rendant la vie des ministres qui souhaitent organiser le Brexit et des députés qui plaident pour un "hard Brexit" plus difficile. 

Ce n'est que la dernière querelle avec les députés favorables au Brexit. Lundi, il a exaspéré les députés de base en décidant de ne pas choisir un amendement visant à exclure un autre référendum, en dépit du soutien important manifesté entre plusieurs partis pour le projet.

Ses partisans disent qu'il s'acquitte efficacement de ses obligations constitutionnelles qui consistent à maximiser la capacité des députés de demander des comptes au gouvernement et à empêcher les ministres d'exercer trop de pouvoir.

Les assistants de Downing Street ne sont pas ses plus grands fans en ce moment.

La Première ministre peut-elle contourner le problème ?

La Première ministre britannique Theresa May. Thomas Niedermueller/Getty Images

Les représentants parlementaires de Downing Street se bousculent pour essayer de trouver un moyen de contourner la bombe lâchée par John Bercow.

Premièrement, il y a la question de savoir ce qui constitue réellement un changement d'accord qui serait "considérablement" différent. Il n'y a pas de définition concrète de ce que cela signifie en termes parlementaires. Un seul homme le sait : John Bercow.

"Tout dépend du contexte et des circonstances", a déclaré John Bercow aux députés lundi. "Cela dépend des circonstances. Il faudrait que je regarde les détails. Ce serait dangereux et imprudent de se prononcer sur des choses abstraites".

Les ministres espèrent pouvoir soutenir qu'un nouveau vote sur l'accord serait une proposition "très" différente.

Le secrétaire du Brexit, Stephen Barclay, a fait allusion à cette approche mardi matin, déclarant à la chaîne de télévision Sky News : "Un certain nombre de députés ont déclaré qu'ils changeraient leur vote, cela montre qu'il y a quelque chose de différent".

Cependant, une seule poignée de députés qui changeraient d'avis à Westminster pourrait ne pas suffire.

Dans sa réponse révélatrice aux députés lundi, John Bercow a déclaré qu'un changement considérable suffisant devrait "selon toute vraisemblance" être un changement convenu avec l'UE : c'est-à-dire un changement dans l'accord sur le Brexit.

L'ex-conseillère juridique de Theresa May, Nikki da Costa, a présenté d'autres cartes possibles que son ancienne patronne pourrait jouer.

Nikki Da Costa, citée dans The Telegraph, explique qu'ils pourraient utiliser une "motion" pour prouver qu'il existe une majorité à la Chambre des communes pour un autre vote significatif, malgré ce que John Bercow a déclaré lundi.

On ne voit pas clairement ce que le gouvernement va faire pour tenter de déjouer les plans de John Bercow — voire pas du tout.

"Il n'y a pas encore de plan, tout le monde essaie juste de l'accepter", a déclaré lundi un ministre stupéfait au journal The Guardian.

Alors, qu'est-ce que cela signifie pour le Brexit ?

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, Thomas Niedermueller / Getty Images

La Première ministre devrait demander aux dirigeants de l'UE un prolongement du processus de retrait de l'article 50 lorsqu'elle les rencontrera à Bruxelles plus tard cette semaine. Selon certains articles, Theresa May demandera un délai d'un an pour le Brexit.

En effet, aux termes d'une motion du gouvernement adoptée la semaine dernière, la Première ministre ne demanderait qu'une prolongation plus courte d'environ trois mois si elle parvient à faire accepter son accord d'ici mercredi.

L'annonce de John Bercow a torpillé cette possibilité.

Un report plus long sur le Brexit aurait des conséquences majeures. Cela signifie que le Royaume-Uni devra certainement participer aux élections au Parlement européen et risque de ne quitter l'UE que près de quatre ans après le référendum de 2016.

Theresa May demandera toutefois à l'UE une voie "de sortie", ce qui signifie que le Royaume-Uni serait en mesure de raccourcir la prorogation de l'article 50 au cas où les députés seraient convaincus de soutenir l'accord de la Première ministre.

Un long report du Brexit ouvre également la voie à un "soft" Brexit.

John Bercow a semblé suggérer lundi qu'il faciliterait les votes sur les alternatives à l'accord de Theresa May.

La Première ministre subit une pression intense de toutes parts pour qu'elle permette une sortie en douceur de l'UE, potentiellement sur le modèle norvégien du "Marché commun 2.0", qui est approuvé par les députés de la Chambre des communes.

Version originale : Adam Payne/Business Insider UK

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