Carlos Ghosn s'exprime pour la première fois depuis son arrestation — il accuse les dirigeants de Nissan de 'complot' et de 'trahison'

Carlos Ghosn contre-attaque en accusant les dirigeants de Nissan de complot et de trahison. REUTERS/Philippe Wojazer/File Photo

Carlos Ghosn n'a "aucun doute" que les accusations de malversations financières portées contre lui sont le fruit d'un "complot" et d'une "trahison" de la part de dirigeants de Nissan opposés à ses projets de renforcement de l'alliance avec Renault, a-t-il déclaré au journal Nikkei.

Dans sa première interview depuis son arrestation au Japon le 19 novembre, publiée mercredi, l'ex-PDG de Renault indique avoir discuté en septembre avec le directeur général de Nissan, Hiroto Saikawa, d'un projet d'intégration des entreprises membres de l'alliance.

Mais des dirigeants de Nissan ont utilisé "le complot et la trahison" pour casser ces plans, ajoute Carlos Ghosn.

L'artisan du redressement de Nissan, deux décennies plus tôt, travaillait sur un renforcement des liens avec Renault, avec la possibilité d'une fusion parmi les options sur la table, afin de pérenniser l'édifice en prévision du départ de la génération des fondateurs. Mais le projet a toujours suscité d'importantes réserves dans le camp japonais, où le poids de Renault, qui détient 43,4% de Nissan, est déjà considéré comme un facteur de déséquilibre.

Carlos Ghosn, qui dément dans l'interview les accusations d'abus de confiance et de versements frauduleux à un homme d'affaires saoudien, déclarant que les paiements ont été validés par un dirigeant de Nissan, est également accusé d'avoir minimisé sa rémunération. Il est incarcéré depuis plus de deux mois au Japon.

Son arrestation et son inculpation ont fragilisé les projets d'intégration entre Renault, Nissan et le troisième membre de l'alliance, Mitsubishi Motors Corp. Depuis ce coup de théâtre, Hiroto Saikawa répète que le moment n'est pas propice pour réexaminer la structure complexe des liens tissés entre ses membres.

Les deux groupes japonais ont rapidement limogé Carlos Ghosn de son poste de président, tandis que Renault lui a choisi un successeur seulement jeudi dernier, dans la foulée de sa démission de ses fonctions de président et de directeur général du groupe au losange.

Pendant ses vingt minutes d'interview avec Nikkei, Carlos Ghosn a assuré qu'il ne se déroberait pas, qu'il ne s'enfuirait pas en cas de libération sous caution et qu'il se défendrait devant la justice japonaise.

Interrogé sur ses conditions de détention, il a répondu connaître "des hauts et des bas". A une question sur sa santé, il a simplement dit qu'il "allait bien".

L'ancien homme fort de la première alliance automobile mondiale a qualifié les accusations de Nissan et Mitsubishi, selon lesquelles il a reçu dans des conditions irrégulières près de huit millions d'euros de fonds via la holding de l'alliance, basée aux Pays-Bas, de "déformation de la réalité".

Quant au financement de ses luxueuses résidences à Rio de Janeiro et Beyrouth, il argue qu'il a été approuvé par le département juridique de Nissan.

Le groupe japonais a quant à lui toujours dit avoir financé à son insu une grande partie des propriétés de Carlos Ghosn. Mercredi, un porte-parole du groupe nippon a dit ne pas être en mesure de commenter les éléments avancés par son ancien président pour sa défense.

NHK a rapporté de son côté mercredi qu'Hiroto Saikawa devrait avoir son premier entretien en face à face avec le nouveau président de Renault, Jean-Dominique Senard, en marge de la réunion de l'alliance qui doit se tenir à Amsterdam jeudi et vendredi.

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