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Bruxelles anticipe une récession historique en France et dans la zone euro en 2020

Bruxelles anticipe une récession historique en France et dans la zone euro en 2020
Le Commissaire européen à l'Economie, l'Italien Paolo Gentiloni. © Jason Alden/Bloomberg via Getty Images

Les mesures de confinement pour tenter de limiter l'épidémie de Covid-19 vont avoir un lourd impact sur l'économie française. En 2020, la Commission européenne anticipe une chute de 8,2% du produit intérieur brut (PIB) de la France. Dans ses prévisions publiées mercredi 6 mai, l'institution table ensuite sur une reprise importante de l'activité en 2021, avec un PIB en hausse de 7,4%, mais souligne que cette projection reste "soumise à un degré élevé d'incertitude". En outre, malgré cette reprise annoncée, l'impact de l'épidémie "sur certains secteurs pourrait être de longue durée", souligne la Commission, citant la restauration, l'hôtellerie, les activités de loisirs, le transport et le tourisme.

Les mesures de soutien prises pour lutter contre la pandémie "s'élèvent à 1,9 % du PIB", rappelle-t-elle. Par conséquent le déficit public pourrait atteindre un niveau "sans précédent" en 2020 — à 9,9% — après s'être élevé à 3% du PIB en 2019. "A politiques inchangées et en supposant que les mesures adoptées pour lutter contre la pandémie ne s'appliqueront qu'en 2020", ce déficit pourrait s'afficher à 4% du PIB en 2021, selon Bruxelles. La dette de la France devrait quant à elle se creuser largement, à 116,5% de son PIB cette année, avant de se réduire légèrement à 111,9% en 2021. Elle a atteint 98,1% du PIB en 2019.

Le chômage devrait "augmenter en raison de la gravité du ralentissement économique, mais le plan d'activité à court terme mis en place par le gouvernement devrait contribuer à contenir la hausse", estime enfin la Commission. Il devrait cependant atteindre 10,1% en 2020 et 9,7% en 2021, contre 8,1% au quatrième trimestre 2019 selon l'Insee.

'Choc économique sans précédent depuis la Grande Dépression'

Par ailleurs, Bruxelles a prédit une récession "historique" dans l'Union européenne cette année, touchée de plein fouet par la pandémie de coronavirus. "L'Europe fait face à un choc économique sans précédent depuis la Grande Dépression (de 1929, ndlr)", a souligné le Commissaire européen à l'Economie, l'Italien Paolo Gentiloni. La Commission table sur une chute record du PIB de 7,7% en zone euro pour 2020, puis sur un rebond de 6,3% en 2021.

"La profondeur de la récession et la force de la reprise sera différente selon les pays, conditionnée à la vitesse avec laquelle ils pourront lever les mesures de confinement, l'importance dans chaque économie des services, comme le tourisme, et les ressources financières de chacun des Etats", a-t-il ajouté.

Sans surprise, les pays pour lesquels la Commission européenne anticipe les pires récessions cette année sont dans l'ordre : la Grèce (-9,7%), l'Italie (-9,5%) et l'Espagne (-9,4%), tout trois très dépendants des dépenses des vacanciers. Pays à la fois touristique et industriel, la France subira aussi une forte récession. En 2021, l'économie grecque devrait rebondir de 7,9%, l'Italie de 6,5% et l'Espagne de 7%. Première économie de la zone euro, l'Allemagne, très dépendante de ses exportations, verra son PIB reculer de 6,5% en 2020, les Pays-Bas de 6,8%.

Valdis Dombrovskis, l'un des trois vice-présidents de la Commission européenne, s'est montré très prudent sur les anticipations: "à l'heure actuelle, nous ne pouvons qu'établir provisoirement l'ampleur et la gravité du choc du coronavirus sur nos économies".

L'Italie particulièrement touchée

Conséquence de cette récession historique, les déficits publics devraient se creuser dans tous les Etats membres de la zone euro et leurs dettes publiques très fortement augmenter en 2020, avant de voir la situation s'améliorer en 2021. Mais les pays déjà fragiles avant la crise seront plus vulnérables que les autres. Ainsi l'Italie, pays le plus endeuillé par la pandémie de coronavirus de la zone euro et dont la situation économique inquiète ses partenaires européens, devrait voir sa dette publique exploser à 158,9% du PIB en 2020, après 134,8% en 2019.

Parmi les 19 pays ayant adopté la monnaie unique, seule la Grèce fait pire avec une dette publique à 196,4% du PIB en 2020. Le déficit public de l'Italie, troisième économie de la zone euro, devrait être le plus élevé des 19 pays à 11,1% du PIB cette année.

Mais même l'Allemagne et les Pays-Bas, en temps normal adeptes de la discipline budgétaire, ont renoncé cette année à la rigueur pour venir en aide à leurs entreprises mises à l'épreuve par le confinement. Ainsi, le déficit public allemand atteindra 7% du PIB cette année, après un surplus de 1,4% en 2019. En 2021, il devrait toutefois être considérablement réduit, à 1,5%. Quant aux Pays-Bas, leur déficit public devrait atteindre 6,3% du PIB en 2020 après avoir été dans le vert en 2019 (1,7%). Il devrait se réduire à 3,5% en 2021.

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