Voici ce qu'il faut savoir sur les élections législatives et pourquoi elles sont importantes

Jean-Luc Melenchon, leader de "La France Insoumise", se présente à Marseille. REUTERS/Jean-Paul Pelissier

Les élections législatives françaises se déroulent les 11 et 18 juin.

Plus de 47 millions d'électeurs sont appelés aux urnes afin de désigner, pour une durée de cinq ans, parmi 7877 candidats, les 577 députés de la XVe législature de la Ve République.

Les députés élus feront leur rentrée le mardi 27 juin au Palais Bourbon à 15h et éliront leur président.

Une session extraordinaire sera convoquée par le chef de l'Etat qui devrait durer tout le mois de juillet et peut-être déborder sur août.

La traditionnelle déclaration de politique générale du Premier ministre avec engagement de sa responsabilité devrait avoir lieu le mardi 4 ou le mercredi 5 juillet à 15h00.

Après une intense, longue et épuisante campagne présidentielle, vous en avez peut être un peu marre de voter.

Mais les élections législatives des deux prochains dimanche devraient susciter votre intérêt pour plusieurs raisons.

Une assemblée nationale renouvelée quoiqu'il arrive

Quel que soit le résultat, le renouvellement voulu par le nouveau président sera au rendez-vous.

L'âge des élus, le "ras-le-bol" au sortir d'un quinquennat ardu et la loi sur le non cumul des mandats — qui a obligé 240 députés à choisir entre un mandat parlementaire et une fonction de chef ou d'adjoint d'un exécutif local, notamment de maire — ont conduit nombre d'élus sortants à jeter l'éponge.

C'est le cas du président sortant de l'Assemblée, Claude Bartolone, des socialistes Christophe Caresche et Michel Sapin, ainsi que des Républicains Luc Chatel et Pierre Lellouche.

Près de 800 candidats de moins de 30 ans se présentent mais un sur quatre a tout de même plus de 60 ans.

Parmi les 526 noms de la liste LREM, environ 80 ont été proposés par le MoDem du ministre de la Justice François Bayrou, qui espère disposer d'un groupe à l'Assemblée.

Six ministres, dont celui de l'Economie Bruno Le Maire, sont candidats aux législatives, où une victoire s'impose sous peine d'être écartés du gouvernement.

Une majorité absolue pour La République en Marche?

Une majorité absolue semble possible au regard de sondages très favorables au mouvement présidentiel malgré l'affaire Richard Ferrand, inquiété par la justice pour des conflits d'intérêts potentiels.

Edouard Philippe. YouTube

Dans un entretien à Paris-Normandie après l'élection présidentielle, le nouveau Premier ministre, Edouard Philippe, a dit espérer l'émergence d'une majorité claire sous peine de laisser les "marchandages entre partis" ressusciter un "certain esprit de la IVe République".

Un peu oubliée, cette période de l'histoire française est pourtant synonyme de longues et paralysantes crises ministérielles. Entre 1947 et 1958, avec une élection des députés à la proportionnelle, la France a connu 24 gouvernements.

Avec 50% de nouvelles têtes aux législatives au sein de La République en Marche (LREM), le risque pour Emmanuel Macron est d'être contraint de bâtir une coalition — ce que certains appellent une majorité de projets.

A ce titre, LREM n'a pas présenté de candidat contre certains ténors LR ayant penché en sa faveur comme Franck Riester et Thierry Solère, et d'anciens ministres comme Manuel Valls, Stéphane Le Foll et Marisol Touraine.

Les candidats de LREM sont déjà arrivés en tête du premier tour des élections législatives dans 10 des 11 circonscriptions des Français de l'étranger.

Jean-Luc Mélenchon va-t-il confirmer sa quatrième place de la Présidentielle?

Auto-proclamée "seule force d'opposition" face au "gouvernement du Medef" d'Edouard Philippe, La France insoumise espère traduire en députés le bon score de 19,6% obtenu par son chef de file Jean-Luc Mélenchon à l'élection présidentielle.

Candidat à Marseille face au candidat du PS Jean-Luc Mennucci, ville qui l'a placé en tête le 23 avril, Jean-Luc Mélenchon espère toujours officiellement imposer une cohabitation.

"C'est 289 (sièges) la majorité, donc j'aspire à 289", déclarait Jean-Luc Mélenchon la semaine dernière lors du point de presse hebdomadaire de son camp.

Mais dans les faits, la constitution d'un groupe d'une quinzaine de députés serait déjà une bonne nouvelle pour le mouvement, ce que les sondages lui prédisent au mieux.

Le report de voix au second tour est incertain, La France insoumise étant en guerre ouverte avec le reste d'une gauche très affaiblie, des communistes — avec lesquels aucun accord n'a pu être trouvé — aux socialistes en passant par les écologistes.

S'il est élu à Marseille, ce sera la première fois que Jean-Luc Mélenchon siègera sur les bancs de l'Assemblée après un tour de France des mandats.

Capture écran Google Maps.

La recomposition de la droite

Les Républicains (LR) et les centristes de l'UDI préparent les législatives comme une simple étape dans la recomposition de la droite déchirée sur l'attitude à adopter face à Emmanuel Macron.

François Baroin, à qui a échu la mission de mener son camp dans la bataille, assure en public qu'une victoire est encore possible mais son refus de parler désormais de "cohabitation" — une expression à laquelle il préfère celle de "partage de responsabilités" — en dit long sur la nature réelle de ses ambitions à quelques jours du scrutin.

Les sondages ne l'incitent guère à l'optimisme: les dernières projections lui permettent d'espérer de 100 sièges environ à un peu plus de 150 dans les hypothèses les plus favorables.

Rien ne dit, par ailleurs, que le bloc des rescapés sera homogène, tant les divergences sont profondes entre la frange centriste, prête à travailler en bonne intelligence avec le gouvernement d'Edouard Philippe, et les tenants de la ligne droitière, qui prévoient de reconstituer leurs forces dans l'opposition.

L'arrivée de Marine Le Pen à l'Assemblée nationale?

Marine Le Pen, à la sortie de l'isoloir dans le bureau de vote de Henin-Beaumont,le 7 mai 2017. REUTERS/Pascal Rossignol

Le FN se présente aussi, depuis son accession au second tour de la présidentielle, comme la première force d'opposition à Emmanuel Macron, et érige Marine Le Pen — candidate dans le Pas-de-Calais — en chef de file des mécontents.

Le parti d'extrême droite fonde ses espoirs sur ses résultats à la présidentielle: le 7 mai dernier, Marine Le Pen a dépassé les 50% dans 45 circonscriptions législatives et obtenu au moins 45% des voix dans près de 70 autres

Officiellement, il ne se donne aucun objectif en nombre de sièges mais ses dirigeants voient la constitution d'un groupe, qui requiert au minimum 15 députés, comme un seuil plutôt que comme un plafond.

Le FN n'a plus envoyé de délégation importante à l'Assemblée depuis 1986, lorsque 35 parlementaires se sont fait élire sous son étiquette à la faveur d'une révision du mode de scrutin.

Une déroute pour les socialistes?

Sonné par le faible score (6,3%) de Benoit Hamon au premier tour de la présidentielle, le Parti socialiste avance vers les élections législatives affaibli et plus divisé que jamais.

Dans l'Assemblée sortante, le groupe parlementaire socialiste comptait 295 députés. Selon un sondage Opinionway publié la semaine dernière, l'alliance entre le PS, les Verts et les radicaux de gauche obtiendrait entre 20 et 35 députés seulement. "Il peut y avoir une déroute des socialistes dans une défaite historique de la gauche", reconnaissait lundi sur CNews le Premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis,

Dans le sillage de Manuel Valls, l'aile droite du PS a fait campagne pour la "majorité présidentielle" quand la ligne officielle du parti est l'opposition à Emmanuel Macron, avec un programme oublieux des principales propositions de Benoît Hamon.

Des candidats 'tirelires' pour les partis

Le montant de l’aide publique à laquelle ont droit les partis ou mouvements politique est calculé en fonction des résultats des élections au Parlement, rappelle Le Monde en détail.  

Chaque voix rapporte en moyenne 1,42 euro, à condition notamment que le parti ait obtenu au moins 1 % des suffrages exprimés dans au moins 50 circonscriptions.

En 2016, le montant total de l’aide publique s’est élevé à 63,1 millions d’euros selon le quotidien.

Majoritaire dans l'Assemblée sortante, le Parti socialiste a donc beaucoup à perdre. Il était jusqu'ici le principal bénéficiaire du financement public avec près de 25 millions d'euros touchés en 2015.

C'est pour cela que certains partis présentent des candidats dits "tirelires" qui sont envoyés dans des circonscriptions qu'ils ne peuvent pas gagner mais dans lesquelles ils peuvent glaner quelques voix qui s'ajouteront aux totaux du parti. Alors qu’ils ne représentaient que 3% des candidats en 1993, ils en constituaient 44% en 2012, selon le député sortant René Dosière dans son ouvrage "Argent, morale, politique", aux éditions du Seuil.

Une participation en baisse?

Certain électeurs pourraient préférer aller à la plage. REUTERS/Aaron Bunch

Le premier tour des élections législatives qui se déroulait avec une semaine d'avance sur la métropole, a été marqué par une très faible participation, de 19,1% selon les données diffusées par le Quai d'Orsay.

Le taux de participation lors des législatives est traditionnellement moins élevé que pour la présidentielle qui les précèdent. Pour les législatives de 2012, il a été de 57,22% au premier tour et de 55,40% au second, soit le taux le plus bas depuis le début de la Ve République en 1958. En 2007, ces taux avaient été respectivement de 60,42% et de 59,98%.

Il faut remonter aux législatives de 1978 pour trouver un record de participation: 83,25% au premier tour et 84,86% au second. 

Le mode de scrutin

Les députés sont élus au scrutin majoritaire à deux tours par circonscription pour un mandat de cinq ans renouvelable.

Pour être élu député, le candidat doit, au premier tour, obtenir la majorité absolue des suffrages exprimés représentant au moins 25% du nombre des électeurs inscrits.

Seuls les candidats ayant obtenu au premier tour un nombre de voix représentant au moins 12,5% des inscrits peuvent participer au second tour. A défaut, sont qualifiés les candidats arrivés en tête.

Pour être élu, la majorité relative suffit. 

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